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10/03/2013

FIN MARS. LES HIRONDELLES, en hommage à Joseph Joubert.

Un article d'Arnaud Bordes à propos de Fin Mars. Les hirondelles, de Luc-Olivier d'Algange.

" Luc-Olivier d'Algange. C'est un style où, comme le temps est l'image mobile de l'éternité, la langue se fait image du Verbe. C'est une pensée, profonde, érudite, romantique où, au sens métaphysique, sont le Nécessaire et le Contingent. Nécessaire: comme le monde invariant des Idées, de l'Etre. Contingent: comme le monde changeant de la nature, des apparences. Une pensée qui, comme un devin dans autant d'entrailles, sans cesse scrute les épaisseurs sédimentaires des apparences pour en exhumer, en faire surgir, l'Etre et les Idées, autrement dit, le Vrai, le Beau, et le Bien. Ainsi en est-il de Fin mars. Les Hirondelles, où Luc-Olivier d'Algange, en ultime philosophe platonicien, en poète aussi, convoque, entre autres, Henry Montaigu (et son "universalité métaphysique"), Dominique de Roux (comme "anti-moderne"), René Guénon (comme "immense promesse de poésie"), Julien Gracq ( et sa "géopoétique"), Ernst Jünger (et le "réalisme héroïque") dont, moins pour en célébrer les richesses chromatiques que pour en trouver la source lumineuse et embrasante, il étudie les reflets. Il ne s'agit pas là, comme il en serait peut-être dans n'importe quelle bavarde analyse littéraire, de reconnaître des qualités, des manières, des procédés, mais de connaître, - d'une connaissance du sacré. Fin mars. Les hirondelles est remarquable, une oeuvre (comme on ne sait plus en faire) gnostique. "

article paru dans R&A, N°35

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Incipit à

Fin mars. Les Hirondelles

(en hommage à Joseph Joubert)

D'emblée, à lire les Cahiers de Joseph Joubert, nous sommes saisis par un sentiment de légèreté, d'enfance, un "je ne sais quoi", un "presque rien" ( selon la formule de Fénelon) qui évoque le matin profond des dialogues platoniciens, - ce moment qui précède leur exécution maïeutique ou dialectique. La pensée de Joseph Joubert fréquente l'amont. Elle scintille au vif de l'instant qui la voit naître et l'auteur ne s'y attarde pas. A trop s'attarder sur elles-mêmes, les pensées les plus justes, les plus heureuses, deviennent fallacieuses et mauvaises.

S'il est des penseurs de l'après-midi ou du soir, ou de la nuit, Joseph Joubert est le penseur du matin, du jour qui point, de la fine pointe. D'où la vertu éveillante et roborative de ces fragments, - cette façon d'aviver l'intelligence, de la cueillir, de la précipiter, comme on le dirait dans le vocabulaire de la chimie, non sans lui donner, et comme par inadvertance, une portée prophétique ou générale: " Les idées exagérées de compassion, d'humanité conduisent à la cruauté. Chercher comment.". Esprit chrétien, classique et platonicien, Joseph Joubert répugne à l'exagération, mais son goût de la mesure, loin d'être seulement un accord de la morale et de la raison, se fonde sur une intuition métaphysique. Pour Joseph Joubert, il n'est d'équilibre, d'harmonie et d'ordre que légers. L'ordre n'échappe à sa caricature que par des affinités particulières avec l'âme, la germination, la composition musicale: "L'ordre aperçu dans le mouvement: la danse, la démarche, les évolutions militaires". L'exagération de la compassion, comme toute exagération, substitue à l'âme la volonté qui est négation de l'âme. La volonté outrecuide et grince; sa dissonance est d'outrepasser les prérogatives humaines en passant à côté des bonnes actions qui naissent directement de la bonté et du coeur.

On se souvient de la phrase de La Rochefoucauld: " Cet homme n'a pas assez d'étoffe pour être bon". C'est que la bonté est un art, une force, un don, une résolution peut-être, mais nullement une volonté. Elle nous est donnée par la Providence, et nous devons la servir. Répondant aux circonstances qui la sollicitent en nous, elle ne peut exagérer; elle est juste ou elle n'est pas. La vérité et le bonheur ne se détiennent pas, ils n'obéissent pas à notre volonté: " Nous sommes nés pour les chercher toujours, mais pour ne les trouver qu'en Dieu". La belle et heureuse fidélité n'est pas crispée sur son dû. Elle est consentement à ce qui, en nous, est plus profond et plus haut que nous-mêmes et non pas volonté de faire de nous-mêmes autre chose que ce que nous sommes dans nos plaisirs et vraisemblances. De la vraisemblance à la vérité, le chemin, qui n'est pas une marche forcée, ne saurait être que providentiel.

Ainsi, par volontarisme, "le siècle a cru faire des progrès en allant dans des précipices". La suspension de jugement est bien souvent plus spirituelle que la certitude dont la volonté s'empare pour la faire servir à ses exagérations et ses aveuglements. L'humanité véritable s'exerce non dans le système, dans l'abstraction, mais dans le regard échangé, dans l'attention et le recueillement:  "Porter en soi et avec soi cette attention et cette indulgence qui fait fleurir les pensées d'autrui".

Joseph Joubert distingue l'incrédulité de l'impiété, l'une n'étant qu'une "manière d'être de l'esprit", presque égale à la crédulité, alors que l'autre est "un véritable vice du coeur": " Il entre dans ce sentiment de l'horreur pour ce qui est divin, du dédain pour les hommes et du mépris pour l'aimable simplicité." L'incrédulité est une vue partielle, alors que l'impiété est une volonté. " La piété nous rattache à ce qu'il y a de plus puissant et de plus faible". Printanière, la pensée de Joseph Joubert l'est aussi par cette déférence à l'égard de la fragilité, par ce sens du tragique, du caractère irremplaçable de tout ce qui est, par la soumission à l'impératif divin qui fonde en son unificence chaque chose qui existe, et dont l'existence est, par voie de conséquence, à nulle autre semblable. La beauté du principe resplendit en chacun: " L'un est tout ce qui n'est pas lui". (...)

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Sommaire:

1. Joseph Joubert

2. Ce Printemps d'Aquitaine, notes sur l'oeuvre de Henry Montaigu

3. René Guénon, écrivain français

4. Hommage à Gustave Thibon

5. Le Songe impérial de Dominique de Roux

6. Gomez Davila ou "les droits de l'âme"

7. André Suarès, une vision paraclétique

8. Cicindèles, notes sur l'oeuvre d'Ernst Jünger

9. Clavis hermeneutica,- notes sur l'oeuvre de Henry Corbin

10. Le "Voyage en Dieu", - Notes sur Le Livre de l'Homme Parfait d'Azîzoddin Nasafî

11. L'Envers de la vague,- notes sur l'oeuvre de Julien Gracq

12. Le Voyage intérieur.

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(Fin mars. Les Hirondelles,éditions Arma Artis, 209 pages, 22 euros.)

www.arma-artis.com

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