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29/03/2013

un article d'André Murcie à propos du "Chant de l'Ame du monde", éditions Arma Artis.

Un article d'André Murcie à propos du Chant de l'Ame du monde, éditions Arma Artis..docx

28/03/2013

Quolibets, journal de lectures de Christopher Gérard aux éditions L'Age d'Homme.

 Le  "Journal de lectures" de Christopher Gérard, qui vient de paraître aux éditions L'Age d'Homme sous le titre de Quolibets (au sens étymologique, précisons, de quod libet,  ce qui plaît),  nous offre non seulement une suite d'hommages et d'invitations à la lecture, d'une belle allure stendhalienne, mais aussi, dès son exorde, précédé d'un hymne à Apollon, un Manifeste; celui de l'Ordre secret, impondérable, immémorial des Nobles Voyageurs que Dominique de Roux se proposait naguère de "réformer et de reformer".

Cet Ordre informel, implicite mais fervent - dont les auteurs évoqués ici sont tous plus ou moins les récipiendaires, - suppose une profondeur qui n'exclut pas la désinvolture. Barbey d'Aurevilly,  Ernst Jünger, Guy Dupré, Jean Parvulesco, Nicolas Gomez Davila y côtoient Paul Morand, Roger Nimier, André Fraigneau ou Gabriel Matzneff.

Une part royale est offerte aux contemporains réfractaires qui participent d'une nouvelle secessio nobilitatis par "exil intérieur d'une phratrie  qui se tient à l'écart du triste festin sur lequel se ruent les laquais. Nobilitas dépourvue de titres et de patrimoine matériel, comme il se doit".

Voici donc Renaud Camus, Alain de Benoist, Jean Clair, Bruno de Cessole, David Mata, Arnaud Bordes, Richard Millet, Michel Mourlet, Sarah Vajda et bien d'autres, pour nous rappeler, quoiqu'en dise une critique incurieuse, que les écrivains français ne manquent pas.

De quelle nature est cette littérature ? Christopher Gérard ne nous le voile point:  "La Littérature comme sacerdoce. L'écriture comme théurgie, comme exaltation de la beauté du monde visible et invisible. L'écriture doit consister à chanter les fiançailles et les noces plutôt que le divorce, l'Amour qui tout étreint plutôt que la Discorde aux noires prunelles: l'art comme digue dressée face au déclin, aux forces de la déréliction et de la mort. Si la littérature n'est pas une forme de dévoilement, si elle ne nous protège pas comme le dit Kundera dans L'Art du roman, contre "l'oubli de l'être", elle n'est que profane c'est à dire insignifiante".

 

Witkacy contre le "nivellisme"

Rappel

Notes sur l'oeuvre de Stanislas Ignacy Witkiewicz, dit "Witkacy".

Le Désastre et l'Adieu dans l'oeuvre de Witkacy:

Note sur WITKACY ( Stanislas Ignacy Witkiewicz)..doc

Les oeuvres de Witkiewicz sont disponibles aux Editions L'Age d'Homme.

ainsi que

 S.I. Witkiewicz, aux sources d'un théâtre nouveau, d'Alain van Crugten, Editions L'Age d'Homme.

27/03/2013

un article d'Anna Calosso

Un article d'Anna Calosso.doc

26/03/2013

Journal désinvolte 26/O3/2013

 

 Il y eut naguère, offerte aux immémoriaux comme aux nouveaux venus, un ensemble d'oeuvres, de styles, de traditions, de fidélités, que l'on nommait la culture française, - ensemble diapré aux frontières incertaines mais riche de ressacs et de réminiscences, de puissances et de légèretés, - que l'usage de la langue française, aristocratique ou populaire, éveillait presque à notre insu, et dont nous revevions des dispositions providentielles à comprendre le divers et à aimer ce qui nous était étranger ou lointain.

Dans le pur idiome du Valois Gérard de Nerval nous invitait aux mystères du romantisme allemand et de l'Orient. La Perse nous était donnée par Arthur de Gobineau. Stendhal et André Suarès nous faisaient voyager en Italie, non en touristes mais en pèlerins de la légèreté d'être, de l'art et de la beauté.

Ce lointain-proche avait pour avers le proche-lointain, la tradition de la France armoriée et armillaire dont les heures tournaient dans notre mémoire autour d'un point fixe, central, une clef de voûte impondérable, - qui est le Soi à l'intérieur du "moi", et plus vaste que lui, l'Ame du monde à l'intérieur de l'âme qui donne à nos gestes et nos voix cette impersonnalité active par laquelle la poésie nous revient, avec ses saisons et ses dieux, ses chances périlleuses: " Naviguer est nécessaire mais il n'est pas nécessaire de vivre."

*

L'enlaidissement du monde: stratégie serve de l'Adversaire pour nous faire détester le monde là où nous sommes et tels que nous sommes, nunc et semper. Ces grands travaux sont inutiles: "le ciel est au-dessus des toits".

*

Derniers livres parus:

Lux umbra dei, éditions Arma Artis

Propos réfractaires, éditions Arma Artis

www.arma-artis.com

25/03/2013

Hommage à Philippe Muray

Hommage à Philippe Muray.doc

24/03/2013

Raymond Abellio, le roman du huitième jour.

Abellio, le roman du huitème jour.doc

Sohravardî, le Nord au-delà du nord.

Sohravardï.doc

 

A propos de la Théognosis persane, voir aussi dans Fin Mars.Les Hirondelles, les chapitres 9 ( Clavis hermeneutica, notes sur Henry Corbin), 10 ( Notes sur le Livre de l'Homme Parfait d'Azïzoddîn Nasafî) et 11 (Le voyage intérieur).

Fin mars. Les hirondelles, éditions Arma Artis:

www.arma-artis.com

21/03/2013

Notes sur l'oeuvre de Pierre Boutang. Extrait de "Lux umbra dei", éditions Arma Artis.

Pierre Boutang..doc

20/03/2013

Oniromancie. Au-delà des portes de corne et d'ivoire... Un récit de Luc-Olivier d'Algange

Oniromancie..doc

18/03/2013

Quand l'érudition n'est pas un jeu gratuit de l'esprit mais une aventure de l'âme.

 

Article paru dans Valeurs actuelles, N° 2810:

Profil

Pour cet auteur rare, familier des moralistes européens et des mystiques persans, l'art d'écrire s'apparente à une alchimie.

Cocteau disait que les poètes vivaient très au-dessus des moyens de leur époque; le mot pourrait servir de légende à un portrait de Luc-Olivier d'Algange. Voilà un homme rare, qui unit tous les sens du mot à commencer par le premier, le plus méconnu - le plus rare... - où l'emploie Virgile: léger, mais non par ce que l'on entend par là d'ordinaire, de cette légèreté regrettable qui n'est que l'effervescence de la sottise, tout au contraire, ce qui ne pèse pas. Et tant que nous en sommes au latin, un autre mot vient aussitôt à l'esprit, et à la plume, s'agissant de lui: longanime, d'emploi si rare de nos jours qu'il n'y a plus que les vieux dictionnaires qui le connaissent. C'est pourtant la vertu la plus aimable, cette égalité d'humeur, et d'humeur précisément légère qui est la forme la plus naturelle et la plus délicate et la plus française aussi, de politesse à l'égard des êtres et des choses.

Luc-Olivier d'Algange est poète comme on respire, et l'on ne peut pas dire, comme M. Gracq le disait de la littérature contemporaine, qu'il "respire mal": est-ce que l'âme du monde respire mal ? On le voit commensal d'André Suarès, interlocuteur de Pessoa, correspondant de Novalis, compagnon d'un de ces gentilshommes de plume et d'épée - du Bartas, d'Urfé - que les professeurs, qui se rassurent comme ils peuvent avec des étiquettes, diront "baroques". Mais encore, tout aussi bien et plus mystérieusement, de la suite de Pythagore et de Plotin, de Jamblique ou de ces mystiques persans dont il parle comme s'ils étaient ses voisins de campagne, sans la moindre pose.

Il aura beaucoup écrit en abandonnant ses pages à des revues, sans trop se soucier des "feuilles tombées" - il est bien trop courtois pour être gendelettre. Peu de volumes donc: le Manifeste baroque, le Traité de l'Ardente proximité, des poèmes, le Chant de l'âme du monde (Arma Artis), le Songe de Pallas, l'Ombre de Venise (Alexipharmaque) et ce livre: Fin mars. Les Hirondelles, dont le titre est emprunté à Joubert, le plus méconnu et peut-être le plus grand de nos moralistes. L'Etincelle d'or a pour sous-titre: "Notes sur la science d'Hermès"; pour Luc-Olivier d'Algange, l'art d'écrire tel qu'il le pratique est une forme d'alchimie.

Joubert définissait la poésie comme des "paroles d'air, et lumineuses": c'est ainsi que l'auteur nous parle, et comme l'intelligence est tout d'abord générosité, au lieu de parler de soi il dit volontiers son admiration en parlant d'écrivains, de philosophes ou de mystiques.

Que si, selon la formule de Raphaël - qui est la clef d'or de la vie de l'esprit -, "admirer c'est égaler", alors on remarquera que, loin de se contenter de faire écho à ses grands devanciers (qu'il s'appellent Henry Montaigu, René Guénon, Dominique de Roux, Ernst Jünger, Henry Corbin ou Gustave Thibon, Nicola Gomez Davila ou encore Azîzoddin Nasafî), il les continue, attentif à ces "idées dont l'entendement humain serait l'instrument de perception", qui aux antipodes de l'abstraction artificielle des concepts, sont les nuances infinies de la réalité qui s'offre à nous.

On pense en refermant le livre, à une autre citation de Joubert, sur la lecture de Platon "qui est comme l'air des montagne". Elle ne nourrit pas mais elle aiguise nos organes et donne le goût des bons aliments. Luc-Olivier d'Algange est sans doute l'un des plus platoniciens de nos auteurs.

Philippe Barthelet

*

De Luc-Olivier d'Algange, aux éditions Arma Artis:

Fin mars. Les hirondelles

Le chant de l'Ame du monde

Propos réfractaires

Lux umbra dei

 

aux éditions Alexipharmaque:

L'Ombre de Venise

Le Songe de Pallas

Lectures pour Frédéric II

 

www.arma-artis.com

www.alexipharmaque.net

17/03/2013

Lettre sur la pauvreté et l'honneur

Lettre sur la pauvreté et l'honneur.doc

16/03/2013

Chant de l'Etoile polaire, poème.

Extrait de Le Chant de l'Ame du monde, éditions Arma Artis:

Chant de l'Etoile polaire, version corrigée.docx

 

15/03/2013

Les "carnets noirs" de Gabriel Matzneff

Matzneff..doc

14/03/2013

Fernando Pessoa, hétéronymes et "états multiples de l'être"

Pessoa (Hétéronymes et états multiples de l'être).doc

13/03/2013

L'Icône et la vertu du paradoxe.

L'Icone ou la vertu du paradoxe.docx

Heidegger. Notes sur l'éclaircie de l'être.

Lectures. Heidegger, notes sur l'éclairice.docx

12/03/2013

Hommage à Stefan George

Stefan George, Hommage, version revue.doc

11/03/2013

Un article de Michel Marmin.

Méditations altières

D'articles confidentiels en plaquettes précieuses, l'oeuvre philosophique et poétique de Luc-Olivier d'Algange paraissait définitivement vouée à la délectation et à l'édification des happy few. Mais ceux-ci étaient enclins à estimer qu'une divulgation plus large de ses écrits méditatifs était une tâche urgente, moins pour l'auteur lui-même, qui n'a cure de renommée, que pour tous ceux qui, sans le savoir, en étaient privés. C'est enfin chose faite avec la parution, coup sur coup, de deux livres, L'Etincelle d'or et L'Ombre de Venise. Deux livres parfaitement complémentaires, qui révèleront aux néophytes une philosophie altière, exprimée dans une langue somptueuse et excessivement châtiée.

Que dit en substance Luc-Olivier d'Algange ? Que  "l'herméneutique  est ce qui vivifie l'esprit sous les cendres de la lettre morte des religions réduites à leurs aspects extérieurs", que la science d'Hermès redevient alors un recours contre le totalitarisme de cette "transparence" chère aux nouveaux inquisiteurs, que la "tolérance" dont se gargarisent les donneurs de leçon peut être "obscurantiste" , que le secret est la condition même de la liberté, que seule "l'expérience de la coïncidence des contraires" peut arracher l''esprit à la gangue de la technique, elle-même fille de la raison raisonnante. A cet égard, l'auteur s'inscrit dans le droit fil de la critique de la modernité, telle que l'a naguère formulée René Guénon. Ce serait toutefois par trop le réduire que de le qualifier de "guénonien". C'est que ce philosophe platonicien, ou néoplatonicien si l'on préfère, est aussi, un poète, et c'est chez les poètes autant que chez les philosophes qu'il butine pour nous offrir son miel: les romantiques allemands, Baudelaire ou Pessoa, autant que Grégoire de Naziance, Heidegger, et surtout Nietzsche dont il parle admirablement et chez qui la philosophie et la poésie étaient justement tout un.

La pensée de Luc-Olivier d'Algange a ceci d'extrêmement original et vivifiant qu'elle est moins spéculative qu'opérative. L'on pourrait dire de ces deux ouvrages ce que l'auteur dit des cathédrales: "La cathédrale ne délivre pas seulement un enseignement didactique, ce qu'elle fit au demeurant avec une pertinence que nos modernes moyens de communication sont loin d'atteindre, elle sollicite de l'entendement humain une collaboration à la transmutation."

Michel Marmin

(Le Spectacle du monde N° 528)

*

Quatrième de couverture de L'Ombre de Venise

Il ne sera guère question de Venise dans ces entretiens qui souvent prennent la forme de monologues intérieurs... A peine de son "ombre", ou plus exactement de l'ombre d'un titre auquel Nietzsche renonça pour ces fragments, ces aphorismes, "ces provocations, ces appels" qui deviendront Aurores et Le Gai savoir; ombre qui nous accompagne dans notre voyage vers la vie magnifique, ombre qui scintille, ici et maintenant, de toute la splendeur de sa présence. Le voyageur et son ombre parleront ainsi, au fil d  la promenade, du dandysme, des rapports étranges de la littérature et de la vérité, de Platon et de Nietzsche, de l'autorité et de la liberté, de la morale et du style, de l'incomprise générosité, de l'orage mallarméen, de Fernando Pessoa, de la "rhétorique de Dieu", des pays de Dante et de Novalis, de l'abîme de Dionysos et de l'abîme du Christ, d'Heidegger et des poètes chinois, du "regard de diamant", de l'attention... 

"Il nous plaît, écrit Luc-Olivier d'Algange, d'écrire à l'ombre d'une cité et à l'ombre d'une oeuvre. Ces ombres ne sont pas les ombres de la caverne platonicienne, mais des ombres versicolores, venues des hauts feuillages sur notre promenade à travers la Cité éperdument architecturale, éprise de ciel et d'eau, et de leurs embrasement réciproques. Certes, les aurores qui viennent, ces aurores "védiques" dont parle Nietzsche, devront être annoncées avec tous les apparats d'une exactitude extrême. Ne rien laisser au hasard, joindre sa vision au pressentiment d'une beauté mathématique ! Tel sera le mot d'ordre qui fera tomber les propagandes. Ce miroir fabuleux qu'est l'entendement humain, qui va jusqu'à enrichir le monde qu'il reflète, est, entre son propre ciel et sa propre terre, une Cité sauvée des eaux et défiant la mort".

L'ombre de Venise est fine, elle laisse passer la lumière. La finesse de l'ombre, sa vertu picturale, présagent une nouvelle audace herméneutique. A travers L'Ombre de Venise se précise, comme en contre-jour, l'écriture des dieux, l'écriture éternellement antérieure des "registres de lumière" de ce "logos intérieur" dont parle Philon d'Alexandrie. 

L'Ombre de Venise, éditions Alexipharmaque, 15 euros 

www.alexipharmaque.net

10/03/2013

FIN MARS. LES HIRONDELLES, en hommage à Joseph Joubert.

Un article d'Arnaud Bordes à propos de Fin Mars. Les hirondelles, de Luc-Olivier d'Algange.

" Luc-Olivier d'Algange. C'est un style où, comme le temps est l'image mobile de l'éternité, la langue se fait image du Verbe. C'est une pensée, profonde, érudite, romantique où, au sens métaphysique, sont le Nécessaire et le Contingent. Nécessaire: comme le monde invariant des Idées, de l'Etre. Contingent: comme le monde changeant de la nature, des apparences. Une pensée qui, comme un devin dans autant d'entrailles, sans cesse scrute les épaisseurs sédimentaires des apparences pour en exhumer, en faire surgir, l'Etre et les Idées, autrement dit, le Vrai, le Beau, et le Bien. Ainsi en est-il de Fin mars. Les Hirondelles, où Luc-Olivier d'Algange, en ultime philosophe platonicien, en poète aussi, convoque, entre autres, Henry Montaigu (et son "universalité métaphysique"), Dominique de Roux (comme "anti-moderne"), René Guénon (comme "immense promesse de poésie"), Julien Gracq ( et sa "géopoétique"), Ernst Jünger (et le "réalisme héroïque") dont, moins pour en célébrer les richesses chromatiques que pour en trouver la source lumineuse et embrasante, il étudie les reflets. Il ne s'agit pas là, comme il en serait peut-être dans n'importe quelle bavarde analyse littéraire, de reconnaître des qualités, des manières, des procédés, mais de connaître, - d'une connaissance du sacré. Fin mars. Les hirondelles est remarquable, une oeuvre (comme on ne sait plus en faire) gnostique. "

article paru dans R&A, N°35

*

Incipit à

Fin mars. Les Hirondelles

(en hommage à Joseph Joubert)

D'emblée, à lire les Cahiers de Joseph Joubert, nous sommes saisis par un sentiment de légèreté, d'enfance, un "je ne sais quoi", un "presque rien" ( selon la formule de Fénelon) qui évoque le matin profond des dialogues platoniciens, - ce moment qui précède leur exécution maïeutique ou dialectique. La pensée de Joseph Joubert fréquente l'amont. Elle scintille au vif de l'instant qui la voit naître et l'auteur ne s'y attarde pas. A trop s'attarder sur elles-mêmes, les pensées les plus justes, les plus heureuses, deviennent fallacieuses et mauvaises.

S'il est des penseurs de l'après-midi ou du soir, ou de la nuit, Joseph Joubert est le penseur du matin, du jour qui point, de la fine pointe. D'où la vertu éveillante et roborative de ces fragments, - cette façon d'aviver l'intelligence, de la cueillir, de la précipiter, comme on le dirait dans le vocabulaire de la chimie, non sans lui donner, et comme par inadvertance, une portée prophétique ou générale: " Les idées exagérées de compassion, d'humanité conduisent à la cruauté. Chercher comment.". Esprit chrétien, classique et platonicien, Joseph Joubert répugne à l'exagération, mais son goût de la mesure, loin d'être seulement un accord de la morale et de la raison, se fonde sur une intuition métaphysique. Pour Joseph Joubert, il n'est d'équilibre, d'harmonie et d'ordre que légers. L'ordre n'échappe à sa caricature que par des affinités particulières avec l'âme, la germination, la composition musicale: "L'ordre aperçu dans le mouvement: la danse, la démarche, les évolutions militaires". L'exagération de la compassion, comme toute exagération, substitue à l'âme la volonté qui est négation de l'âme. La volonté outrecuide et grince; sa dissonance est d'outrepasser les prérogatives humaines en passant à côté des bonnes actions qui naissent directement de la bonté et du coeur.

On se souvient de la phrase de La Rochefoucauld: " Cet homme n'a pas assez d'étoffe pour être bon". C'est que la bonté est un art, une force, un don, une résolution peut-être, mais nullement une volonté. Elle nous est donnée par la Providence, et nous devons la servir. Répondant aux circonstances qui la sollicitent en nous, elle ne peut exagérer; elle est juste ou elle n'est pas. La vérité et le bonheur ne se détiennent pas, ils n'obéissent pas à notre volonté: " Nous sommes nés pour les chercher toujours, mais pour ne les trouver qu'en Dieu". La belle et heureuse fidélité n'est pas crispée sur son dû. Elle est consentement à ce qui, en nous, est plus profond et plus haut que nous-mêmes et non pas volonté de faire de nous-mêmes autre chose que ce que nous sommes dans nos plaisirs et vraisemblances. De la vraisemblance à la vérité, le chemin, qui n'est pas une marche forcée, ne saurait être que providentiel.

Ainsi, par volontarisme, "le siècle a cru faire des progrès en allant dans des précipices". La suspension de jugement est bien souvent plus spirituelle que la certitude dont la volonté s'empare pour la faire servir à ses exagérations et ses aveuglements. L'humanité véritable s'exerce non dans le système, dans l'abstraction, mais dans le regard échangé, dans l'attention et le recueillement:  "Porter en soi et avec soi cette attention et cette indulgence qui fait fleurir les pensées d'autrui".

Joseph Joubert distingue l'incrédulité de l'impiété, l'une n'étant qu'une "manière d'être de l'esprit", presque égale à la crédulité, alors que l'autre est "un véritable vice du coeur": " Il entre dans ce sentiment de l'horreur pour ce qui est divin, du dédain pour les hommes et du mépris pour l'aimable simplicité." L'incrédulité est une vue partielle, alors que l'impiété est une volonté. " La piété nous rattache à ce qu'il y a de plus puissant et de plus faible". Printanière, la pensée de Joseph Joubert l'est aussi par cette déférence à l'égard de la fragilité, par ce sens du tragique, du caractère irremplaçable de tout ce qui est, par la soumission à l'impératif divin qui fonde en son unificence chaque chose qui existe, et dont l'existence est, par voie de conséquence, à nulle autre semblable. La beauté du principe resplendit en chacun: " L'un est tout ce qui n'est pas lui". (...)

*

Sommaire:

1. Joseph Joubert

2. Ce Printemps d'Aquitaine, notes sur l'oeuvre de Henry Montaigu

3. René Guénon, écrivain français

4. Hommage à Gustave Thibon

5. Le Songe impérial de Dominique de Roux

6. Gomez Davila ou "les droits de l'âme"

7. André Suarès, une vision paraclétique

8. Cicindèles, notes sur l'oeuvre d'Ernst Jünger

9. Clavis hermeneutica,- notes sur l'oeuvre de Henry Corbin

10. Le "Voyage en Dieu", - Notes sur Le Livre de l'Homme Parfait d'Azîzoddin Nasafî

11. L'Envers de la vague,- notes sur l'oeuvre de Julien Gracq

12. Le Voyage intérieur.

*

 

(Fin mars. Les Hirondelles,éditions Arma Artis, 209 pages, 22 euros.)

www.arma-artis.com

07/03/2013

Un article de Christopher Gérard

Propos réfractaires

de Luc-Olivier d'Algange.

Lecteur ébloui de Balzac dès l'âge de dix ans, Luc-Olivier d'Algange a retenu de ses multiples éveilleurs, parmi lesquels Raymond Abellio et Henry Montaigu, comme d'immenses lectures, de Platon à Nietzsche, qu'il faut "sauvegarder en soi, contre les ricaneurs, le sens de la tragédie et de la joie".

Dans son dernier opus, Propos réfractaires, un recueil de reflexions bien incorrectes, il exhorte ses lecteurs à résister à la mise-au-pas opérée par le Gros Animal, celui dont la technique d'asservissement consiste à "effrayer, épuiser, distraire". Adepte d'une pensée anagogique et initiatique, en un mot aristocratique, Luc-Olivier d'Algange entend préserver sa commanderie la plume à la main et continuer à célébrer l'ensorcelante beauté du monde, malgré la laideur qui s'étend - et il faut le louer de préciser: une laideur à quoi le monde ne se réduit jamais. Ce contre-moderne qui ne se complaît donc pas dans la déploration morose a le sens latin de la formule: "Un homme qui garde un secret est un vivant rempart contre l'infamie", ou encore celle-ci dans laquelle je ne puis que me reconnaître, surtout en ces temps de chasse à courre: " Nos meilleurs écrivains ont du cerf, du renard ou de sanglier - et comme ce dernier, ils vont seuls".

Propos réfractaires est donc un manifeste, celui des écrivains "hostiles aux voies ferrées", ceux qui se verraient plutôt du côté de Peter O'Toole, à faire dérailler les trains de l'armée ottomane ! Ce recueil sera lu comme une exhortation à maintenir, contre toute forme d'hébétude et d'anesthésie, les yeux ouverts sur le monde et à honorer tout ce que notre société, celle des Modernes, offense et bafoue. Dandysme vain ? Pose pseudo-aristocratique ? Nenni: l'homme d'Algange est un passionné, un rebelle à la massification comme aux formes nouvelles d'obscurantisme, un fidèle d'Aphrodite aux mille parfums. Un platonicien de l'ancienne France royale et chevaleresque comme jamais ceux de Perse ou de Cambridge. Un gnostique au sens hellénique qui appelle à la reconqête de notre souverainté intérieure, mais qui sait que " le Diable rit chaque fois qu'il parvient à opposer un corps et un esprit, et exulte chaque fois qu'il parvient à anéantir un esprit par le corps". Un impertinent qui soutient que le premier droit de l'homme est le droit au silence, un écrivain qui sait que "tracer des mots avec de l'encre du du papier est un acte prodigieux".

Luc-Olivier d'Algange ou le fol en Dionysos.  

*

Extraits de Propos réfractaires, éditions Arma Artis

Il y a deux sortes d'écrivains: ceux qui se souviennent de l'éclat sacré du signe, du hiéroglyphe, de la rune, et qui savent qu'ils se livrent à un cérémonial magique dont l'écriture proprement dite  n'est qu'un moment, - et les autres, qui écrivent n'importe quoi, n'importe comment. Ceux qui savent que tracer un mot avec de l'encre sur du papier est un acte prodigieux, et ceux qui l'ignorent.

*

Ecrire en poète, c'est combattre l'indéfini avec les armes de l'infini.

*

Ce que l'on nomme l'invisible est, en réalité, visible à certains moment et aux pointes extrêmes.

*

La société nous fait entrer dans la case d'un formulaire administratif, la civilisation nous en fait sortir en nous reliant à la diversité des influences. La société nous fait vivre dans un hic et nunc abstrait et carcéral, la civilisation dans une présence qui est un armorial, un vitrail. La société nous identifie; la civilisation nous éveille à  nos filiations spirituelles et nos appartenances métaphysiques. La société nous établit dans une singularité où nous sommes interchangeables, la civilisation nous différencie, nous distingue, nous hiérarchise dans le secret du temps et donne à la réalité transitoire les éclats de la légende.

*

Il ne suffit pas de témoigner des principes, il faut encore combattre la tyrannie des écorces mortes. La négation de la négation est nécessaire aux temps où nous sommes. S'en dispenser serait se livrer, pieds et poings liés, à la parodie. Là où nous sommes, nous ne pouvons aller directement à la vérité et à l'unité. Ce fut l'illusion funuste des utopies. D'où, dans toutes les traditions, ces constants appels à l'humilité. Humus, la terre, empreinte visible d'un sceau invisible.

 

www.arma-artis.com