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  <title>Luc-Olivier d'Algange, Cahiers de la Délie.</title>
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  <subtitle>Littérature et métaphysique.</subtitle>
  <updated>2026-05-31T00:46:34+02:00</updated>
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        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Hommage à Gabrielé D'Annunzio:</title>
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      <updated>2026-05-17T00:37:43+02:00</updated>
      <published>2026-05-17T00:36:00+02:00</published>
                      <summary> &amp;nbsp;       D'Annunzio, entre les contrées de l'Aigle et le territoire...</summary>
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          &lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6679917&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/00/01/1254467472.jpg&quot; alt=&quot;492473451_9614935551905473_9146770747664696310_n (1).jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;strong&gt;D'Annunzio, entre les contrées de l'Aigle et le territoire du Serpent&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Il était inévitable que le poète qui tant laissa transparaître dans ses œuvres la vision d'un paradis terrestre, - l'absolu non dans l'indéfini, mais dans une finitude resplendissante, incarnée, dans une âme qui fait frémir le corps et porte l'esprit à l'aventure et à la gloire,- sorte enfin du purgatoire où des esprits mesquins prétendirent l'enfermer à jamais.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;D'Annunzio fut magnifiquement tout ce que notre temps nous prescrit de n'être plus. Il n'est pas une de ses vertus, ou de ses vices, qui ne soient mises au ban, - et surtout ses vertus, qu'il faut prendre ici au sens originel , comme on parlait jadis de la&amp;nbsp;&lt;em&gt;virtu&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;du condottière.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Sa gloire en son temps fut immense, mais peu lui demeurèrent fidèles, excepté Montherlant, et cet autre condottière, auteur du plus beau voyage en Italie qui soit, André Suarès qui, mieux que quiconque, pouvait le comprendre, jusque dans son équipée de Fiume&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;On a beaucoup glosé sur le «&amp;nbsp;Comandante&amp;nbsp;» et le «&amp;nbsp;Comediante&amp;nbsp;», sur ses audaces et sur ses éclats, sur son italianité qui ne l'éloigne pas tant de notre francité, telle qu'elle fut incarnée par Cyrano de Bergerac, qui fut non seulement le personnage coruscant de la pièce d'Edmond Rostand, mais aussi, on l'oublie parfois, l'auteur génial du&amp;nbsp;&lt;em&gt;Voyage aux pays de la Lune et du Soleil&lt;/em&gt;, qui hausse la prose française à l'un de ses plus ardents zéniths.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Sous ces belles augures, - où figurent aussi, d'entre les contemporaines, la magistrale biographie de Mauricio Serra et la fidélité active, au coeur du Vittoriale degli Italiani, l'ultime demeure de d'Annunzio, de Giordano Bruno Guerri, auteur de plusieurs livres livres consacrés au &lt;em&gt;Vate&amp;nbsp;&lt;/em&gt;- D'Annunzio revient et le moment est venu de se souvenir du poète qu'il fut avant tout. Les rabats joie, les Lugubres et les puritains ont ricané, amers, mais leur nature est de ne rien comprendre à rien, et de se tenir, bien serrés, sur la ligne défensive de leur médiocrité; les idéologues nous ont mis en garde contre l'&lt;em&gt;esprit libre&lt;/em&gt;, mais c'est leur fonction que de trier administrativement les bons et les mauvais sujets. Ces dénigrements cependant suintent l'envie, qui est de tous les péchés le plus stupide car aucune joie, même fugace ou coupable, ne l'accompagne.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Les gloires, le luxe, avec cependant les soucis de l'endetté perpétuel, mais dans la désinvolture et le panache, la plus grande gloire littéraire de son temps, un foisonnement de présences féminines, tout cela jeté dans la balance du risque et de l'audace, - D'Annunzio reprenant à son compte la fameuse phrase Pompée citée par Plutarque,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Naviguer est nécessaire mais il n'est pas nécessaire de vivre&lt;/em&gt;&lt;em&gt;,&amp;nbsp;&lt;/em&gt;- il y avait là sans doute de quoi tordre les entrailles de ceux qui ont, avant l'heure, étranglés leurs songes !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Qu'une telle vie eût été possible, et aimée, devrait cependant nous donner à nous interroger sur les pouvoirs de la poésie même, - pouvoirs magiques qui remontent haut dans le temps, jusqu'aux Mystères de Delphes et d'Epidaure, jusqu'à Empédocle et jusqu'aux premiers songes orphiques, et plus haut encore, dans la communion immémoriale des hommes avec la terre des Abruzze, avec le ciel, avec la mer.Pour D'Annunzio, la poésie n'est pas une représentation mais une présence réelle, qui prolonge la nature et le monde, qui en émane et témoigne de son secret, de ce feu central de l'être, lequel, sans l'intercession du poète, demeurerait méconnu, - «&amp;nbsp;&lt;em&gt;un pays sans légendes condamné à mourir de froid&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;disait Patrice de la Tour du Pin.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Il a été beaucoup reproché à D'Annunzio de n'avoir été que le poète des sensations, et, de préférence, des sensations fortes, mais c'est méconnaître que la sensation, lorsqu'un poème s'en saisit et la chante n'est pas seulement la sensation, de même que la vie n'est pas seulement la vie, mais un signe, une annonciation, - celle de son propre nom: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;em&gt;la vie était belle par ce que je vivais et parce qu'elle m'avait créé semblable à l'image voilée de l'Ange de mon nom&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;»&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Pour D'Annunzio, la vie est signe et intersigne, analogie créatrice; la rumeur qu'elle laisse en nous est semblable à celle dont elle naquit, ses objets les plus précis, les plus familiers viennent de la nuit des temps, telle la cigale talismanique aimée des Félibres, qui, à tant d'égards, furent proches de D'Annunzio, la cigale «&amp;nbsp;&lt;em&gt;noire mais couverte d'un duvet cendré qui luisait comme un vêtement de soie&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Le refus de l'existence plate, soumise, utilitaire n'est pas seulement pour D'Annunzio une pose, ni même une éthique, - ce qui serait déjà honorable, mais, plus profondément, une métaphysique expérimentale. Celui qui envisage de sacrifier sa vie dans un combat juge une idée plus haute que la vie, non comme une abstraction, mais comme sa&amp;nbsp;&lt;em&gt;fine pointe&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Pour D'Annunzio, la vie n'est pas seulement la vie, la raison n'est pas seulement la raison, la patrie n'est pas seulement la patrie mais ils sont les empreintes d'une vérité plus haute, - divine, - qu'il appartient au poète d'éprouver et de louer. Cet idéalisme n'a rien d'anémique ou de falot, il est puissance en acte, non dépourvu de ce pragmatisme supérieur qui caractérise le héros homérique, - et puis, toute vie n'est-elle pas un sacrifice, ce «&amp;nbsp;&lt;em&gt;feu mêlé d'aromates&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;dont parlait Héraclite ? Mieux valent les flammes hautes, crépitantes de parfums que le feu crapoteux et puant de la sécurité et du confort. Le don reçu à la naissance est immense, indiciblement immense. Le dessein de D'Annunzio fut, durant toute sa vie fervente et inquiète, de n'en pas démériter.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'équipée de Fiume qui succéda au&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nocturne&lt;/em&gt;&amp;nbsp;n'est pas sans faire songer au voyage des Argonautes. Avant cette aventure, qui évoque la conquête de la Toison d'Or, le&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nocturne&lt;/em&gt;, dans son paradoxe temporel, est préfiguration. Pour reconquérir, et hausser la beauté conquise par delà la beauté perdue, il faut avoir été laissé, abandonné sur des rivages de nuit; il faut avoir été presque vaincu, trahi; il faut qu'une légitimité ait été bafouée et niée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dans certaines circonstances, qui appartiennent alors au Mythe, le destin individuel rejoint le destin collectif. Le ressouvenir devient alors pressentiment. L'honneur rendu aux héros passés dans le&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nocturne&lt;/em&gt;&amp;nbsp;annonce, par «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;'Ange du nom&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;ceux qui se dresseront contre la «&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;victoire mutilée&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;»&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Toute vie pleinement vécue est mythologique. Pour D'Annunzio, les mythes ne sont pas les témoins d'une civilisation antique disparue mais les clefs de déchiffrement de son propre destin, exactement comme ils le furent pour un Grec contemporain d'Homère ou d'Empédocle. Loin, très loin, de n'être que les ornements métaphoriques d'un homme de Lettres, ils sont la substance vive de ses actes et de ses pensées.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Il est une façon mythologique de voir le monde, de s'y inscrire et une façon ratiocinante, bourgeoise, au sens flaubertien de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;celui qui pense bas&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. D'Annunzio qui est à la fois paysan des Abruzzes et esthète à la manière d'un Des Esseintes, ne laissera pas la pensée calculante et planifiante ordonner sa vie; il rejoindra les dieux, leurs légendes et leurs mystères.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;On pourrait y voir simplement le panache d'un artifice majeur, d'un défi à l'époque, si par exemple l'oeuvre de Jung ne nous avait appris que les mythes sont notre trame secrète, le filigrane de la plage blanche sur laquelle nous écrivons nos jours et nos nuits, les racines de notre conscience&amp;nbsp; que les abstractions du monde moderne voudraient trancher.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Tout ce qu'il y eut d'aventureux dans l'existence de D'Annunzio apparaît ainsi comme une suite d'actes rituels destinés à délivrer la part mythologique, orphique, et à lui donner ce resplendissement, cette vérité dont la beauté miroite, comme au matin, le soleil sur la surface des eaux.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Le grand péril n'est pas celui que l'on croit, mais, comme disait Ernst Jünger celui de «&amp;nbsp;&lt;em&gt;laisser la vie nous devenir quotidienne&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, - non que les choses les plus simples ne suffisent à notre joie, mais précisément parce que dans l'abstraction moderne, elles risquent de devenir hors d'atteinte. C'est ainsi que D'Annunzio ne se lassera pas de chanter les feuillages, la pluie, les animaux ,les saveurs, les saisons, les labeurs et les combats de ses semblables, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;le miel que la bouche arrache à la cire tenace&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, la diversité heureuse des apparences, et bien sûr, les femmes étreintes ou seulement désirées.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Son inquiétude naît d'un constat auquel il ne se résignera jamais: les hommes, et surtout ceux de son temps, passent à côté de la vie magnifique. Tout est offert et rien n'est pris. Par quelque noir ensorcellement, - qui pose à la rationalité, - le don magnifique du dieu est sans cesse refusé dans les circonstances les plus infimes comme les plus grandioses.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Son immense poème&amp;nbsp;&lt;em&gt;Laus Vitae&lt;/em&gt;, - d'une hauteur, d'une vigueur et d'une inspiration comparables aux&amp;nbsp;&lt;em&gt;Cinq grandes odes&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de Claudel ou aux&amp;nbsp;&lt;em&gt;Amers&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de Saint-John Perse,- est ce contre-sort, cette opération théurgique dont la vocation est, par l'éloge, de délivrer la vie de la triste incarcération où elle se trouve, de la hausser à la hauteur idéale du chant et de faire ainsi de son lecteur le contemporain de Virgile, De Dante et du p&lt;em&gt;lus grand avenir&lt;/em&gt;, celui «&amp;nbsp;&lt;em&gt;des aurores védiques&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;selon la citation que Nietzsche porta en exergue à son&amp;nbsp;&lt;em&gt;Gai Savoir&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Ce contre-sort n'est pas sans évoquer le «&amp;nbsp;&lt;em&gt;c&lt;/em&gt;&lt;em&gt;ontre-monde&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de Stephan George qui, au demeurant, traduisit D'Annunzio et le publia dans son anthologie des poètes emblématiques de son temps. Ce contre-sort et ce contre-monde par ces temps d'uniformisation globale sont plus nécessaires encore qu'ils ne le furent aux temps de Stefan George et de D'Annunzio. Ce que ces poètes altiers craignirent nous advient avec une force d'arasement sans pareilles. D'où l'importance de prendre leur conseil et de passer outre aux jugements partiaux de ceux qui les jugent obsolètes ou dangereux.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dangereux, certes, ils le sont, mais pour les gardes-chiourmes, les hommes sans visages, les Lugubres. Dangereux, certes, pour les discours qui nous enjoignent à la servitude volontaire, pour l'humanité satisfaite d'être «&amp;nbsp;QR codée&amp;nbsp;» ou réduite au rôle de rats de laboratoire, avec pour toute ambition, dans un labyrinthe absurde, de trouver la manette qui active la distribution de nourriture, le fameux «&amp;nbsp;pouvoir d'achat&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dans la nuit, D'Annunzio se souvient de l'axe, de l'arcane de tous les soleils. Cette nuit n'est pas une pure et simple absence de lumière. Elle est peuplée de phosphènes, de réminiscences et d'annonciations. Cette plongée dans le globe oculaire, dans un réseau des nerfs, dans un cerveau, un corps, est d'une précision extraordinaire: elle réalise exactement ce que tout écrivain devrait faire: écrire à partir de l'être-là physique et métaphysique.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Ce fut la règle d'or des plus grands, Proust, Faulkner, Conrad, Artaud, Jünger, et bien sûr, en amont, Nietzsche, que D'Annunzio considéra à juste titre non comme comme un guide ( «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Il me répugne de suivre autant que de guider&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;est-il dit dans le&amp;nbsp;&lt;em&gt;Zarathoustra&lt;/em&gt;) mais comme un frère blessé. On peut considérer, après tant d'études savantes qui, depuis, furent consacrée au Solitaire d'Engadine que D'Annunzio fut un nietzschéen approximatif; il n'en demeure pas moins que sa vie fut sans doute de celles que Nietzsche eût aimées&amp;nbsp;: méditerranéenne, solaire, guerrière, mue par une volonté de puissance qu'il ne confondit jamais avec les atermoiements et les servitudes du pouvoir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Lorsqu'il fut le maître de Fiume, ce fut en&amp;nbsp;&lt;em&gt;Vate&lt;/em&gt;&amp;nbsp;bien plus qu'en dictateur, sinon pour relever, chez chacun l'exercice de la liberté. La Constitution de Fiume, au demeurant, rédigée par Alceste de Ambris fut proche de l'idéal libertaire, et, en Europe, à l'avant-garde de toutes les libertés conquises sur le puritanisme et l'esprit bourgeois.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dans la vie, et la vie politique en particulier, il faut choisir ce que l'on sert, l'individualisme absolu étant un leurre, où du moins un horizon hors d'atteinte, sinon dans une œuvre de jeunesse de Julius Evola. Les plus grandes querelles idéologiques se jouent autour de la notion d'individu, les uns tenant pour un individualisme abstrait, interchangeable, et les autres pour diverses formes de collectivisme. Or le génie de D'Annunzio échappe d'emblée à cette alternative qui ressemble fort à un traquenard.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Fiume fut, mais dans la logique de l'oeuvre toute entière, - une tentative de desserrer la tenaille, d'ouvrir à une possibilité d'être qui ne soit pas exclusivement soumise à l'intérêt des notables ou d'un Etat hypertrophié sous le seul règne de l'économie et de la technique. Cette possibilité d'être définit une notion de l'individu étrangère au règne de la quantité qui nous soumet à la statistique.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'individu pour D'Annunzio est&amp;nbsp;&lt;em&gt;incarné&lt;/em&gt;; il est, dans un esprit, une âme et un corps, une chose irremplaçable,&amp;nbsp;&lt;em&gt;indivise&lt;/em&gt;, forgée ou sculptée par ces influences que sont sa langue, son paysage de prédilection, ses amours, son imagination en mouvement, sa fidélité aux heures profondes et heureuses, son oraison la plus secrète. Chaque individu diffère de l'autre précisément par l'organisation variable de ses influences, par lesquelles cependant il est relié aux autres, relié mais non agrégé.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Le génie de D'Annunzio fut ainsi d'inventer un un élan commun à partir du refus du grégarisme. Les grandes libertés que la Constitution de Fiume accorde aux individus sont destinées non à un hédonisme de masse mais à libérer des puissances, - celles -là même qui gisent, en ressouvenirs, en pressentiments, en mythologies vivantes aux tréfonds du&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nocturne&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Fiume, certes, fut écrasée par la force mécanique des gens sérieux, mais son exemplarité demeure. Les hommes ont d'autres destins possibles que d'être des insectes, des rouages d'une mécanique sociale. Tout ce qui vibre et chante, la singularité irréductible de chacun où s'accorde la multiplicité de ses influences, demeure face à nous-même et face au néant, à la fois tragique et joyeuse. Tragique précisément car irremplaçable, et joyeuse car sa flamme irremplaçable éclaire nos dissemblables et nos amis, et notre ferveur commune. Contre la société anonyme, D'Annunzio nous donne celle du «&amp;nbsp;&lt;em&gt;nom qui annonce&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Contre la pensée calculante, celle du Don, - «&amp;nbsp;&lt;em&gt;J'ai ce que j'ai donné&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Contre la servitude volontaire, un horizon homérique et virgilien:&amp;nbsp;&lt;em&gt;la poésie première servie&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;On se souvient de la bibliographie de Cocteau qui répartissait ses oeuvres en poésie de roman, poésie de théâtre, poésie d'essais etc... La méthode eût été tout aussi pertinente pour D'Annunzio, sinon qu'il eût été nécessaire d'y ajouter la poésie de l'action.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nocturne&lt;/em&gt;&amp;nbsp;est une méditation sur l'action, fondée, certes sur le ressouvenir mais aussi, nous l'avons vu, sur la préfiguration, l'annonce. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;La poésie ne rythmera plus l'action, elle sera en avant&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;écrivait Rimbaud. Le poème précède l'action, celle-ci n'est plus ce qui est chanté après, mais le chant dont l'action sera la&amp;nbsp;&lt;em&gt;fine pointe, -&lt;/em&gt;&amp;nbsp;et cette action elle-même ne vaudra que par l'intensité de la poésie qu'elle éveille, à jamais, comme une flamme que rien, pas même la défaite historique, ne pourra éteindre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Sur le papier où D'Annunzio écrivait ses éloges, ses joies, ss mélancolies, son courage, figurait ce filigrane: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Per non dormir&lt;/em&gt;&lt;em&gt;e&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», pour ne pas dormir, même et surtout dans la nuit phosphorescente, même et surtout au coeur du Songe. Comment expliquer que celui qui passait pour un poète décadent, un Des Esseintes pris de vertige par les synesthésies, sut avec un tel bonheur conquérir le cœur des&amp;nbsp;&lt;em&gt;Arditi&lt;/em&gt;, - qui n'étaient pas particulièrement de délicats érudits en chambres ou en salons ? C'est qu'il apportait la preuve, (selon la formule de Cocteau &amp;nbsp;«&lt;em&gt;l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;a preuve par neuf des neufs Muses&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;»&lt;/em&gt;), que la poésie, comme le savait Hamann est bien la langue originelle de l'humanité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;De ce rappel, en dépit de l'échec apparent de Fiume,demeure la réjuvénation de l'âme, sa possibilité inaltérée. Ce grain, couleur de cinabre qui, au contact du plomb, transmute, par un effet d'ensoleillement intérieur, la matière opaque. Le secret du soleil est dans la nuit, et le secret de la nuit dans le soleil noir alchimique.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Nulle mieux que l'oeuvre de D'Annunzio ne montre que le recours au passé, à la plus lointaine mémoire, est au principe de l'élan, de la force qui va, de la conquête. La nostalgie est chose mal comprise. On la croit une déperdition de la puissance, elle en est la ressource, le viatique. On présume que le nostalgique s'abandonne à des images révolues, alors qu'il les invente. Tel ces philosophes, peintres et sculpteurs de la Renaissance qui se tournent vers le monde antique pour mieux fonder leur pensée et leur art et leur donner des audaces non pressenties, D'Annunzio oeuvre avec ce&amp;nbsp;&lt;em&gt;double regard&lt;/em&gt;, cette virtuosité de Janus.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Pour faire de son langage la proue du vaisseau qui avance dans le futur, D'Annunzio sait qu'il faut revenir à la vérité du Logos, sa vérité héliaque, impériale, virgilienne, - celle dont il nous dira qu'elle vole, qu'elle dépasse le Grand Cap, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;au-delà de toute misère, au-delà de cette vie, au-delà de nous nous-mêmes&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;em&gt;E&lt;/em&gt;&lt;em&gt;t remotissima prope&lt;/em&gt;. Par le Logos, les choses les plus lointaines nous deviendront au plus proche. Dans le soleil noir du&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nocturne&lt;/em&gt;&amp;nbsp;D'Annunzio retrouve, nous dit-il, la sapience de l'Indien, du l'Egyptien, du Chaldéen, du Perse, de l'Etrusque, du Grec, et l'oeil de Moïse lui-même qui croyait lire dans dans les signes de l'univers l'origine du monde,- mais tout cela dans un corps, tout cela dans son oeil aveuglé, dans le fleuve noir de sa souffrance physique, avant qu'elle ne s'ouvre sur son au-delà: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;la vision des Alpes transfigurées, une&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;nuit d'astre mort venue du fond de la mémoire millénaire&lt;/em&gt;, nous dira-t-il,&amp;nbsp;&lt;em&gt;d'on ne sait quel dieu extatique&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Le passé est bien cette présence que viendront conronner les faveurs du poème qui réveille ce qu'il nomme: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'odeur des livres, était peu à peu vaincue par l'odeur des fleurs&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;écrit D'Annunzio dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Triomphe de la mort&amp;nbsp;:&lt;/em&gt;&amp;nbsp;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;es choses suggéraient au survivant une foule de souvenirs. De ces choses montait le choeur léger et murmurant qui l'enveloppait. De toutes part s'élevait les émanations du passé. On aurait dit que les choses émettaient des effluves d'une substance spirituelle qui les eût imprégnées (...) Est-ce que je m'exalte se demanda-t-il à l'aspect des images qui se succédaient en lui avec une rapidité prodigieuse, claires comme des visions, non pas obscurcies par une ombre funèbre, mais vivants d'une vie supérieur&lt;/em&gt;&lt;em&gt;e&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Rien ne passe, tout revient. Chaque heure, là où elle se trouve est intacte, pure de son propre feu, dans une dimension révolue, mais toujours présente, de même que le sillon d'un disque, même lorsque l'aiguille de saphir y est passée, demeure avec sa musique gravée; de même la révolte annonciatrice de D'Annunzio nous fait signe, comme toute la beauté qui, dans son cours vif, est passée dans notre vie, comme tous les paysages qui nous accueillirent, cités emblématiques, pierres qui gardent la mémoire des pluies et des soleils, refuge de feuillages, jardins de la mer. Ce qui nous en sépare est un leurre, une sinistre fiction inventée par des esprits moroses qui se sont emparés du réel pour en faire une réalité profanée, réduite à l'abstraction et à la statistique, - autrement dit, à la restriction. A cette «&amp;nbsp;&lt;em&gt;science de la pénurie&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», D'Annunzio, comme Jünger opposera la «&amp;nbsp;&lt;em&gt;science de l'abondance&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», l'immémoriale sapience, la théodicée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Lorsque tout conjure à nous contraindre à une vie inférieure, hypnotique, devant des écrans, où l'on ne sait plus guère si la distraction est travail où le travail parfaite distraction de l'essentiel, de la vraie vie sensible et intelligible, le songe d'Annunzien de la vie supérieure, qui fait échos à la vie magnifique qu'évoquait Ernst Jünger, redevient d'une lancinante actualité. Elle est exactement ce qui nous est ôté, mais dans ce manque, du cœur même de cet exil, brille, - comme l'&lt;em&gt;iota&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de la lumière incréée au fonds de la pupille, l'appel du monde qui a été, arbitrairement, abstraitement, despotiquement, éloigné de nous, mais que la poésie, l'usage magique du Logos rapproche infiniment: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;sous le ciel prié avec une foi sauvage, sur la terre labourée avec une patience séculaire&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Faire chanter la vie, la faire vibrer, frémir, bourdonner comme les abeilles d'Aristée, la jeter toute entière dans la flamme qu'elle suscite, dans le volcan empédocléen ou sur la plage de Fiume, sous les tirs de ceux dont l'honneur eût eté de n'être pas des ennemis; être nietzschéen, mais avec le bon conseil de L'Arétin et de Catulle, et la sagesse natale, et la fidélité aux morts avec lesquels toute âme généreuse poursuit la conversation par-delà l'apparaître et le disparaître, - telle fut la vocation, l'&lt;em&gt;appel&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de celui que nous allons lire et relire, sa raison d'être à laquelle nous nous rendrons, sans rendre les armes, pour un «&amp;nbsp;&lt;em&gt;paradis à l'ombre des épées&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, pour la grande paix du cœur retrouvée des hommes qui agissent et qui rêvent, sachant la fugacité de tout et qui n'obéissent qu'à la seule devise: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Penser comme si nous étions éternels et vivre comme à notre dernier jour&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'éternité pour D'Annunzio, comme pour Nietzsche, n'est pas ailleurs que dans l'instant, et la pensée est la&amp;nbsp;&lt;em&gt;juste pesée&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de cet instant qui oscille doucement, amoureusement, entre le passé et l'avenir. Toute vie est toujours au bord de l'abîme. De le méconnaître ne nous empêche guère d'y tomber mais ternit, avilit les heures infiniment précieuses qui nous en séparent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;D'Annunzio nous parle en ami, et dans la gloire, l'enthousiasme, comme dans l'épreuve et le désarroi, ses phrases résistent à ces forces qui voudraient nous déposséder, et mieux encore, elles sont contre-attaques afin de reprendre l'estuaire d'où reviendront à nous, selon la formule de Rimbaud, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;notre bien et notre beau&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, si loin qu'ils paraissent être, en quelque lointaine Atlantide où ils semblent d'être perdus, scintillantes îles englouties et revenues au-dessus de l'horizon à la faveur des mots qui les évoquent, là où nous sommes, dans les ténèbres de la nuit extrême ou dans les blondeurs du soleil du matin, hommes de désir, fragiles et fervents, entre les contrées de l'Aigle et le territoire du Serpent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6679919&quot; style=&quot;float: left; margin: 0.2em 1.4em 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/02/02/634356530.jpg&quot; alt=&quot;492001584_9614935525238809_9004191699407524959_n (1).jpg&quot; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Songeurs et chanteurs sur les traces d'Homère.</title>
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      <updated>2026-05-05T16:20:14+02:00</updated>
      <published>2026-05-05T16:20:14+02:00</published>
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          &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6677902&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/02/01/3969421794.jpg&quot; alt=&quot;155786276_1354153531628597_8730621120052743500_n.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;em&gt;Songeurs et chanteurs sur les traces d'Homère&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dans un texte lumineux, intitulé&amp;nbsp;&lt;em&gt;Sur les traces d'Homère&lt;/em&gt;, Pierre Boutang écrit: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Nous ne sommes que des rêveurs, songeurs et chanteurs».&lt;/em&gt;&amp;nbsp;Cette affirmation, rien moins que gratuite, situe d'emblée la méditation de Pierre Boutang, quand bien même elle emprunte les voies du discours didactique, dans la perspective d'un&amp;nbsp;&lt;em&gt;Art poétique&lt;/em&gt;. Elle ne se laisse comprendre que si nous faisons nôtre une mystérieuse alliance de la poésie et de la raison. La logique du songeur et du chanteur, la logique de l'Art poétique, refuse à la fois l'alternative, qui nous somme de choisir entre la raison et le chant, et le compromis, à savoir l'hypothèse absurde d'une poésie «&amp;nbsp;raisonnable&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Pour Pierre Boutang, comme pour Dante ou pour Maurice Scève, la raison procède de la poésie, et non l'inverse. La raison poétique est la meilleure, car elle est une&amp;nbsp;&lt;em&gt;raison d'être&lt;/em&gt;. La poésie ouvre la voie de l'ontologie et de la métaphysique. En amont de la raison (mais non contre elle, comme le préconisaient les Surréalistes qui demeurent là, à leur façon, des positivistes) l'être est&amp;nbsp;&lt;em&gt;l'ensoleillement intérieur du Logos&lt;/em&gt;, sa gloire secrète. La poésie est raison d'être, car elle est victoire sur l'oubli de l'être, ressouvenir et pressentiment d'une civilité perdue. Qui entendre et de qui se faire entendre, si le chant ne domine point, si un Songe plus vaste que nous ne nous environne ? Pierre Boutang est poète, car il nous délivre de l'humanisme de la démesure, de l'humanisme outrecuidant.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Poète, Pierre Boutang, nous délivre des fausses alternatives, qui sont le propre du prosaïsme (l'alternative de l'individu et de la collectivité, par exemple). Qu'opposer, sans fanatisme, mais avec fermeté à l'humanisme de la démesure si ce n'est précisément la Mesure éminente et surnaturelle des retrouvailles avec «&amp;nbsp;&lt;em&gt;la simple dignité des êtres et des choses&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;dont parlait Charles Maurras. L'entendement du poète est semblable à une voûte romane: songeuse et pleine de raison.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'œuvre de Pierre Boutang donne confiance: elle ressaisit la pensée avant qu'elle ne soit dévastée par l'écueil nihiliste. Pierre Boutang nous enseigne l'humilité. Or, point d'herméneutique sans humilité. Il faut accueillir en soi («&amp;nbsp;en soi&amp;nbsp;» et non enfermer dans le Moi, dans la subjectivité) le doux ou violent rayonnement des mots et des choses, le sentiment fugace ou permanent de la présence. Telle est la raison d'être d'une civilité étendue aux plus humbles manifestations, comme aux plus grandioses.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Délivrée de la subjectivité qui outrecuide, et de la bête de troupeau, l'aventure odysséenne de la pensée débute sous des auspices heureux&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Cette trace que nous suivons, lumineuse dans les mémoires, indistincte sous la poussière des livres, soudain fraîche comme les joues de la belle Théano, est celle de l'Aède divin. Tout ce qui est de lui nous trouble et nous enchante&amp;nbsp;».&lt;/em&gt;&amp;nbsp;L'humilité est de consentir au ressouvenir et au trouble et à l'enchantement. Les retrouvailles de la poésie et de la raison disent ce consentement de la grande âme reçue par la grandeur du monde. L'intelligence n'est pas l'ennemie de l'enchantement. L'exactitude est enchanteresse, elle compose pour nous, à travers nous, un chant dont nous sommes les messagers. Nous traversons notre chant et ses possibilités prodigieuses de pensée comme Ulysse la mer violette, lorsque l'orage menace, que surviennent les éclaircies, que la&amp;nbsp;&lt;em&gt;chance&lt;/em&gt;&amp;nbsp;magnifique est offerte.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Boutang va, à certains égards, plus loin que Maurras. Il nous délivre non seulement de l'illusion de l'individu, il nous délivre de la subjectivité et, mieux encore, des subjectivités agrégées que constituent les «&amp;nbsp;masses&amp;nbsp;» du monde moderne. Nous, c'est-à-dire, quelques rares heureux, quelques audacieux «&amp;nbsp;&lt;em&gt;ondoyants et divers&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», selon la formule de Montaigne. Ce sens de la minorité n'est pas de l'orgueil; il est l'humilité même, il est la Mesure de la limite agissante de toute parole. C'est folie d'orgueil, démesure maléfique que d'imaginer qu'une parole humaine dût engager dans sa formulation l'avenir de tous les hommes. L'humilité essentielle tient un autre langage, moins flatteur. C'est le langage de l'être lui-même, c'est-à-dire de la possibilité universelle. En toute connaissance de cause, selon la plus harmonieuse et la plus mesurée des raisons d'être, c'est la possibilité universelle qu'il faut sauvegarder. Tel est le sens de la vocation héroïque de Pierre Boutang.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Pierre Boutang, et c'est tout l'enseignement de son&amp;nbsp;&lt;em&gt;Art poétique&lt;/em&gt;, ne croit pas en la formulation, il croit au silence antérieur, au silence lumineux de la toute-possibilité. Le «&amp;nbsp;nationalisme&amp;nbsp;» de Pierre Boutang ne se fonde pas sur un quelconque idéal «&amp;nbsp;identitaire&amp;nbsp;» (l'atrocité du néologisme trahissant déjà l'impasse de la pensée). Notons, en passant que De Gaulle ne parle pas davantage d'identité française, mais d'Idée, dans un sens platonicien. Certes, la formulation n'est pas hasardeuse, gratuite ou aléatoire, mais elle n'est point le tout. Elle témoigne d'une possibilité souveraine qui la dépasse et que Pierre Boutang nomme la «&amp;nbsp;&lt;em&gt;vox cordis&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», la voix du cœur&amp;nbsp;:&lt;em&gt;&amp;nbsp;«&amp;nbsp;A la différence de tous les &quot;nationalitaires&quot;,&amp;nbsp;&lt;/em&gt;écrit Pierre Boutang&lt;em&gt;, comme Fichte, dont procèdent toutes les hérésies allemandes racistes ou national-socialistes, Maurras maintenait l'unité de l'esprit humain et se bornait à reconnaître dans la beauté athénienne, l'ordre romain et la civilisation française classique des réussites presque miraculeuses de l'humanité essentielle&amp;nbsp;».&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Il ressortira de ce principe, par le mémorable entretien de Pierre Boutang avec Georges Steiner, une&amp;nbsp;&lt;em&gt;théorie de la traduction&lt;/em&gt;. Il est pertinent d'interroger l'œuvre d'un philosophe à partir de sa théorie de la traduction. Pierre Boutang ne croit point que la parole humaine et le Logos dussent se réduire à la particularité immanente des langues. Il ne croit pas que le sens séjourne tout entier dans le langage comme un objet à l'intérieur d'un objet. Le genre littéraire que le préjugé moderne considère comme le plus radicalement intraduisible, la poésie, c'est par lui que Pierre Boutang, dans son magistral&amp;nbsp;&lt;em&gt;Art poétique&lt;/em&gt;&amp;nbsp;entend démontrer l'antériorité du Sens sur le signe. Tout poème est traduisible car il est lui-même traduit d'une réalité poétique antérieure au langage. La question est cruciale, non seulement pour le linguiste ou le philologue, mais pour le philosophe, voire pour le politique. Dire la possibilité de la traduction, c'est dire la&amp;nbsp;&lt;em&gt;vive tradition&lt;/em&gt;. Si la traduction était impossible, si chaque langue était à jamais emprisonnée dans sa spécificité pour ainsi dire matérielle, la subjectivité triompherait et l'universalité deviendrait impensable. La voix que le poète écoute, dont il témoigne, dont sa langue divulgue les splendeurs, est la «&amp;nbsp;&lt;em&gt;voix du coeur&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Le poète se tient dans le silence royal et sacré, il appartiendra au traducteur d'oser le même séjour, de faire par l'imagination créatrice ce retour au temps et au site excellents où l'image se manifestera, où elle surgira, prompte et souveraine, pour se saisir des mots qui n'attendaient qu'elle pour renaître des écorces de cendre de leurs usages profanes et profanateurs. Croire en la possibilité de la traduction, c'est parier sur l'esprit qui vivifie contre la lettre morte, c'est interroger la lettre, la prier, l'exhorter, la ravir amoureusement jusqu'à ce qu'elle cède et révèle la lumière incréée. Les lettres qu'écrivent les poètes sont des lettres de feu; elles scintillent dans les ténèbres avant d'être de nuit d'encre sur le papier. Elles sont la trace lumineuse, la trace de la lumière qui, hors d'elle, retrace dans l'entendement du traducteur, un autre poème, qui est le même.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La traduction, pour Pierre Boutang est une résurrection, non seulement de l'esprit du poème mais aussi du corps et de l'âme du poème. Si la traduction est possible, elle l'est dans sa plénitude. Là encore se tiennent dans une même clarté la raison et la poésie. Le traducteur ne fait pas seulement passer ce qui, du poème, serait raison, en laissant derrière lui comme un bien précieux mais intransmissible, ce qui ne serait que «&amp;nbsp;poétique&amp;nbsp;». Le traducteur qui trouve «&amp;nbsp;l'accès au sans accès&amp;nbsp;» du poème, reconnaît, par son aventure même, que l'abstrait et le concret, ou, plus exactement, le sensible et l'intelligible, ressuscitent ensemble car le point d'où le poète et le traducteur les considèrent est le même et qu'il précède leur distinction. Ce n'est que du point de vue du sensible que l'intelligible et le sensible sont distincts. La&amp;nbsp;&lt;em&gt;vox cordis&lt;/em&gt;&amp;nbsp;dit leur unité essentielle.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Ainsi, celui qui comprend le mystère de la traduction s'ouvre au Mystère plus haut de l'Incarnation et fait sienne la fidélité, si audacieuse et si novatrice en notre fin de siècle cynique et dérelictoire, qui relie l'œuvre de Pierre Boutang à la Théologie médiévale. Tel est le sens de la traduction qu'il ne peut être compris ni par une banale « perspective historique » ni certes par l'abusive et mensongère immobilité de « l'identité », mais bien par ce mouvement de la pensée qui &lt;em&gt;suit le mouvement de la rosace&lt;/em&gt;. Le lecteur qui médite l'œuvre de Pierre Boutang est conduit par un tel mouvement. Peu importe la discipline dont la pensée emprunte le cours pourvu qu'elle revienne au terme de sa course à la&amp;nbsp;&lt;em&gt;vox cordis&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui la vivifie, au cœur de la rosace méditée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;strong&gt;L'Ame secrète de l'Europe&lt;/strong&gt;, éditions de L'Harmattan, collection Théôria. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>La Rosée du Chaos, songerie alchimique:</title>
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      <published>2026-05-04T15:13:16+02:00</published>
                      <summary>  &amp;nbsp;         La rosée du chaos, songerie alchimique    &amp;nbsp;...</summary>
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          &lt;div class=&quot;xdj266r x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs x126k92a&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6677677&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/02/01/1163456939.jpg&quot; alt=&quot;256039137_2496398420493846_8476458562857372159_n (1).jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 18pt;&quot;&gt;La rosée du chaos, songerie alchimique&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;« &lt;em&gt;La nature, qui est l'esprit de l'univers, c'est dire la vertu vivifiante de la lumière qui fut créée dès le commencement, laquelle a été unie au corps du soleil, c'est ce que Zozime et Héraclès ont appelé l'Ame du monde &lt;/em&gt;»&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;D'Espagnet&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'Alchimie est la science de l'or naissant.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Gnose aurorale et aurifère, elle suscite, entre le ciel et la terre, la robe tournoyante des synesthésies et nous révèle au mystère de la présence immanente: ce pénultième instant de l'apothéose où nous prenons conscience de nous-mêmes, pour la première fois, &lt;em&gt;in illo tempore&lt;/em&gt;. Dès lors, nous devenons médiateurs entre le sensible et l'intelligible, entre les hauteurs célestes et les profondeurs telluriques. Une connivence s'est divulguée entre les minéraux enclos dans les profondeurs de la terre et les vastes mouvements du ciel. Des images anagogiques nous portent, de reflets en reflets, jusqu'à la certitude irradiante de la gemme philosophale. Les couleurs s'harmonisent aux astres. Mercure domine le vert, Jupiter, le gris, Vénus, le bleu et le rouge sombre, Mars, l'Iris et l'éclatement paonnant, et le Soleil, enfin, domine le Rouge Parfait, le rubis des Sages, l'apogée de l'œuvre royale, - aboutissement ultime du mariage du souffre et du mercure dont le sel est l'officiant, témoignant ainsi de l'équilibre ternaire qui est le fondement de toute sagesse hermétique. L'homme (se substituant au temps) devient alors lui-même la pierre philosophale de la nature déchue et l'agent de la translucidification universelle. Le principe de cette réincrudation humaine se redéployant en régénération cosmique, est le feu secret dont l'or et le soleil visible ne sont que l'écrin et le tabernacle.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Ni mystique sentimentale, ni métallurgie parascientifique, l'alchimie est une pyrosophie fondée sur la maîtrise des éléments et la connaissance de l'âme du monde qui nous donne accès aux signes que « la nature inscrit sur les ailes, sur les coquilles des œufs, dans les nuages, dans la neige, dans les cristaux et les pétrifications... » ainsi que l'évoque Novalis au commencement des Disciples à Saïs. Ce monde de l’âme, intermédiaire entre l’essence et la substance, ce monde immémorial dont la conscience nous reconduit aux sources de la mémoire, l’alchimiste, par la science lui est propre, en devient l’exégète non dans une titanique volonté de transformation technicienne mais dans un dessein de transfiguration et de rédemption. Ainsi, s’abreuvant aux sources de Mnémosyne, gardienne de la Tradition, l’alchimiste peut s’orienter dans le labyrinthe, substituer la ferveur d’être à la volonté de posséder et affronter victorieusement les pouvoirs iniopes d’Hypnos et de Thanatos.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L’ubiquité de la matière première de l’œuvre n’a d’autre sens ; elle indique la nécessité de retrouver la présence éparse et occultée du divin afin d’en rassembler les lueurs dans une étoile qui soit l’étoile du désir au ciel de l’homme ; étoile qui orienta le voyage de Gérard de Nerval et dont l’alchimiste, orant et laborant, guette l’apparition sur la surface des eaux mercurielles, étoile qui annonce l’assomption et l’advenue glorifiante du rubis irradiant des Christosophes.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Ainsi qu’en témoignent presque tous les traités d’alchimie, le Grand-Œuvre commence par l’enténèbrement de la « descente aux enfers ». Avant d’œuvrer et de vivre, l’Alchimiste doit mourir. Avant l’albification de l’œuvre-au-blanc et la rubification de l’œuvre-au-rouge qui achève la régénération de l’homme et de la nature, l’adepte doit affronter le chaos, le « Dragon noir » de la matière indifférenciée. De même que l’initié des Mystères Orphiques devait participer à la souffrance et à la mort du dieu afin de renaître, les yeux dessillés, dans l’ordre harmonieux de la Sagesse, l’alchimiste doit aller jusqu’à l’obscurcissement le plus profond, le plus désespéré afin de discerner les principes fondamentaux de la matière. Avant d’exhausser le corps glorieux dans la clarté ignée et séraphique de la Terre céleste, l’adepte de l’Art royal devra descendre dans l’opacité la plus intime de la substance, aux confins des ténèbres telluriques, - non pour s’y perdre mais pour y découvrir l’étincelle du feu incréée, la racine même de l’extrême-diaphane, « étincelle d’or de la lumière nature », enclose dans la torpeur, l’oubli et le sommeil abyssal de la substance. Ainsi, l’âme humaine est supérieure à celle des Anges car, ainsi que l’écrit Jacob Böhme, « &lt;em&gt;les Anges ne voient que jusque dans la pompe céleste ; mais l’âme humaine voit le céleste et l’infernal car elle vit entre l’un et l’autre. &lt;/em&gt;»&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Le véritable dessein de l’alchimie n’est point la fabrication artificieuse de tel ou tel métal précieux mais bien l’affirmation magnifique, au sens que Saint-Pol-Roux donne à ce mot, de la fonction médiatrice de l’âme humaine. Ainsi que l’écrit Pic de la Mirandole, « l’alchimiste sait unir et pour ainsi dire, marier le ciel et la terre, énergies supérieures et inférieures ». Cette fonction médiatrice est celle même de la Tradition. L’herméneute œuvre sur l’écrit de la même manière que l’alchimiste œuvre sur la matière, l’un et l’autre sont ouverts au secret, sensibles au désir, attentifs aux signes et aux infimes variations ; la subtilité est leur loi ; ils n’imposent pas mais écoutent et regardent, l’un le sens qui, selon la formule d’Héraclite « ne se montre pas, ne se dissimule pas, mais fait signe », l’autre le bruissement léger et les changeantes couleurs de la substance, « langue des oiseaux ». Dans cette perspective, le langage du Livre renvoie à celui du Monde (et inversement) selon une dialectique miroitante, un jeu de correspondance, une féérie de regards échangés et d’enchantements « dont le mystère gît au secret du cœur » (cf. Mallarmé). Et le cœur même de ce mystère, c’est la prunelle qui nous voit et, en même temps, reflète notre image… Et tel est peut-être le sens de ce « Miroir de l’Art » dont parle le Cosmopolite et d’où l’on voit le monde entier des choses et par lequel on peut apprendre « les trois parties de la Sapience ».&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;De toutes les mystiques, ayant eu cours ces derniers siècles en Occident, l’Alchimie est sans doute celle qui refusa le plus radicalement le dilemme Esprit/Corps, celle aussi qui s’opposa de la manière la plus inspirée au désenchantement des apparences préconisé par cette théologie dualiste dont le rationalisme moderne est l’héritier ingrat. De toutes les mystiques occidentales, l’alchimie est ainsi la plus érotique, celle qui affirme avec le plus d’insistance les vertus intensificatrices du monde sensible et dont la quête initiatique est la plus indissolublement liée à la quête amoureuse ; celle, enfin, dont les images témoigne le mieux de cette « âme tigrée » que Gilbert Durand, s’inspirant de Hugo, évoque dans ses essais. Dans un monde dominé par les normes profanes (utilitaires et sociales) la gnose aurorale de l’Alchimie apparaît, dans le fabuleux foisonnement de son imagerie, comme une somptueuse rébellion du vivant, de la poésie et de la présence réelle contre l’abstraction, le puritanisme, - qu’il soit « théologique » ou « matérialiste ».&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Est-il même besoin de préciser que cette présence vivante et créatrice, que nous retrouvons dans les jeux, les rêves et les clairières musiciennes du désir, n’est possible que dans une vue-du-monde ouverte sur les hauteurs vertigineuses de l’immuable, - cette voûte azurescente du Graal miroitant, rayonnant royaume de la déité imprononçable ? Sans cette aperture verticale vers l’ouranienne splendeur de l’éternité, la présence, prise dans la succession linéaire de la durée, est condamnée à n’être qu’un point insaisissable entre le passé et le futur, un improbable atome temporel aussitôt détruit que perçu.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dans l’athanor, le « chêne creux » s’opère donc la congélation de l’Esprit et la solution du Corps se sorte qu’Eve se change en aigle blanc afin de retrouver le ciel d’or dont elle est issue. « Tout l’art consiste en des feux légers » écrit Zozime. Mais ces feux doivent s’accorder aux saisons minérales et l’adepte devra s’attacher tout particulièrement à rendre son feu subtil au printemps minéral (ce printemps qu’immortalise l’architecture romane où la pierre semble déjà changée en lumière). La limpide apogée de ce printemps coïncidera avec l’apothéose, la déification de l’Alchimiste et l’apparition de floraisons célestes sur les jardins de la mer. La rêverie ne deviendra oeuvrante, la nostalgie de l’Age d’Or ne sera transfigurée dans le pressentiment du rubis philosophal que si l’alchimiste sait comprendre le monde selon les lois et les puissances du désir. Afin d’ensemencer les métaux et parfaire le mariage du Ciel et de la Terre, l’alchimiste devra s’affirmer « homme de Désir », car (et ici s’ébauche la mathématique hermétique) les quatre éléments sont vivants et désirant, les sept métaux (en correspondance astrologique et musicale avec les planètes), croissent, meurent et renaissent et les trois principes n’ont de sens que lorsque le sel en est l’officiant. Le principe de ce désir est désigné diversement : Archée du Ciel, Miroir de Justice, Sophia supra-céleste, Ether, Quinte-essence ou Ame du monde. Cette hétéronomie du désir est loin d’être gratuite ; elle montre la nature chatoyante du principe, sa puissance « pluralisante », arpège ou arc-en-ciel qu’oriente cet « hyper-espace » où l’inaudible et l’invisible transparaissent soudainement dans le monde sensible, laissant revenir ces abysses princières qui échappent au savoir empirique.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Henry Corbin compare la découverte de cet « hyper-espace » (ou « monde imaginal ») à la découverte des lois de la perspective. Un semblable renouveau enchante le poète contemporain lorsque s’ouvre pour lui le monde visionnaire de l’imagination métaphysique. Le sens profond de la « rosée du chaos », ce symbole étrange et merveilleux qui intitule notre propos, s’éclaire dans sa dualitude aurorale et génésique. Cette rosée irise, certes, les apparences extérieures, satisfaisant ainsi à l’exigence de la beauté merveilleuse non moins qu’à la beauté étrange, - mais elle divulgue en outre, quelques éclats des profondeurs chaotiques dont elle provient, nous disant ainsi, par la subtile prosodie de ses couleurs, la connivence essentielle de la liturgie cosmogonique, de l’amour sensible et de la création poétique dont le pouvoir est de nous restituer à l’origine du monde ; cet espace limpide et royal où le possible tournoie dans sa pure plénitude lumineuse.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Luc-Olivier d'Algange, le triple mouvement de la vague:</title>
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      <updated>2026-04-16T19:17:38+02:00</updated>
      <published>2026-04-16T19:17:38+02:00</published>
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          &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6674702&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/02/02/2734614686.jpg&quot; alt=&quot;Aphrodite.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;posttext&quot;&gt;&lt;div class=&quot;posttext-decorator1&quot;&gt;&lt;div class=&quot;posttext-decorator2&quot;&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Luc-Olivier d’Algange&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;Le triple mouvement de la vague&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;&lt;/em&gt;La mer, le bleu Protée&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Borges&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Tant que nous ne comprenons pas qu'il y a une coalition de forces destinées à nous restreindre, nous démoraliser, nous faire taire et finalement, nous tuer, nous demeurons à sa merci, livrés aux tumultes sans espérances. Notre alliée majeure sera la distance, celle que nous prenons avec l'amer discours global que l'on nous tient et l'universelle tristesse diffuse, répandue en marées noires sur nos consciences, - distance prise et maintenue entre les hommes qui, se refusant à vivre&amp;nbsp;&lt;em&gt;en tas&lt;/em&gt;, se saluent de loin en loin, et parfois cheminent ensembles, non en touristes mais en fils de roi, - tels les Pléiades de Gobineau.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;N'attendons pas de nous croire abandonnés de tous pour savoir que nous sommes seuls. Devançons l'appel que nous font les forêts, les nuages, les prairies, et prenons les chemins de traverse. Notre mémoire nous précède: nous ne savons pas encore ce dont nous nous souviendrons, croyant l'ignorer. La sapience du cœur bruissant de tous les temps est sise dans chaque seconde justement honorée. Elle nous fait signe, divulguée et cachée, héraclitéenne par nature dans l'immanence irisée de transcendance. Elle nous revient à la fois comme héritage et comme pressentiment; elle revient d'en-deçà, d'en-dessous et le monde est l'écume de la vague qu'elle roule et dont nous sommes sculptés, témoins de pierre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'âme verdoie. Le souffle s'avive. La joie, secrète éclosion, est gnose qui divague d'éons en éons, jusqu'au-delà de Dieu qui n'est qu'un IL ! La voici saisissable dans l'éclat de la lumière du fond de la noire prunelle. Toute la lumière possible est dans la nuit. Le bel honneur sera d'y demeurer fidèle, ordonné à ses impondérables racines, à ses éclairs d'orage d'été sous le ciel gagné par le grand silence d'avant-tonnerre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Nous venons d'avant, et c'est ainsi qu'aujourd'hui est déjà derrière nous, dans cette pénombre où se perdent les cris et les rages.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Souvent la plénitude à l'improviste survient et aussitôt les forces adverses adviennent pour s'en venger. La plus grande puissance intérieure est ainsi confrontée, par la fatalité d'un temps dominé par le ressentiment, à la plus grande menace. La beauté conquise excite l'animosité de ceux auxquels elle se refuse. Ce qui&amp;nbsp;&lt;em&gt;n'est pas&lt;/em&gt;&amp;nbsp;est en guerre permanente contre&amp;nbsp;&lt;em&gt;ce qui est, -&amp;nbsp;&lt;/em&gt;qui doit ainsi recourir à l'éthique héroïque pour ne pas disparaitre. Espérons qu'aux rêveurs, aux intercesseurs et aux désintéressés revienne aussi le privilège du Bouclier de Vulcain afin qu'ils survivent encore un peu dans ce monde désastré.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Quelques personnes connues, aimées peut-être, ou même simplement entrevues suffisent à sauver la vie de quelques autres, à lui donner un sens, une ampleur qui, en leur absence, se fussent refusés.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La grande entreprise d'avilissement se poursuit dans l'activisme planificateur des cupides et des moroses. Quiconque prétend vouloir y échapper et entraîner quelques autres dans cette échappée belle sera jugé hérétique, autrement dit, dans l'actuel jargon antiphrastique, «&amp;nbsp;réactionnaire&amp;nbsp;» voire pire. La perte du sens des mots est l'un des signes des temps les plus notables et les plus sinistres. Ah que reviennent l'approfondissement de l'été sous le règne des dieux impondérables, le scintillement épiphanique de la lumière sur la surface des eaux, la simple beauté de la voile latine, la ruée des orages lumineux, - et la grande désinvolture délivrée, tragique et joyeuse, devant la vie et la mort !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Une sapience nous en viendra, en ressacs odysséens et divines anamnèses, dont Porphyre détenait le secret.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Le moderne est celui qui juge que rien de ce qui lui est donné n'est assez bon pour lui, ni la terre, ni le ciel, ni les dieux, ni ses semblables. D'où son activisme modificateur, ses technologies arrogantes et despotiques et sa rage qui change tout legs en décombres, - et avec cela, moralisateur hystérique contre toute&amp;nbsp;&lt;em&gt;vertu&lt;/em&gt;&amp;nbsp;au sens antique.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La force ne fut, n'est et ne sera jamais ailleurs que dans le calme. L'ennemi, en nous, et en dehors de nous, le sait bien: tout ce qui nous fait perdre notre calme nous affaiblit et nous dispose à la défaite.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'homme chevaleresque n'est pas l'homme sans défaut et sans faiblesse, ni même un homme perfectible: il est celui qui, de ses faibles forces humaines, s'efforce vers une beauté qui, peut-être, va l'anéantir. Cependant, toute existence qui n'est pas une quête du Graal est un interminable avilissement.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La mémoire heureuse est une croisée de chemins qui portent vers le cœur le souvenir des allées, le parfum des prairies, la rumeur des cités mystérieuses. La mémoire malheureuse est une comptabilité de déceptions, de remords et de griefs, sous éclairage artificiel.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Là où il n'y a plus de dieux règnent les spectres&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Ce propos de Novalis, si nous en tirons les fils jusqu'à nous, dit à peu près ce qu'il faut savoir de notre temps. Il nous reste, à nous qui sommes relégués aux marges d'une société devenue l'ennemie de notre civilisation, à opposer à cette réalité spectrale, le réel immense, tantôt lapidaire, tantôt diffus qui, par bonheur, quelquefois, se laisse accueillir dans la ressource de notre langue accordée à la grammaire du monde.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Sitôt que les anciennes civilités, qui sont l'enseignement des siècles, sont contraintes de battre en retraite, une torve barbarie s'installe, utilitaire et fondamentaliste. Tout ce que Villon, Rabelais, Montaigne, Cyrano de Bergerac, le Prince de Ligne, Villiers de l'Isle-Adam ou Valery Larbaud tentèrent de nous apprendre, disparaît et nous sommes laissés sans défense devant les néons, les écrans, les banquiers et les barbus fanatisés.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Le monde est plein de dieux et d'œuvres, qui sont la preuve de la générosité humaine, et réserve ainsi à ceux qui les honorent, des forces sensibles et consolatrices dont nul acharnement nihiliste ne peut venir à bout. Tout au plus peut-il restreindre encore l'aire heureuse, mais si limitée qu'elle soit, même réduite à une tête d'épingle, voire à une pointe invisible, elle demeure cette prodigieuse trouée dans l'espace-temps d'où reviendront d'improbables épiphanies.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Il est bon et juste quelquefois, face à l'outrecuidance du pouvoir, - celui de l'argent, qui s'exerce sous le couvert de la loi, celui du guichet et de la bêtise accréditée par le plus grand nombre, - de réveiller quelque ancien mépris aristocratique et de se souvenir que ces oppresseurs ne sont jamais que des esclaves promus ou des maîtres dérogés et avilis.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Ce qui empêche la plupart des êtres humains de saisir leur bonheur, c'est d'ignorer, en préalable, l'immensité du désastre où ils se trouvent et l'abomination de leur condition. Enfin, tout nous sera ôté de ce que nous aimions et de ce qui nous aimait, et que nous eussions aimé davantage si nous n'avions pas été si vétilleux et vindicatifs, si aveugle à la magnificence du don offert.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La condition humaine est telle que, dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Septième Sceau&lt;/em&gt;, sur cette rive austère, où l'on voit le chevalier pâle jouer aux échecs contre la Mort.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Ce jour, ce soleil dans les nuées, cette cité au bord de la mer, sont tant plus vastes que nous qu'il est juste de s'y laisser dissoudre nos craintes et nos acrimonies, et même de nous y perdre jusqu'à disparaître.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Paradoxe notre temps: plus loin nos racines plongent dans le passé, jusqu'aux nappes phréatiques de notre civilisation même, et plus nous nous trouvons exilés sur les terres qui furent celles de nos légendes et de nos songes. Qu'est-ce qu'un homme, dans l'actuelle société française, dont les pensées s'accordent naturellement à l'Astrée d'Honoré d'Urfé ou à la promenade nervalienne «&amp;nbsp;par-delà les portes de cornes et d'ivoire&amp;nbsp;» ? Un exilé d'entre les exilés, parlant à ses contemporains une langue devenue presque incompréhensible.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Et c'est bien ce qui vient à l'esprit lorsqu'on assiste à tant de débats et discussion simplificateurs et acrimonieux. Parlons d'autre chose ! Parlons des livres oubliés et des plages désertes, des mystères du sommeil et de la musique des morts, qui, selon Nicolas Gomez Davila, persiste sous le vacarme des vivants. Parlons de l'Ange du crépuscule et de&amp;nbsp;&lt;em&gt;l'avant-matin&lt;/em&gt;, des Ennéades de Plotin et de&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'Antre des Nymphes&amp;nbsp;&lt;/em&gt;de Porphyre. Parlons de la paracelsienne «&amp;nbsp;&lt;em&gt;signature des choses&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Parlons de la peau frémissante et des chevelures ensoleillées des amantes. Parlons des poètes, des saints et des héros, des arcanes de notre pays, des demeures philosophales, de l'or du temps, de la belle gradation qui unit le sensible et l'intelligible, parlons des astres et de la pluie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Les bien-pensants sont, désormais, en permanente crise anaphylactique: toute libre pensée, même à des doses infinitésimales, les révulse. Un ministre nous dit que tel intellectuel aurait «&amp;nbsp;perdu ses repères&amp;nbsp;» et voici une horde d'obséquieux de surenchérir, tout heureux de nuire avec l'aval du gouvernement. Le spectacle qu'ils offrent est à la fois comique et sinistre: sauts de puces s'évertuant, comme au cirque, à complaire à l'Empire du Bien. Que se disent à l'envi ces moralisateurs dans la citerne croupissante de leur cervelle ? «&amp;nbsp;Si je puis être un homme de talent, que je sois au moins celui qui le juge et le condamne !&amp;nbsp;». Il y a, chevillée au corps de tous les moralisateur, et pourrissant leur âme, cette rancœur, cette volonté de pouvoir aigrie, pour laquelle la fin justifie les moyens, - et qui participe, par le fait, à l'enlaidissement du monde.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Il est bon de reconnaître le moment où il faut sortir du débat, prendre le Large et reconquérir la souveraineté de l'Instant dont le prisme diffracte et diffuse les clartés de tous les temps, - où le passé le plus lointain donne son&amp;nbsp;&lt;em&gt;halo&lt;/em&gt;&amp;nbsp;discernable au moment présent, lequel contient la toute-possibilité d'un monde recommencé. Les «&amp;nbsp;«&amp;nbsp;réalistes&amp;nbsp;» appliqués comme de bons élèves à traiter des «&amp;nbsp;questions de société&amp;nbsp;» participent de ce qu'ils dénoncent parfois, et nous emprisonnent dans une fatalité forgée. Leurs adversaires semblent être les seuls points d'appui de leur pensée mais ces joutes valent moins de celles des raseteurs du port de Sète. Mieux vaut, sur une terrasse, attarder son regard sur une page d'Horace ou la chevelure d'une amie où vient se prendre la lumière du soir qui tombe. Là nous trouverons la force du vrai combat.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Rituel personnel: réciter chaque jour, en fondations de notre raison d'être, les raisons de notre gratitude et faire l'éloge de ce qui nous est donné, à commencer par ce ciel de Merveilles au-dessus de nos têtes, ce Graal d'azur renversé, ou ces nuages dont le mouvement, si nous le traduisons en notre âme, est la plus belle symphonie du monde.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Ce qui importe n'est pas en nous mais dans un ailleurs proche comme un souffle, un ailleurs qui bat dans notre propre veine jugulaire par l'intercession de l'air et de la lumière.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Seul sur une terrasse au bord de la mer, je suis dieu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La fameuse technique dont on nous ressasse les avantages est avant tout une technique de contrôle et de dépendance. Chacun de ses «&amp;nbsp;progrès&amp;nbsp;» accroît l'emprise sur nous des «&amp;nbsp;fournisseurs de service&amp;nbsp;» que nous payons pour être contrôlés par eux. La servitude volontaire interdit d'y résister, même pour protester contre elle puisque les moyens de protestation sont eux-mêmes souvent conditionnés par un abonnement internet. Reste le papier, la magie concrète d'une page imprimée qui n'est pas une information virtuelle mais une chose concrète, comme un arbre ou une pierre. Adressons un signe d'une rive à l'autre. Quittons l'écran. Ouvrons un livre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Toutes les grandes œuvres littéraires, même les plus classiques de forme et d'apparence, sont éperdues. Elles sont des signes jetés au monde, brefs scintillements dans la course vers la mort.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Le plus grand calme est conquis par ceux qui, entourés d'énervés, y résistent. Le calme est précisément un nerf, une nervure dont l'absence a pour conséquence l'inconséquente agitation de la plupart.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Le bien commun par excellence est notre langue. Ceux qui l'altèrent, l'offensent, la dénaturent, l'enlaidissent, la restreignent et la réduisent sont, têtes de poissons pourries, nos ennemis. Notons bien, en passant, que la plupart de ceux que l'on dit illettrés offensent moins la langue française de nos prétendues élites politiques, «&amp;nbsp;communicationnelles&amp;nbsp;» ou technocratiques. La «&amp;nbsp;faute de français&amp;nbsp;», en l'occurrence, est un péché véniel.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Une seule phrase accordée aux ressources de l'intelligence et de la langue française suffit à contrebattre la totalité du mécanique bredouillis global dominant, - de même que l'infini déhiscent dans une goutte de rosée, ou d’un regard, fait contrepoids à la close totalité, - de même encore que la source vive nous fait oublier la citerne croupissante. Une fois écrite ou entendue, cette phrase devient inaltérable et tomberions-nous en prostration ou mélancolie noire, vaincus par les vengeurs et les moroses, elle demeurerait, claquant dans l'air vif de l'amitié, étendard d'une irrécusable victoire, d'un symbole actif.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;«&amp;nbsp;Etre de bonne race&amp;nbsp;», cette formule qui fut encore familière, et sans arrière-pensées, aux homme du dix-septième siècle, ne veut pas dire que nous appartenons à une race au sens biologique, scientiste, qui serait meilleure que d'autres, qui seraient mauvaises, mais qu'une fidélité nous porte, venue du fonds des temps, dont nous nous efforcerons, sans toujours y parvenir, d'être digne: rien n'est acquis qui ne soit encore à reconquérir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Orare et lab&lt;/em&gt;orare&amp;nbsp;». Il faut entendre dans cette formule initiatique et alchimique, tout de même autre chose qu'aller au bureau et assister à la messe du dimanche.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;«&amp;nbsp;Réalistes&amp;nbsp;» est le nom que se donnent ceux qui ne voient en toute chose que les raisons d'être les plus basses et les plus communes. Le réel polyphonique, imprévisible, vaste et prodigieux leur échappe, et lorsqu'ils l'entrevoient, ils ferment la porte et verrouillent à triple tour.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Quelle crainte anime ceux qui veulent nous amoindrir, nous dissiper, nous diffamer, nous démoraliser, nous faire taire ? Pourquoi tant s'évertuer ? Serait-ce que nos songeries, nos spéculations sont, pour eux, et pour le monde dans lequel ils s'enferment et veulent nous enfermer, une menace ? Nos ennemis ne sont ainsi pas les derniers à nous révéler les fins dernières de nos plus innocentes et improvisées audaces. Ils semblent tant assurés de leur victoire et de notre fragilité que nous finissons par en douter, et par nous croire plus forts que nous ne l'imaginions au départ. De tout grand rêveur confronté à leurs hostilités et à leurs mépris, ils forgent un héros malgré lui, - et préparent ainsi la venue du «&amp;nbsp;nouveau règne&amp;nbsp;» qu'évoquait Stefan George.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La société de consommation, outre sa nature polluante et inepte, a pour conséquence d'atteindre en l'homme le sens de la gratitude et de la valeur: tout ce qui lui est donné sera pour lui sans valeur, et achetant tout le reste, c'est à dire presque rien, il n'aura jamais à remercier. Ainsi sommes-nous entourés de ces femmes et de ces hommes qui se plaignent de la faiblesse de leur pouvoir d'achat, ou, pire encore, qui en usent comme inépuisable vengeance contre l'insatisfaction fatale où il les plonge. Les plus belles heures sont altérées par leurs reproches et leurs griefs fracassant. Rien, ni personne, n'est assez bon pour eux. Ils ne comprendront la beauté de ce qui leur fut offert qu'au seuil de la perdre. Une grâce ultime leur sera donnée, - dans un éclair de lucidité avant la mort. En attendant, l'étincelle d'or dans l'iris des Rares Heureux leur insupporte et ils feront tout pour l'éteindre. Tout leur sera bon, de la tyrannie domestique jusqu'aux massacres de masse, en passant par tous les systèmes d'asservissement que la société imbrique les uns dans les autres à la manière des poupées russes. Quelle sera leur victoire ? Un spectre délétère flottant sur les décombres.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;J'éprouve, à la longue, un léger agacement, à l'égard de ceux qui, se fiant à quelques signes extérieurs, me font valoir leurs mérites en suggérant que, pour moi, par contraste, tout a toujours été plus facile. Je ferai un jour (lorsqu'il y aura prescription) le récit de mes témérités et de mes efforts, et je doute que ces futurs retraités méritants, plus ou moins cossus, en eussent affronté le quart.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La seule question, en fin, qui se pose aux réfractaires: comment n'être pas détruits par la bêtise et la laideur. La réponse est sans doute dans le secret du recommencement. Ce jour qui se lève est éternellement le premier jour; il dispose autour de nous tous les recours du temps et l'éternité même, facettée de nostalgies et de pressentiments.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Ecrire pour jeter quelques éclats avant la nuit: immense orgueil, vaste humilité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'histoire de la philosophie, en situant les philosophes dans une logique progressive, entre leurs prédécesseurs et leurs successeurs qui les caducisent, passe largement à côté de ce qui, dans leurs œuvres, s'adresse à nous avec amitié et hors du temps. Cet «&amp;nbsp;hors du temps&amp;nbsp;» est l'actualisation même,&amp;nbsp;&lt;em&gt;l'acte d'être&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de la pensée, sa profonde raison d'être. Tout le reste est anecdote et commérages, instrumentalisations et publicité. Lisons, par exemple Plotin, comme s'il avait écrit la veille de ce jour, et pour nous seuls.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dans tout esprit qui mérite attention, il y a, sous la plus grande exactitude de ses formulations, quelque chose de vague, d'incertain et de nuageux, sur lequel reposent, en vols précis, telle des escadres ailées, les signes discernables de la pensée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Par-delà les classes sociales visibles, qui conforment des apparences et des pouvoirs, les êtres humains obéissent aux lois de leur caste invisible, c'est-à-dire à une orientation majeure vers l'esprit, vers le combat ou vers les affaires économiques. Ce qu'ils sont au monde s'en trouvera destiné d'une certaine façon.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;En ces temps dominés par la caste économique, les hommes d'esprit et de courage sont relégués, voire persécutés, - les instances auxquelles ils se réfèrent contredisant un pouvoir qui voudrait absorber en lui tout autorité pour finalement l’abolir. Un règne étrange en découle, celui que nous vivons, où la pensée calculante domine, où la fin justifie les moyens et où la subjectivité outrecuide dans un pathos vengeur à l'égard de tout ce qui s'accorde au souffle, à l'héroïsme, au&amp;nbsp;&lt;em&gt;lointain&lt;/em&gt;. Règne à la fois morose et hyperactif, informe et furieusement enlaidisseur dont la loi de fer est le plus vaste programme d'avilissement. Nous constatons que ce programme est déjà largement réalisé en observant les progrès de la servitude volontaire (que les esclaves nomment «&amp;nbsp;Progrès&amp;nbsp;»,- tout court, comme une pendaison, et avec une majuscule).&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dans ce monde, les esclaves demandent des comptes aux derniers hommes libres, leur imposent leur confusion, leur vacarme, leurs stupidités ostensibles et les manifestations incessantes de leurs griefs immémoriaux. L'homme libre est leur haïssable mauvaise conscience et sa seule existence, tel un remord affreux, révèle la vie magnifique à laquelle ils ont renoncé, ou pire encore, qu'ils ont bafouée ou insultée, - et dont ils ont éradiqué, avant même que n'en eclosent les corolles solaires, les plus infimes surgeons.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Cependant, leur grande entreprise de découragement est vaine car ceux qui y travaillent ne peuvent comprendre que, par nature, quand bien même serait-elle vaincue, la caste héroïque des hommes de courage ne peut être découragée et que les serviteurs de la souveraineté de l'Esprit ne peuvent servir un autre maître. La caste économique raisonne selon ses propres normes et ne parvient à concevoir qu'il y eût encore des hommes plus intensément dévoués à leurs actions non-lucratives qu'elle-même ne s'y emploie. Là est sa faiblesse: le manque d'imagination. Le sens même de l'action désintéressée et noble lui échappe, et par voie de conséquence, risque de la surprendre au moment où elle se croira définitivement établie. Ce qui se nomme périr dans son triomphe.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Les théories conspirationnistes ont le charme frelaté des romans feuilletons du dix-neuvième siècle: l'illusion s'y cultive que le combat contre des Puissants dissimulés tirant leurs ficelles à travers les nations, est encore possible, pour ainsi dire d'homme à homme. Or la situation est bien pire. La servitude est généralement volontaire et les tireurs de ficelles n'en sont que les agents indéfiniment remplaçables.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'Ame du monde attend d'être sauvée par des âmes humaines.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Sauf à sa cupidité, le Moderne renonce bien vite à tout, - à la souveraineté de son pays, à sa civilisation, à ses dieux, à ses légendes, à son bonheur, à sa liberté, et à ce&amp;nbsp;&lt;em&gt;bien commun&lt;/em&gt;&amp;nbsp;par excellence qu'est sa langue - si tant est qu'il puisse acheter un peu du fatras inutile que la publicité lui vante comme nécessaire à son «&amp;nbsp;estime de soi&amp;nbsp;», pour user du jargon des psychologues. De ces grands renoncements qui sont l'envers de sa petite avidité, il ira jusqu'à faire une «&amp;nbsp;morale&amp;nbsp;», arguant qu'en tout ce à quoi il renonce, il y eut, et demeure, un germe du Mal. L'éthique la plus vile se trouve ainsi parée des atours conviviaux d'une dictature du Bien, loisible de s'exercer, en représailles, contre ceux qui persistent dans l'être, dans l'anamnèse, - dans la fidélité à la source de Mnémosyne.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;amp;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Héritiers de la plus lointaine culture européenne, nous sommes menacés, comme le furent avant nous les belles cultures amérindiennes, dans la terreur et la désolation, et nous le sommes, non point abstraitement, «&amp;nbsp;en général&amp;nbsp;», mais concrètement, individuellement, un par un, - les vecteurs de cette menace n'étant pas seulement une armée discernable, mais une glue, un poison, une atteinte portée par ceux qui nous entourent, voire par nous-mêmes, lorsque nous défaillons. D'où l'importance de sauvegarder les chants, échelles du vent, de demeurer fidèle à Orphée et à Empédocle et de boire à la source de Mnémosyne avant notre mort, - et même, et surtout,&amp;nbsp;&lt;em&gt;après elle&lt;/em&gt;, comme il est dit sur une feuille d'or trouvée à Pharsale.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dans son grief hystérique qui est, ni plus ni moins, un processus concerté d'anéantissement, ce monde tient pour rien tout ce que nous sommes et veut en tout, nous faire devenir ce que nous ne sommes pas, - c'est-à-dire, rien du tout.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Notre force surhumaine est le cœur de notre plus extrême fragilité humaine.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;On peut suivre le courant commun ou nager à contre-courant vers les hauteurs, la source. L'effort n'est pas le même. Certains sur les berges honorent et remercient, d'autres tirent à vue, profitant de ce que l'effort même interdit de riposter.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Les faibles prennent presque toujours parti pour ce qu'il y a de plus fort, - l'argent, la technique, le progrès, la médiocrité, le plus grand nombre, - contre les plus forts qui deviennent ainsi, fors leur courage, les plus fragiles.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Ce qui manque à l'extrême à nos contemporains, c'est bien le «&amp;nbsp;double-regard&amp;nbsp;» que nous enseigne Platon: voir en même temps la plénitude du présent et sa fin, son achèvement, la vie et la mort, et, par voir de conséquence, la beauté tragique de l'heure heureuse, à la fois passagère et éternelle. Les grands gâcheurs (et gâcheuses) sont là, épris de saccage, emprisonnés dans leurs subjectivité ulcérée, dans une insatisfaction qui nourrit l'esprit de vengeance, tous engoncés dans leurs problèmes qu'ils veulent faire les nôtres afin de faire à leur ressemblance, tristes et vindicatifs, aveugles à l'inépuisable beauté du monde et aux «&amp;nbsp;allusions instigatrices&amp;nbsp;» qu'il persiste à nous lancer dans le chaos et la déroute, signes d'intelligence,&amp;nbsp;&lt;em&gt;hirondelles de mars&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Question décisive. Comment être heureux au milieu des tristes, vifs avec les avachis, exercer son intellect face à celles et à ceux dont les «&amp;nbsp;affects&amp;nbsp;» saturent et fourvoient l'entendement, comment survivre sous les assauts des plaintifs ? Comment ne pas accuser ceux qui nous accusent, et ne pas se plaindre de ceux qui font de leurs plaintes une accusation ? Une seule réponse: la désinvolture, qui, certes, nous sera comptée comme le&amp;nbsp;&lt;em&gt;crime suprême&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Autre signe des temps: ces incessants procès pour «&amp;nbsp;mauvaise moralité&amp;nbsp;» que l'on fait, de façon rétrospective ou contemporaine, à nos écrivains, - procès que l'on dirait inquisitoriaux s'ils n'étaient pires, - par la supériorité spectaculaire qu'elle donne aux Médiocres de se faire les juges d'hommes plus talentueux et courageux qu'ils ne le seront jamais.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;A ceux qui ont été amenés quelquefois à se poser la question «&amp;nbsp;Comment faire pour survivre à cette journée&amp;nbsp;», de vastes et heureuse perspectives s'ouvriront les autres jours.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;On rencontre des gens qui, inépuisables dans leur apologie de la médiocrité, se&amp;nbsp;&lt;em&gt;vantent&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de leur modestie, de leur absence de vanité et de prétention. «&amp;nbsp;Voyez comme je suis si modeste en ce miroir !&amp;nbsp;». Le dandy le plus flamboyant, le Calender le plus radical, l'artiste le plus mégalomane sont, à les comparer d'une humilité rafraîchissante.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Prendre conscience que l'on veut nous clouer le bec, nous réduire au silence, à tout prix, sous n'importe quel prétexte, demeure un&amp;nbsp;&lt;em&gt;diapason moral&lt;/em&gt;&amp;nbsp;sur lequel nous pourrons toujours accorder notre musicale façon d'être dans un monde qui n'aime que vacarme et discordance. Puisons les ressources du chant dans le silence des âmes bien-nées.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Qu'aimons-nous chez autrui ? La bienveillance et le courage à suivre sa voie, la force au cœur de la fragilité, et quelques nuances d'âme éperdue.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;RIGHT&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;em&gt;(Caetera desiderantur)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Extrait de &lt;strong&gt;L'Ame secrète de l'Europe&lt;/strong&gt;, éditions de L'Harmattan, collection Théôria.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;div class=&quot;posttext&quot;&gt;&lt;div class=&quot;posttext-decorator1&quot;&gt;&lt;div class=&quot;posttext-decorator2&quot;&gt;&lt;p lang=&quot;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Ode au Cinquième Empire:</title>
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      <updated>2026-04-16T00:07:45+02:00</updated>
      <published>2026-04-16T00:07:45+02:00</published>
                      <summary> &amp;nbsp;     Ode au Cinquième Empire  &amp;nbsp;   «&amp;nbsp;L  e Mythe est...</summary>
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          &lt;h1 class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/h1&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6674562&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/02/02/569286693.jpg&quot; alt=&quot;619231533.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h1 class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Ode au Cinquième Empire&lt;/h1&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;L&lt;/em&gt;&lt;em&gt;e Mythe est le rien qui est le tout&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;Fernando PESSOA&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Ombres claires, jardins d'or, de quel désert bleu, tendu&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Entre ces êtres et ces apparences ma mémoire en ces temps frissonnait !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;C'était un battement des ailes de la victoire, un chant d'astres immobiles&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans la profonde ténèbre de l'azur: comment ne point croire&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;A ces bras d'Océanides, ces pointes d'écume et de rocs&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et leurs traits de fierté sur les chemins des fantômes !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Tout reviendra, je le sais, dans ce Lointain, dans cette blancheur.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Armures du deuil, prunelles étoilées, sagesses perdues aux confins&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De la mer dont les cieux tordent les couleurs comme des vaisseaux.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Nous sentions sur notre joue l'éther grandiose, son libre essor&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Vers les oliviers pâles du rivage, son reflet de ciel, ses larmes étouffées&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et son sourire d'où renaissent les consolations au bord des cils&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme une brume d'exil. J'en porte le témoignage pour ceux-là mêmes&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qui ne veulent rien entendre, pour cet ouragan immobile du matin, du plus&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Haut bonheur, si tant est que l'on puisse encore dire en ce monde.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;J'en porte témoignage sous le manteau de la nuit si claire à qui sait voir,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Sous le manteau de l'oubli de la Mer, sous le manteau du souffle éperdu&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Où marche le souvenir de douceur et de feu des rois dont l'âme verdoie !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Est-ce fuir que de céder à ces beautés pensives ? Est-ce trahir que d'entendre&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Les abeilles d'Orphée tournoyer dans l'admiration de l'ébauche du monde ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Tel était notre bonheur que chaque seconde nous fut une cosmogonie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Point de sommeil mais une secrète fureur de joie&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Composant des siècles de pourpre avec les agrafes d'or de l'instant...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Tes lèvres douces revivaient une fable vermeille, un songe immobile&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Sur l'abîme, sur la coupe visible de l'aurore&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Encore endormie dans l'aile magnanime du dieu !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Que l'âpre beauté nous soulève, qu'elle nous dise&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Nous serons ces cœurs brûlants jusqu'aux huées, nous serons&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Les traces de son langage disparu et, s'il le faut, son haïssable mélancolie !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Forces célestes, fournaises bleues, triomphe pour la gloire&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;D'une innocence infaillible lorsque de toutes parts se hâtent&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Les souffles étésiens, que scintillent dans les verres les vins&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Parfumés de résine dans la grande trêve apollinienne de l'Empire !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Nous n'étions point étrangers à ces frontons, à cette emprise&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De la Connaissance pure où s'éternisent à la fois&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Les Hauteurs sans visage et les racines des oliviers !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Nous vaincrons le courroux de ces escaliers sablonneux&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et d'une pensée pure nous fleurirons d'une blancheur immobile&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme l'instant de cette tempête adorée... Libations aux confins du monde,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Ivresses légères qui éveillent la douceur des pêches mures&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et la splendeur septentrionale des ombres du Soir,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De l'autre côté de la naissance des mondes...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De l'autre côté du temps, de l'autre côté du vent, quelque Songe&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Elargit nos pupilles au ressouvenir de ces Lois excellentes...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Sites de la lumière chantante: des noms divins naissent des bronzes de la voix.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Les hymnes enseignent à la musique son propre secret&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qu'elle ne divulgue point, sinon dans la procession des regards&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qui passent, équanimes, sur les rives, entre les pins et les genévriers&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qui passent en s'attardant à peine vers l'éternité et les Mystères !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Que le dieu lumineux tende les voiles, qu'il avive le chatoiement&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Des vêtements sacrés et ne nous détourne point de la face invisible de la Mer !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Nous serons fidèles entre les fidèles, dans le secret et dans l'évidence du Temps.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Fidèles en quelque lieu et en quelque temps que nous nous trouvions,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Fidèles dans la vérité de la brise qui porte le Chant et fidèles&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Au sillage qui porte le Don de la mort vaincue, fidèles à Ce moment-là,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Fidèles dans le silence et dans le vacarme des dieux, fidèles&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Aux pailles qu'allège la Terre et que Ciel embrase d'une image immense,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Fidèles aux ruisseaux pierreux, aux ruches cuivrées et aux expériences&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Du silence et du jour éternel. Fidèles à la voix limpide qui scintille&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De batailles subtiles. Voici les réverbérations messagères ! Voici le chemin précis&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans l'immensité, voici les traces, voici les empreintes du dieu&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dont le sceau rivalise avec la douce coupole du Printemps&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Pour nous faire comprendre la limite et l'illimité&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et la sagesse de l'Empire que l'on devine devant une fenêtre claire&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans le pressentiment des cieux profonds et des mers chaudes&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Que voilent à notre souvenir les siècles de vanités et de mensonges !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Quel regard de Pallas, à la pointe de l'instant où l'éternité se divise !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Que de brûlures et de fraîcheurs, dans nos veines et sur notre peau !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Les vignes et le miel, l'eau et le vent polissent notre aveugle matière.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;La lumière innombrable couronne le murmure des sources, les buissons&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Embaument le Grand-Oeuvre du Cosmos. Le passé, le présent et l'avenir&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Se détaillent sur les feuilles et dans le vol des aigles.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comment croire encore en la Séparation&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Devant cette volupté puissante dont l'image nouvelle&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Vient d'éclore dans l'air où tremble encore un parfum d'eau de pluie !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Voici la voix humaine et voici le silence, voici la bonté de la terre&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et voici les vases d'argile, comme une volonté surhumaine précédant,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Les plaines qui vont chuchotantes vers le soir. Voici l'Orbe du Temps !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et qu'est-ce que le Temps, qu'il nous accable ou resplendisse,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Peu importe ce n'est pas lui qui passe, mais nous seuls, déjà flammes&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans le bannissement de l'imminence, dans le secret de l'étoile au front&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans les Formes de l'univers, les Symboles augustes que les quadriges de nos sens&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Ouvrent à la connaissance des antiques tablettes d'Erato perdues&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Sous le rugissement des flots ! Perdues et retrouvées comme un amour humain&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans ses recueillements de rires, de beautés, d'acanthes prophétiques...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qu'est-ce que le Temps, qu'il nous accable ou resplendisse&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Que nous ne puissions étreindre contre notre cœur&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme le parfum du Soir, comme une prière délaissée,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme une épaule nue dans une roseraie, un front empourpré ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qu'est-ce que le Temps s'il ne se courbe sous notre regard&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme un horizon prosterné ? Il existe des secrets. Le Temps,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Ce promontoire, cette lance dans l'air vibrant ou comment le dire,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Peut-être ce sable chaud où nous nous endormons côte à côte,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Le Temps n'est rien, qu'il nous accable ou resplendisse, le Temps&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;N'est qu'un silence universel ! Notre grandeur sera d'avoir courbé aux Lois&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De la douceur d'être tout ce néant tumultueux ! Notre grandeur, notre sagesse !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Grandes voiles tendues jusqu'au gémissement céleste ! Métaphores vivantes&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Des peuples et des heures, nous reviendrons aussi vers la grandeur&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Avec nos carènes solides, nous reviendrons jusqu'aux temples en ruines&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Porter la crinière de l'air marin et des ressouvenances de labeur et d'adoration !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Nous reviendrons lavés et forts, chaque aspect de notre entendement&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;D'une clarté presque aveuglante annonçant que la victoire humaine est illusoire.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Nous reviendrons avec nos dieux enroulés autour des mâts, nos dieux peuplant&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;La grande voile, nos dieux forts comme des cordages.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Quel beau règne pour cette Terre que le règne de notre retour !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Tout recommence car le Temps n'est rien et que la brûlure de la fidélité&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Plus profonde que le cri orne de son signe sacré, de son passage ailé&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Le ciel fécond d'enseignements à qui sait lire... Tout recommence, Chœur&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Infini, premier voile de l'Apparue disant &quot;je te trouve enfin&quot;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et nous avions tant attendu Ce moment-là, avec une telle ferveur&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et une telle patience qu'une brume de chaleur montait vers nous,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Que les eaux tremblaient à nouveau,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Après tant de batailles, de fatigues, cette salutation enfin&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Changeait un cœur, et l'étincelante obscurité se renversait&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme une corbeille de fleurs sur l'orgueil aérien de la conquête.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Tout recommence, Chœur infini, car le Temps, qu'il accable ou resplendisse&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Ne passe point. La Terre élève ses senteurs pour notre triomphe venu de la mer.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;L'Ode enclot un prodige d'ordre étincelant. Point d'outrage à cet horizon&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Que la proue de mon Chant et point d'oraison d'une plus haute innocence .&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Une soif ardente fond dans le sommeil comme un oiseau de proie !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans quelle apparence cette lumière descendante me charme !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Ne rien dire à la voile de ce péril et vivre ! Tout entière à cet autel&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Où meurt et renaît l'accord innombrable du Temps, ta bouche parfumée&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Enonce le prodige. La voie, les degrés, le marbre, ô fille des astres,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Seront ces stations d'immortalité, où le dieu allège de toute sa force&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Nos pas l'un après l'autre sculptés, nos pas l'un après l'autre perdus&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans le marbre que travaille l'abîme ! Légère cette force vers le haut !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Légère et toute figurée d'être et de puissance. L'Empire compose d'immortalités&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Ces générations innombrables de pas sur les marches du Temple.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Quelle abondance d'oubli comme une pulpe enracine notre savoir&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans la profonde saveur d'une pureté qui allonge les ombres&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et que nous suivons pas à pas ! S'approche ainsi le Toit de l'intercesseur.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Le Soleil, l'Air, Dieu s'accordent à l'ombre que j'endure&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;A l'ouvrage des vigne et des puits, aux mille figures&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De notre consolation nouvelle, à la volupté inconnue.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Ce ressouvenir fut l'onde parnassienne suspendue sur l'augure&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dont la beauté semblable à sa Ressemblance oubliée&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Disparaît dans la couronne du Soleil, de l'Air et de Dieu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Haute la nef, soulevée, dans la clameur, dans le péril !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Haute dans le prodige des vagues anciennes et mélodieuses,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et plus haute encore dans la mémoire virgilienne de l'Esprit !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Rien n'égale cette beauté qui ressuscite, qui s'élève&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans la louange d'un écho éternel et dans la justice du destin !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Rien n'égale la joute suprême d'une grandeur où tremblent nos mains,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans la ferveur de la victoire qui dilate la poitrine et hante&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;La vertu des songes et des dieux, le sel des cités disparues&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans la solennité d'un Soir où nous retrouvons nos visages&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Sous les casques brillants de la bienveillance du Soleil, de l'Air et de Dieu !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Lucide est l'âme accourue vers la lumière de l'être, oeuvre immense.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Lucide est la louange de la voile latine, la louange ingénue&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dont nous retrouverons l'augure dans la bruissement de la cigale&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans ce travail secret du Jour, dans la fraternité des nuages&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et des racines, dans la concordance haute du Soleil, de l'Air et de Dieu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Sous ce ciel de signes ardents, les collines, sœurs de l'aube et de l'oubli&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Déroulent leurs rumeurs et leurs parfums. La douceur obscurcie&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Penche le front sous les feuillages comme un repos divin.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;La royauté se retrouve dans ce «&amp;nbsp;Toujours !&amp;nbsp;» que disent les jeunes arbres.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Le jardin se referme dans sa lumière inexorable. Beauté semblable&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et qui protège ! Beauté que portent pour la fête d'Artémis&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Les jeunes filles qui disent l'or flottant, vive beauté !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Sous le ciel des signes ardents et des vents fougueux,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Nous serons délivrés et comme une onde notre orgueil&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Se perdra dans la royale voile radieuse qu'elle élève&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme signe plus haut dans le ciel ardent,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme le signe du Soleil, de l'Air et de Dieu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qu'elles soient, les très-belles, les gardiennes du labyrinthe de nos pensées&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et de la profondeur des grèves, et du Soleil du Soleil, Logos intérieur&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Embrasant l'Air de l'Air jusqu'aux profondes mémoires de l'éther,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Jusqu'à ce silence de Dieu qui chante dans le Cœur de Dieu...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qu'elles soient, ces jeunes filles d'Artémis, les flammes&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Du redoublement des Formes, dans l'intarissable secret&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dont la beauté subjugue le spectacle immense de l'aube&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Où nous retrouvions enfin les ombres claires et le jardin d'or.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Que d'ombres pour les hommes dans ce devenir de soleil&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Que d'attentes, pour les cieux où chante la divine confusion des astres !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;La Forme demeurait comme une promesse dans l'aube immense&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et toute chose naissait de cette flamme comme un théâtre murmurant !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Beauté et sagesse, légèreté et désinvolture précédaient notre entendement&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De leur sillage clair sur les eaux. Les songes étaient des acclamations.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Le ciel se tendait dans la solennité du bleu. A la proue, l'ombre se divisait&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme une voix orphique. Car le Chant est ici et ailleurs. Il s'élève&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans le mystère et plonge dans l'éblouissement de la profondeur.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Nous frappons notre parole sur des murailles de silence et l'écho&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Invente des contrées étincelantes dans nos âmes !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;S'élèvent dans l'air les songes maritimes ! Le cœur bat dans l'or du sang&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et nos prunelles brûlent d'adoration et de conquête. La mélodie veinée&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De bleu de l'univers enchante l'arbre d'or de nos poumons. Le vent&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Violente les voiles immenses et fragiles. La vigueur nous entraîne et la joie !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;A l'aube de l'Idée sont les naissances du destin ! Que j'entende les voix&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De la toile et du bois, que je goûte les saveurs de sel de l'air qui brûle,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et voici que la mémoire du monde s'éveille de sa léthargie !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;La mémoire du monde entre en miroir avec l'Empire désiré !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Car je garde la mémoire d'Ulysse dans l'estuaire du Tage,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Arborescence d'âmes vives sauvées des eaux et revenues&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Alors que le Temps, par d'innombrables détours nous ment,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;La Vérité scintille sur la proue et dans nos prunelles: l'être&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Débute dans ce recueillement de la mémoire: Ulysse reviendra&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme un ressouvenir dans la voix de notre allégresse,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme un chant de triomphe et de péril s'adressant&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Au ciel avec ses clameurs et son grand silence d'été&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qui précède l'entrée du navire dans sa destinée surhumaine !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Apparition dans l'estuaire, mystérieuse beauté ! Le silence&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Joue de cette image du Soleil que nous gardons dans la mémoire&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Telle une prévision inclinée dans la brume sourde où tremblent&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Les générations tressées des roses divines sur la voile du Soleil !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Ainsi, l'immense nouveauté du destin lance l'onde sur l'envers&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Du monde où revivent les mythologies du monde comme une voile gonflée,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Entraînant les nerfs de chanvre, de bois et de métal du navire qui est un songe,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Avec la douceur infaillible du messager - sa volonté&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Scrutant l'espace avec la sûre ténacité des Anciens,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et son âme d'ouragan et d'incendie, son âme subtile comme la syllabe&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Douce enclose dans la strophe méditée et dans son espérance&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Persistante ! Tout cela fut inscrit comme un feuillage sur le bouclier.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De quelles sources lointaines s'abreuve notre Mer ? De quels confins ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De quelles hauteurs ? De quelle glace translucide ? La limite&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Est dans la réponse refusée à l'énigme et dans l'assentiment au silence.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Nous apercevrons, au-delà de la réponse refusée, quelque flamme&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Céleste éclairant les contrées de notre orgueil et les plaines&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Où Zeus, père du Jour, ordonne une bataille silencieuse&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Entre notre hardiesse et la juste méditation de l'univers !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;J'honore cette aube, ces colonnes, ce faîte où repose le chant&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dont le sens se perd dans l'éternité et dont s'abreuve notre nostalgie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Rien n'est perdu. Tout se tient dans l'apaisement immense.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme la goutte de rosée à la pointe du brin d'herbe,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Les mondes invisibles rassemblent leur limpidité à la pointe&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De notre entendement. Le dieu se diffuse dans le soir versicolore.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Tout se tient: la sagesse et le nom, la lumière et la chevelure&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De l'Aimée comme le sourire et le geste qui l'invente&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Sur le visage. Tout se tient. Le soleil se tient dans la prunelle.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;La Grandeur est dans le regard. L'Empire est dans l'instant.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et le ciel à notre front s'accorde. Les écumantes constellations&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Frémissent dans le battement de nos cils, et toutes les saisons&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Vivent et meurent sous nos paupières. La douce chaleur de l'automne&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;S'évanouit entre nos lèvres fécondes comme des vergers. L'hiver&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;S'immobilise comme un chœur de pierre dans notre cœur&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et le printemps fait éclater cette rosace minérale avant l'été&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qui fait glisser comme dans un songe léger le navire d'Ulysse...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Tout se tient dans cet estuaire du Tage: le souvenir de la déréliction&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et, dans la tremblante douceur, celui de la lumière étonnée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Apaisement du souffle dans l'Immense, j'acquiers le puissant espace&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Alors même que la déclive destinée humaine ne pourvoit point à ma patrie.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Elle fut cette frondaison de fleurs sur l'horizon inconnu...Apaisement&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Du front, apaisement du Temps. L'Olympe résonne de cet appel,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Homme qu'un entendement adamantin fourvoie dans la bataille lumineuse !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;L'Apaisement triomphe ! Dans ces hautes trames de l'espace-temps,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;L'Apaisement triomphe et nous en sommes les témoins.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Tisseuse de profondes Imminences est la parole de l'Apaisement.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Car les éléments rugissent dans L'Apaisement dont je parle et qui n'est point l'abandon des forces&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Mais leur apogée dans la gloire d'une discordance vaincue.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Sur les tablettes de la nuit une voix écrit des signes vaporeux.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Invisible est le signe mais présent dans l'agitation de l'esprit.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Tel est l'Apaisement qui s'en élève, tel est le vaste accord&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De l'Apaisement... La brindille qui ploie sous le souffle en témoigne.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Le bruit sourd de l'eau sur la pierre. Lentement nos paumes se tournent vers le ciel&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Est-ce pour le sommeil ou pour une prière ? Notre âme&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Est la conque bruissante de l'abîme. Notre âme est la louange.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Tel est l'Apaisement, une mélodieuse gratitude. L'âme connaît l'été.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Elle triomphe dans l'oscillation des feuilles, dans l'allégresse&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De l'été dont nous atteignîmes la cime par la sérénité !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Sourdre ainsi du cœur de silence d'une saison ! L'Apaisement&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Est cette verte limite ! L'Apaisement dis-je, point l'inertie. L'Apaisement&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Est cette alacrité des forces dominantes et charnelles qui fleurissent&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;En Idées, comme surent les célébrer Virgile et Porphyre !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;L'Apaisement gît dans le secret de la roche dorée platonicienne.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;L'Apaisement est le Don des dieux. L'Apaisement est une claire fanfare&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qui se répercute dans le Silence comme le soleil vermeil&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Derrière les paupières. Nous feignons de dormir, mais voici&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Que sur la table de l'esprit brûlent les aromates et montent&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Vers les ondes impétueuses du ciel qui reviennent et m'envahissent !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;L'Apaisement est de s'épandre dans quelque lumière&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Tombée de Haut. L'Apaisement est d'entendre la bouillonnante&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Harmonie résonner dans les formes parfaites du rêve&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qui pose sa tête sur notre épaule lorsque nous feignons de dormir,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Lorsque derrière nos paupières nous devinons l'efflorescence vermeille du monde.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans toutes nos oeuvres, l'Apaisement nous attendait.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Dans la violence, dans la tristesse, dans l'étonnement, l'Apaisement&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Veillait. Attendant son heure. Levant l'ancre&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Avant même que nous ne fussions éveillés. L'Apaisement amplifiait&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;La nuit et le jour, de sorte que nous ne pouvions en percevoir les limites.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;L'Apaisement gardait l'orgueil de sa frontière infaillible. De cercles&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;En cercles, et de plus loin, l'Apaisement veillait sur nous&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Pour nous conduire vers l'émerveillement et les richesses inconnues&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Du matin d'or. Mes amis, gardez mémoire du bas-relief égyptien&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Qui montre la déesse Hathor accueillant le Roi Séthi premier&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Car dans le geste de sa main s'éveille l'Apaisement.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comment dire la paix de l'âme. Est-elle cette lumière d'Or&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Où nous voulons nous ensevelir au terme de l'exigence&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;D'une pure pensée, ou vive, dans l'occulte allégresse d'un vin&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;L'ardente soif que seule comble une soif nouvelle ? Comment dire&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Cette moisson des puissances devant le portique des tourbillons ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;La terre pareillement fut-elle cette nombreuse beauté vers l'Occident désert&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Comme le cours du temps dont un mensonge nous sauva ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;La paix de l'âme est-elle dans la vérité ? Mais quelle ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Elle divise la fontaine de notre orgueil. Elle songe, vagabonde,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Elle brille dans la tourmente auguste, recueillie, perdue,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Retrouvée dans la perdition de toute évidence du cœur,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Mais visible, ô Merveille, dans l'intelligence nuancée ! Quelle Vérité ?&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Celle qui ne cesse point d'être dans l'attente d'elle-même,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Celle qui prodigue les promesses, les méandres, trame frémissante&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De l'aube, et chacune de nos pensées vient à son appel&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;S'instruire à sa mémoire mystérieuse, s'égarer délicieusement&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Et se retrouver... Quelle vérité ? Mais la Seule qui dise&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;La patience et l'autorité, la seule qui chante la divine temporalité&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;De la rencontre des regards ! La Seule dont la voix est couleur de houle.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Il y eut de ces prodiges, des roues étincelantes dans le ciel !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: 'book antiqua', palatino, serif; font-size: 12pt;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;Extrait de &lt;strong&gt;Le Chant de l'orage lumineux&lt;/strong&gt;, éditions de L'Harmattan, collection Théôria. Ce livre reprend, en y ajoutant des pages inédites, l'ouvrage publié naguère aux éditions Arma Artis&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 12pt;&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Baudelaire et Joseph de Maistre:</title>
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      <updated>2026-04-15T09:59:09+02:00</updated>
      <published>2026-04-15T09:59:09+02:00</published>
                      <summary> &amp;nbsp;     &amp;nbsp;     Baudelaire et Joseph de Maistre     &amp;nbsp;...</summary>
      <content type="html" xml:base="http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/">
          &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6674457&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/02/00/2716486782.jpg&quot; alt=&quot;Baudelaire-dominio-publico-56a5a5a45f9b58b7d0ddd1a0.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Baudelaire et Joseph de Maistre&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Les exégètes et les biographes modernes cèdent excessivement à la suspicion, à la dépréciation, voire à une certaine acrimonie à l'égard des œuvres dont ils traitent et dont ils font à la fois leur fonds de commerce et l'exutoire de leur ressentiment à se voir bornés au rôle secondaire. Alors que le commentaire traditionnel part d'un principe de révérence et de fidélité qui l'incline, par son interprétation, à poursuivre dans la voie ouverte par l'œuvre qu'il distingue et à laquelle il se dévoue, le moderne juge en général plus «&amp;nbsp;gratifiant&amp;nbsp;» de suspecter l'auteur et de trouver&amp;nbsp;&lt;em&gt;la paille&lt;/em&gt;&amp;nbsp;dans l'œil de l'œuvre, dont il ignore qu'elle le contemple autant qu'il l'examine. L'exégète suspicieux trace, plus souvent qu'à son tour, son propre portrait,&amp;nbsp;&lt;em&gt;avec sa poutre&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Lorsque Sartre suggère que la lecture baudelairienne de Maistre est sommaire, qu'elle obéit à des raisons subalternes, superficielles, il nous renseigne sur sa propre lecture de Joseph de Maistre, et nous livre, par la même occasion, son autoportrait: « un penseur austère et de mauvaise foi. ». On peut tout reprocher à Joseph de Maistre, sauf bien sûr d'être un penseur « austère ». S'il est une œuvre qui résista au puritanisme sous toutes ses formes, c'est bien celle de Joseph de Maistre: la défiance que les modernes éprouvent à son endroit ne s'explique pas autrement. Adeptes étroits de la vertu et de la terreur, de la morale dépourvue de perspective métaphysique ou surnaturelle, adversaires des esthètes et des dandies (ces ultimes gardiens de la concordance du Vrai et du Beau) les modernes firent de l'austérité et de la mauvaise foi leurs armes théoriques et pratiques pour exterminer toutes les survivances théologiques, où qu'elles se trouvent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'influence de Maistre sur Baudelaire est l'une des plus profondes qu'un penseur exerça jamais sur un poète, à ceci près que l'on ne saurait oublier que Maistre, dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Soirées de Saint-Pétersbourg&lt;/em&gt;&amp;nbsp;est continûment poète, de même que Baudelaire, dans ses œuvres poétiques et critiques, ses fusées et les notes de&amp;nbsp;&lt;em&gt;Mon cœur mis à nu&lt;/em&gt;, ne cessa jamais d'être un métaphysicien avisé. Baudelaire se reconnaît en Maistre autant qu'il lui doit les principes esthétiques et philosophiques principaux de sa méthode. Baudelaire eût sans doute été maistrien sans même avoir à lire Joseph de Maistre, tant il se tient par son goût, et par de mystérieuses et providentielles affinités, au diapason des préférences de Joseph de Maistre. Mais, au sens où Valéry parle de la&amp;nbsp;&lt;em&gt;méthode de Léonard de Vinci&lt;/em&gt;, il y a une méthode baudelairienne, et celle-ci doit tout à Joseph de Maistre.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La théorie baudelairienne des correspondances, relève bien davantage, dans sa formulation, de Maistre que de Swedenborg. Lorsque Baudelaire voit le monde comme «&amp;nbsp;&lt;em&gt;une forêt de Symboles&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», il nous introduit dans la méthode maistrienne du rapport entre le visible et l'invisible : «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Je pense aussi que personne ne peut nier les relations mutuelles du monde visible et du monde invisible&lt;/em&gt;». Rappelons, encore une fois, que le mot Diable vient de&amp;nbsp;&lt;em&gt;diaballein&lt;/em&gt;, qui signifie désunir, alors que le mot Symbole de même racine vient du verbe&amp;nbsp;&lt;em&gt;sumballein&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui signifie unir ou rassembler. Il n'est pas une phrase dans tout l'œuvre de Baudelaire qui ne réponde à la méditation maistrienne sur le Mal et sur les œuvres de la divine Providence. L'essentiel paradoxe dans lequel s'agence l'œuvre de Baudelaire et la réponse humaine qui lui est donnée procède d'une méditation constante des&amp;nbsp;&lt;em&gt;Soirées de Saint-Pétersbourg&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Le Mal existe mais il n'est que la désunion du Bien, le Diable est prince de ce monde mais il n'est qu'une partie du Symbole qui unit et qui sauve.&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Fleurs du Mal&lt;/em&gt;&amp;nbsp;ne sont pas du satanisme de pacotille, style Rollinat, ou fêtes de «&amp;nbsp;Halloween&amp;nbsp;» (le Mal étant véritablement dans la dérision de la pacotille) mais une preuve rétroactive du&amp;nbsp;&lt;em&gt;sumballein&lt;/em&gt;. Le Bien n'est pas en face du Mal, c'est le Mal qui, lorsque le Bien triomphe, retourne à l'intérieur du Bien, pour disparaître. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'abîme du jour,&amp;nbsp;&lt;/em&gt;écrit Raymond Abellio,&lt;em&gt;&amp;nbsp;contient l'abîme de la nuit, mais l'abîme de la nuit ne contient pas l'abîme du jour&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Il n'en demeure pas moins que deux forces coexistent en nous, ou plus exactement deux postulations: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Il y a en tout homme, à tout heure, deux postulations, l'une vers Dieu, l'autre vers Satan&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Non moins maistrienne est cette considération corollaire: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Observons que les abolisseurs de la peine de mort doivent être plus ou moins intéressés à l'abolir. Souvent ce sont des guillotineurs. Cela peut se résumer ainsi: je veux pouvoir couper ta tête; mais tu ne toucheras pas à la mienne. Les abolisseurs d'âme (matérialistes) sont nécessairement des abolisseurs d'enfer; ils y sont à coup sûr intéressés; tout au moins ce sont de gens qui ont peur de revivre,- des paresseux.&amp;nbsp;&lt;/em&gt;»&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Sartre méconnaît l'influence de Maistre sur Baudelaire autant par ignorance de l'œuvre de Maistre que par incompréhension de l'œuvre de Baudelaire. Il se donne donc la latitude de juger de l'œuvre de Maistre avec mauvaise-foi et de considérer l'œuvre de Baudelaire avec cette austérité puritaine qui est le propre des intellectuels par antiphrase, c'est-à-dire des «&amp;nbsp;intellectuels&amp;nbsp;» dont la seule raison d'être est de combattre l'Intellect en tant que perspective théologique et métaphysique. Baudelaire désigne Maistre comme l'auteur qui exerça sur lui l'influence décisive, dans l'ordre de la pensée et du style: cela suffit à l'acrimonie sartrienne pour juger Baudelaire comme un menteur. Le poète, certes, possède le droit imprescriptible de s'écarter des vérités relatives du «&amp;nbsp;réalisme&amp;nbsp;» et d'aller à la conquête d'une vérité plus profonde, plus essentielle, qui apparaîtra tout d'abord, dans son émanation, sous l'apparence des nuées et des mystères, - mais dès lors que l'on considère l'œuvre poétique et critique de Baudelaire comme une pensée, c'est-à-dire comme une «&amp;nbsp;juste pesée&amp;nbsp;», un art analogique où la prosodie et la métaphysique s'ordonnent à une théorie et à une méthode des rapports et des proportions, le nom de Maistre et la référence aux&amp;nbsp;&lt;em&gt;Soirées de Saint-Pétersbourg&lt;/em&gt;&amp;nbsp;apparaissent comme une clef.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Baudelaire croyait si fort et si justement à la pertinence et à la vérité de sa pensée que loin de chercher à paraître original, en dissimulant ses influences et ses rencontres, il ne cessa jamais de vouloir étayer son œuvre d'autres œuvres plus anciennes ou contemporaines. Ce qui est dit paraissait à ce dandy plus important que celui qui le dit, ( ce qui n'est pas sans jeter quelque lumière sur l'impersonnalité active à laquelle obéit le dandysme baudelairien, bien différent du «&amp;nbsp;culte du Moi&amp;nbsp;») et, à cet égard, il se révèle encore plus différent de Sartre qui, sous le titre de&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'Etre et le Néant&lt;/em&gt;&amp;nbsp;se livre à des variations plus ou moins persuasives, sinon convaincantes, sans se référer outre mesure à l'auteur de&amp;nbsp;&lt;em&gt;Sein und Zeit&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Baudelaire intègre Maistre dans son œuvre, comme un point de référence, auquel son lecteur est prié de se reporter pour comprendre ce qu'il va lire, de même que Schopenhauer ouvre&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le monde comme volonté et représentation&lt;/em&gt;&amp;nbsp;sur une référence à Kant. Les temporalités humaines sont brèves; lorsque certains principes ont été parfaitement énoncés, lorsqu'une méthode se tient et prouve son efficience, il convient de couper court et de s'y confronter immédiatement. La distinction entre l'exégète moderne et l'exégète traditionnel que nous esquissions plus haut se double d'une distinction entre deux types d'auteurs. Les premiers ne cessent de déplorer que d'autres avant eux eussent déjà parcouru leur chemin, les seconds s'en réjouissent: ils sont de ceux qui iront plus loin. Les premiers jalousent et seraient prêts à tout reformuler à leur façon, les seconds, qui cultivent en général le goût antique et aristocratique de l'&lt;em&gt;otium&lt;/em&gt;&amp;nbsp;aimeraient à trouver l'œuvre à laquelle ils songent déjà écrite par un autre. Les uns raisonnent en bourgeois: ce dont ils ne peuvent être propriétaires n'existe pas, les autres pensent, comme disent les hindous, en kshatryas: ils s'honorent de servir un Vrai, un Bien et un Beau impersonnels. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Toute croyance constamment universelle est vraie,&amp;nbsp;&lt;/em&gt;écrit Joseph de Maistre&lt;em&gt;, et toutes les fois qu'en séparant d'une croyance quelconque certains articles particuliers aux différentes nations, il reste quelque chose de commun, ce reste est une vérité&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La&amp;nbsp;&lt;em&gt;sophia perennis&lt;/em&gt;, ou, plus exactement encore, ce que René Guénon nommera la&amp;nbsp;&lt;em&gt;Tradition primordiale&lt;/em&gt;, est la clef de voûte qui unit l'œuvre de Baudelaire à celle de Maistre. La vérité métaphysique, ou surnaturelle, est universelle par définition. C'est à ce titre, que pour Maistre, comme pour Baudelaire, les différences entre les peuples auront moins d'importance que les différences de caste, qui elles-mêmes sont d'une tout autre nature que les différences de classe.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Il n'existe&lt;/em&gt;, écrit Baudelaire&lt;em&gt;, que trois êtres respectables; le prêtre, le guerrier, la poète. Savoir, tuer et créer. Les autres hommes sont taillables et corvéables, faits pour l'écurie, c'est-à-dire pour exercer ce que l'on nomme des professions&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Baudelaire, ainsi, prolonge Maistre et répond par avance à Sartre qui se hasardera à écrire&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Et précisément Baudelaire, dans la mesure où il se veut chose au milieu du monde de Maistre, rêve d'exister dans la hiérarchie morale avec une fonction et une valeur, tout juste comme la valise de luxe ou l'eau apprivoisée dans les carafes existent dans la hiérarchie des ustensiles&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». D'où la nécessité prophétique pour Baudelaire de préciser: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Etre un homme utile m'a toujours paru quelque chose de bien hideux&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Notons en passant que Sartre tout en y attachant un sens tout différent, retrouve par inadvertance dans sa métaphore la distinction de l'ésotérisme et de l'exotérisme, «&amp;nbsp;l'eau et l'aiguière&amp;nbsp;» dont parlent les poètes soufis. Si Baudelaire veut être l'eau, nul doute que Sartre préfère être la carafe ! La solidité de la fonction lui paraît plus enviable que la fluidité du Sens.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Baudelaire est maistrien précisément par le choix d'échapper héroïquement à toute instrumentalisation, à toute utilité, à toute fonction qui le prédispose à reconnaître au-delà de toutes les carafes, la transparence suprême de la vérité métaphysique: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Il n'y a d'intéressant sur la terre que les religions. Qu'est-ce que la Religion universelle&amp;nbsp;? Il y a une Religion universelle, faite pour les Alchimistes de la pensée, une Religion qui se dégage de l'homme considéré comme mémento divin&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Sartre se trompe du tout au tout lorsqu'il écrit, non sans goujaterie, que «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l'influence de Maistre sur Baudelaire est surtout de façade, notre auteur trouvait &quot;distingué&quot; de s'en réclamer&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», mais cette erreur, comme toutes les erreurs, n'est pas dépourvue de signification: elle montre que pour Sartre c'est la carafe qui donne un sens à l'eau et non l'eau qui donne un sens à la carafe. Toute la subversion sartrienne, et moderne, se réduit à cette inversion, qui est aussi le propre de tous les fondamentalismes, au demeurant mal nommés, car ils exaltent l'accessoire, l'ustensile au détriment du sens et de son universalité métaphysique. L'utilitarisme abaisse l'homme, d'où la nécessité, pour Baudelaire, de formuler une théorie de l'homme supérieur. En religion, comme en politique l'utilitarisme réduit tout au marchandage, au commerce qui divise l'être et l'apparence. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le commerce&lt;/em&gt;, écrit Baudelaire&lt;em&gt;, est, par son essence, satanique. Le commerce, c'est le prêté-rendu, c'est le prêt avec le sous-entendu: Rends-moi plus que je ne te donne&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Précipité dans le bourbier de la France bourgeoise, Baudelaire dut trouver dans les conversations du Sénateur, du Comte et du Chevalier un refuge heureux et comme un témoignage de cette intellectualité musicale dont il cherchait, à travers ses fidélités raciniennes, à interpréter les discords et les nostalgies de l'âme abandonnée dans la morne vilenie des classes moyennes. Baudelaire, pressentit ce que Hannah Arendt allait nommer&amp;nbsp;&lt;em&gt;la banalité du Mal&lt;/em&gt;. A la pointe de son exigence maistrienne, il voulut lancer la modernité littéraire contre le monde moderne, comme il s'en vint à supplier ironiquement Satan de prendre pitié de sa longue misère. Lorsque Maistre, dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Soirées de Saint-Pétersbourg&lt;/em&gt;, fait dire au Comte: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le péché originel, qui explique tout, et sans lequel on n'explique rien, se répète malheureusement à chaque instant de la durée, quoique d'une manière secondaire&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», Baudelaire intervient en précisant sa théorie de la vraie civilisation: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;em&gt;Elle n'est pas dans le gaz, ni dans la vapeur, ni dans les tables tournantes, elle est dans la diminution des traces du péché originel&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Du point de vue de l'Histoire, Baudelaire se trouve là où les entretiens se sont évanouis. Les temps sont au progressisme, c'est-à-dire à la «&amp;nbsp;doctrine des paresseux&amp;nbsp;», ce qui signifie, pour Baudelaire, que le moment est venu de rompre avec toute forme de collectivisme ou de grégarisme. Le paradoxe n'est qu'apparent. Il existe en effet un en-delà et un au-delà de l'individu, et le monde auquel nous dévoue la «&amp;nbsp;doctrine des paresseux&amp;nbsp;» est un monde qui détruit à son principe tout dépassement de l'individu. La moindre des choses est d'avoir été ce que l'on doit dépasser. Baudelaire en qui l'on a trop tendance à voir le modèle de l'asocial demeure fidèle à l'idée maistrienne de la société en tant que civilisation,&amp;nbsp;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;gardienne fidèle et perpétuelle du dépôt sacré des vérités fondamentales de l'ordre social, la société, considérée en général, en donne communication à tous ses enfants à mesure qu'ils rentrent dans la grande famille, elle leur en dévoile le secret par la langue qu'elle leur enseigne&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Constatant la disparition du dépôt sacré et de la langue, bafouée, triturée et saccagée, il ne cède pas à l'illusion de la forme vide: la carafe vide n'étanche point sa soif, la parodie d'ordre que le bourgeois fait régner, avec une rigueur extrême, ne lui semble guère aimable, en un mot, déterminé à «&amp;nbsp;&lt;em&gt;plonger dans l'Inconnu pour trouver du nouveau&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», Baudelaire, loin de ces maistriens de façade que sont les réactionnaires bourgeois, invente la&amp;nbsp;&lt;em&gt;praxis&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de la théorie que Maistre formule ainsi «&amp;nbsp;&lt;em&gt;le rétablissement de la Monarchie, qu'on appelle contre-révolution, ne sera point une révolution contraire mais le contraire d'une révolution&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Là où la révolution mobilise, planifie, instrumentalise, Baudelaire se fera un devoir de démobiliser, d'accroître le sentiment de la singularité et de célébrer l'inutile. Application rigoureuse de la méthode qu'il trouve chez Maistre, son dandysme, si mal compris, coupe court à toutes les velléités d'action collective, d'appel au Peuple, de mobilisation de troupes, de référendum ou d'élection: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ce que je pense du vote et du droit d'élection? Des droits de l'homme. Ce qu'il y a de vil dans une fonction quelconque ? Un Dandy ne fait rien. Vous figurez vous un Dandy parlant au peuple, excepté pour le bafouer ?&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» Le dandysme baudelairien, son caractère inconnu et novateur, consiste à demeurer là où nous sommes, obstinément. La stratégie, au demeurant n'est pas mauvaise, elle nous épargne des combats où nous eussions été vaincus immanquablement. Pour Baudelaire, le dandy n'est pas l'égotiste efféminé, il est le gardien du dépôt sacré, le témoin de l'Idée: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Etre un grand homme et un saint pour soi-même. Voilà l'unique chose importante&amp;nbsp;&lt;/em&gt;». Le dandy est le témoin de lui-même, c'est assez dire que pour Baudelaire, il n'est pas seulement un Moi emprisonné dans l'immanence mais le subtil diplomate de l'Idée: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Toute idée est, par elle-même, douée d'une vie immortelle, comme une personne. Toute forme créée, même par l'homme, est immortelle. Car la forme est indépendante de la matière&lt;/em&gt;&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Lorsque la Révolution et la Contre-révolution fourvoient le «&amp;nbsp;faire&amp;nbsp;» et le «&amp;nbsp;défaire&amp;nbsp;» dans l'inane et le vulgaire, le&amp;nbsp;«&amp;nbsp;contraire d'une Révolution&amp;nbsp;» maintient l'être, durant l'interrègne, dans la plénitude de son possible. Baudelaire, penseur de l'ultime, va jusqu'au bout des prémices maistriennes, il les applique rigoureusement, en persistant dans une façon d'être qui est aussi une façon de dire. La lucidité baudelairienne départit son pessimisme de la tentation que serait le péché contre l'espérance. La leçon maistrienne tient Baudelaire sur ses gardes: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Défions-nous du peuple, du bon sens, du cœur, de l'inspiration et de l'évidence&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Tout le romantisme révolutionnaire et contre-révolutionnaire, si encombrant et si cacophonique, est ainsi déjoué en une seule phrase. Ce qui importe c'est de sauvegarder la musique et l'espace.&amp;nbsp;&lt;em&gt;«&amp;nbsp; La musique&lt;/em&gt;, écrit Baudelaire&lt;em&gt;, donne l'idée de l'espace. Tous les arts, plus ou moins; puisqu'ils sont nombre et que le nombre est une traduction de l'espace&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;» Le poème le redit: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;em&gt;La musique creuse le ciel&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». L'immobilité du poète garde la vastitude et l'unité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt;&quot;&gt;Extrait de &lt;strong&gt;Les Droits de l'âme&lt;/strong&gt;, éditions de l'Harmattan, collection Théôria.&lt;/span&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Hommage à Joseph Joubert:</title>
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      <updated>2026-04-13T11:56:58+02:00</updated>
      <published>2026-04-13T11:56:58+02:00</published>
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          &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6674133&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/01/01/2502270364.jpg&quot; alt=&quot;foto_joseph_joubert.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h1 class=&quot;western&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Hommage à Joseph Joubert&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/h1&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot; style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;D’emblée, à lire les Cahiers de Joseph Joubert, nous sommes saisis par un sentiment de légèreté, d’enfance, un «&amp;nbsp;je ne sais quoi&amp;nbsp;», un «&amp;nbsp;presque rien&amp;nbsp;» (selon la formule de Fénelon) qui évoque le matin profond des dialogues platoniciens, - ce moment qui précède leur exécution maïeutique ou didactique. La pensée de Joseph Joubert fréquente l’amont. Elle scintille au vif de l’instant qui la voit naître et l’auteur ne s’y attarde pas. A trop s’attarder sur elles-mêmes, les pensées les plus justes, les plus heureuses, deviennent fallacieuses et mauvaises.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;S’il est des penseurs de l’après-midi ou du soir, ou de la nuit, Joseph Joubert est le penseur du matin, du jour qui point, de la fine pointe. D’où la vertu éveillante et roborative de ces fragments, - cette façon d’aviver l’intelligence, de la cueillir, de la&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;précipiter&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;, comme on le dirait dans le vocabulaire de la chimie, non sans lui donner parfois, et comme par inadvertance, une portée prophétique ou générale&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Les idées exagérées de compassion, d’humanité conduisent à la cruauté. Chercher comment&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&amp;nbsp;» Esprit chrétien, classique et platonicien, Joseph Joubert répugne à l’exagération, mais son goût de la mesure loin d’être seulement un accord de la morale et de la raison se fonde sur une intuition métaphysique. Pour Joseph Joubert, il n’est d’équilibre, d’harmonie et d’ordre que légers. L’ordre n’échappe à sa caricature que par des affinités particulières avec l’âme, la germination, la composition musicale&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;L’ordre aperçu dans le mouvement&amp;nbsp;: la danse, la démarche, les évolutions militaires&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;». L’exagération de la compassion, comme toute exagération, substitue à l’âme la volonté qui est négation de l’âme. La volonté outrecuide et grince&amp;nbsp;; sa dissonance est d’outrepasser les prérogatives humaines en passant à côté des bonnes actions qui naissent directement de la bonté et du cœur.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;On se souvient de la phrase de La Rochefoucauld&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp; Cet homme n’a pas assez d’étoffe pour être bon&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». C’est que la bonté est un art, une force, un don, une résolution peut-être, mais nullement une volonté. Elle nous est donnée par la Providence et nous devons la servir. Répondant aux circonstances qui la sollicitent en nous, elle ne peut exagérer&amp;nbsp;; elle est juste ou elle n’est pas. La vérité et le bonheur ne se détiennent pas, ils n’obéissent pas à notre volonté&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Nous sommes nés pour les chercher toujours, mais pour ne les trouver qu’en Dieu&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». La belle et heureuse fidélité n’est pas crispée sur son dû. Elle est consentement à ce qui, en nous, est plus profond ou plus haut que nous-mêmes et non pas volonté&amp;nbsp;de faire de nous-mêmes autre chose que ce que nous sommes dans nos plaisirs et vraisemblances. De la vraisemblance à la vérité, le chemin, qui n’est point une marche forcée, ne saurait être que providentiel.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Ainsi, «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;le siècle a cru faire des progrès en allant dans des précipices&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». La suspension de jugement est bien souvent plus spirituelle que la certitude dont la volonté s’empare pour la faire servir à ses exagérations et ses aveuglements. L’humanité véritable s’exerce non dans le système, dans l’abstraction, dans la volonté, mais dans le regard échangé, dans l’attention et le recueillement&amp;nbsp;:&amp;nbsp;«&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Porter en soi et avec soi cette attention et cette indulgence qui fait fleurir les pensées d’autrui&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Joseph Joubert distingue l’incrédulité de l’impiété, l’une n’étant qu’une «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;manière d’être de l’esprit&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;», presque égale à la crédulité, alors que l’autre est «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;un véritable vice du cœur&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Il entre dans ce sentiment de l’horreur pour ce qui est divin, du dédain pour les hommes et du mépris pour l’aimable simplicité.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». L’incrédulité est une vue partielle, alors que l’impiété est une volonté. «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;La piété nous rattache à ce qu’il y a de plus puissant et de plus faible&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». Printanière, la pensée de Joseph Joubert l’est aussi par cette déférence à l’égard de la fragilité, par ce sens tragique du caractère irremplaçable de tout ce qui est, par la soumission à l’impératif divin qui fonde en son unificence chaque chose qui existe, et dont l’existence est, par voie de conséquence, à nulle autre semblable. La beauté du principe resplendit en chacun&amp;nbsp;:&amp;nbsp;«&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;L’Un est tout ce qui n’est pas lui&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;La pensée de Joseph Joubert opère ainsi par élans, par des brusqueries bienvenues qui devancent le préjugé et nous donnent une chance, deux siècles plus tard, de nous poser les bonnes questions.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp; Scintillation, lumière par élancement&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;» écrit Joseph Joubert, nous donnant la clef de sa méthode : «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;La musique a sept lettres, l’écriture a vingt-cinq notes&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&amp;nbsp;» Cette attention musicale sera singulièrement favorable à l’intelligence prospective. «&amp;nbsp;Connaître la musique&amp;nbsp;», l’expression vaut aussi pour les désastres de l’Histoire, les ruses des idéologues, les moroses confusions de l’Opinion dont les ritournelles ne sont pas si nombreuses. L’&amp;nbsp;«&amp;nbsp;Empire du Bien&amp;nbsp;», comme disait Philippe Muray, nous y sommes, et l’enfer moderne pave la planète de ses indiscutables bonnes intentions au nom d’une humanité qui n’est plus la douceur mais une abstraction vengeresse, une farouche volonté de contrôle et d’uniformisation, moins imputable à tel ou tel système qu’à l’esprit du temps lui-même qui est au ressentiment, à la conjuration puritaine contre toute forme de sérénité ardente et de profonde intelligence du cœur&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;L’envie est un vice qui ne connaît que des peines&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;La cruauté moderne est de nous arracher exactement le «&amp;nbsp;bonheur&amp;nbsp;» qu’elle nous promet&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Chercher comment&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&amp;nbsp;» L’injonction joubertienne a ceci d’imparable et de nécessaire que faute de comprendre le processus qui nous asservit nous ne pouvons-nous en libérer. L’œuvre de Joubert est une invitation à perfectionner l’art de poser des questions imprévues au programme des idéologies, par exemple&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;La démocratie et l’esclavage inséparables&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». D’aucuns se contenteront de reléguer l’aperçu au rang des paradoxes ou des mauvaises pensées. Mais aussitôt consentons-nous à y chercher une question, c’est une grande partie de notre passé qui s’en trouvé éclairé, autrement dit ces «&amp;nbsp;totalitarismes&amp;nbsp;» toujours fondés sur la décapitation des autorités légitimes, voués à la surveillance généralisée, la haine du secret, la «&amp;nbsp;fusion&amp;nbsp;» sociale obligatoire, qui éteignent peu à peu tous les feux de l’âme et de l’esprit.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot; style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dans le règne des esclaves sans maîtres, qui s’accommode fort bien, au demeurant, de vertigineuses disparités de fortune, l’esclavage est universel. C’est un «&amp;nbsp;meilleur des mondes&amp;nbsp;» où, tout simplement, la liberté n’a plus cours et où toute pensée n’est jamais, comme le remarquait Ernst Jünger, que réponse à un questionnaire préétabli. Or lire Joseph Joubert, c’est s’initier, pas à pas, à trouver ses propres questions, à varier leurs angles, leurs aspects, à exercer librement son attention et la rendre digne de la solennité légère du langage et du monde, digne d’être à la ressemblance des hirondelles de mars qui passent dans un cri.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Nulle trace, chez Joseph Joubert, de cette&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;hubris&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;(de laquelle, à des degrés divers tous les modernes sont atteints, y compris les modernes «&amp;nbsp;antimodernes&amp;nbsp;») mais approche déférente de ce qui est et de ce qui passe, l’éphémère et l’éternel n’apparaissant pas comme des catégories radicalement séparées. Joubert écrit exactement ce qui lui passe par la tête. Il écrit non pas ce qu’il pense devoir écrire, ou ce qu’il faudrait écrire, moins encore ce qu’il conviendrait d’écrire mais ce qui lui apparaît, ce qui surgit, ce qui vole&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Evocations d’idées. Evoquer ses idées. Attendre que les idées apparaissent&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Joseph Joubert nous révèle que le centre de gravitation de sa pensée n’est pas le moi, ni le nous, mais, comme en dehors de l’individuel ou du collectif, un consentement à la vérité de l’être&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Car l’erreur est ce qui n’est pas&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». La vérité, si elle vaut comme réalité métaphysique et universelle, ne saurait être circonscrite par l’entendement humain. Joseph Joubert distingue «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;les pensées qui naissent de l’entendement&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;» et «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;les pensées qui y viennent et s’y forment seulement&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». Distinction capitale qui ouvre la perspective à l’intuition d’un suprasensible concret, à des idées dont l’entendement humain serait l’instrument de perception. «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Ainsi l’esprit est presque à l’âme ce que la matière est à l’esprit&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». Entre le sensible et l’intelligible, en bon platonicien, Joseph Joubert perçoit les états intermédiaires, comme entre la lumière et les couleurs&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp; Imagination, cet œil. Objets qui se peignent dans sa prunelle&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;».&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Ce sentiment de liberté qui nous gagne à la lecture de Joseph Joubert tient non seulement aux latitudes heureuses laissées à l’intuition mais encore à ce dégagement du moi, de la subjectivité, de la psychologie qui ne conçoivent les formes, les idées, les imaginations qu’issues du moi, le sien propre ou le moi d’autrui, sans jamais entrevoir, ne fût-ce qu’à titre d’hypothèse, qu’elles soient telles des lumières extérieures en provenance du monde, y compris du monde de l’âme ou du monde de l’esprit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Et comme la poésie est quelquefois plus philosophique même que la philosophie, la métaphysique est, par sa nature, plus poétique même que la poésie&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Mieux qu’un traité systématique, didactique, fermé sur lui-même, singeant la perfection ou la totalité ( et l’on sait à quelles abominations conduisent ces singeries lorsqu’elles ajoutent une «&amp;nbsp;praxis&amp;nbsp;» à leur «&amp;nbsp;théorie&amp;nbsp;»), l’œuvre en sporades, en fulgurances, en étincellements de Joseph Joubert nous reporte au centre qui, «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;partout et nulle part&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;» selon le mot de Pascal, se trouve toujours et en toute plénitude dans l’instant pour peu qu’à l’auteur fût dévoué le génie de s’en saisir&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Poésie. Ce qui la fait. Claires pensées, paroles d’air, et lumineuses.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Ce centre est non dans la subjectivité, où la critique subalterne, appareillée de «&amp;nbsp;sciences&amp;nbsp;humaines&amp;nbsp;», cherche des preuves explicatives mais dans la hauteur et la profondeur dont l’entendement humain reçoit les figures et les symboles, autrement dit «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;la lumière par élancements&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». Cette luminologie poétique ouvre à une métaphysique du resplendissement et du miroitement&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Dieu, seul miroir où l’on puisse se connaître. Dans tous les autres on ne fait que se voir&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». De reflets en reflets, nous comprenons qu’il faut «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;penser au-delà de ce que nous disons&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;» et «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;voir au-delà de ce que nous pensons&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». La poésie est mouvement vers la lumière, vers l’Intelligence, au sens platonicien&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Dans le ciel personne ne sera poète car nous ne pourrons rien imaginer au-delà de ce que nous voyons. Nous ne serons qu’intelligents&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Platonicien, Joseph Joubert l’est par expérience de la pensée comme le furent, avant lui, Marsile Ficin ou Pic de la Mirandole. Ce ne sont pas les catégories qui requièrent son intelligence mais les passages, les gradations, les notes et les couleurs, les nuances et les nuées, le chatoiement, le frémissement des feuillages, l’âme qui «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;se parle en paraboles&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;» dans la rapidité des choses entrevues&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Pour entendre Platon, et le supporter, il faudrait que les mots avec lesquels on les traduit eussent pour nous le sens équivoque qu’avaient les siens propres pour les lecteurs et les auditeurs de son temps&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;». Les mots pour Joseph Joubert n’ont pas d’identité fixe, ils oscillent dans la balance des analogies, selon les poids et les mesures de la phrase, selon un ordre qui dépasse l’entendement de celui qui le perçoit&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Il faut que les mots naissent des pensées et que les phrases naissent des mots.&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;» C’est aimée des Muses, musicienne, que la pensée se laisse ressaisir par la métaphysique et non par le jargon qui fixe arbitrairement le sens, perversion commune aux idéologues et aux spécialistes. La clarté et la légèreté ne sont pas hostiles à la profondeur et au mystère, bien au contraire, ils en exaltent les vertus, les sauvent de l’informe et du difforme et redonnent à nos trouvailles l’enfantine vérité des commencements&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Il faut adorer et prier selon les coutumes de son enfance. Dieu le veut, et aussi la nécessité&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Joseph Joubert n’a nul besoin d’être antimoderne pour ne pas être moderne, et, plus encore, pour être déjà au-delà de la modernité, pour faire du monde moderne une chose obsolète, déjà dissipée et dont on peine à se souvenir. Sa pensée ne lutte plus avec ce qui nous entrave encore, elle s’en dégage, et comme dit Rimbaud, «&amp;nbsp;vole selon&amp;nbsp;», non sans donner, en une phrase, le portrait parfait et suffisant du siècle révolu où nous sommes nés, qu’il ne pouvait que deviner&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Un cerveau sombre, un esprit lourd, une imagination glacée et une raison échauffée…&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le commentaire universitaire, qui ressasse Platon depuis quelques décennies, en croyant par surcroît le réfuter ou le «&amp;nbsp;renverser&amp;nbsp;», témoigne à sa façon de cette «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;imagination glacée&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;» qui fige en simplifiant et ne&amp;nbsp;renverse qu’une préalable caricature. Or, écrit Joseph Joubert, «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Le même trait qui est agréable lorsqu’il est fugitif devient hideux s’il reste fixe&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;». Peut-être conviendrait-il alors de se souvenir que les dialogues platoniciens, ces&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;jardins tournoyants&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;», donnent une pensée en conversation et en promenade, et non un système dualiste qui opposerait le sensible et l’intelligible. L’objection ordinaire faite à Platon et aux néoplatoniciens tombe ainsi d’elle-même. Le système que l’on croit réfuter n’est que l’invention du contempteur ou du réfutateur&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Il est des objections qui annoncent moins le défaut d’une exposition que les défauts de celui qui écoute. Elles ne viennent pas de l’obscurité de la matière mais de l’obscurité de l’esprit qui la considère, ou de sa lenteur, de sa précipitation ou de son inattention&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Pour Joseph Joubert, le sensible et l’intelligible ne s’opposent pas mais se distinguent comme la lumière se distingue des couleurs&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;La lumière entre dans les couleurs, qui néanmoins ne deviennent visibles que lorsqu’elles sont fixées, agglomérées par une matière propre à fournir cet effet&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;». D’où la préférence joubertienne pour l’élancement de la lumière, qui précède la fixation de la couleur, pour l’âme, qui est pur mouvement, pour l’intelligence d’où naissent les mots et la musique des phrases. Ce serait pure outrecuidance que de vouloir fixer l’éternité dont le temps est précisément, selon la formule de Platon «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;l’image mobile&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;La Tradition n’est pas immobilité mais traduction, interprétation infinie, scintillante rivière, elle ne peut être servie par des «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;cerveaux sombres&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;» et des «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;esprits lourds&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;». Elle vient à nous par enchantement, par ce qui nous chante, par le&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;suspens&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;, dans l’apesanteur, qui est pure attente, claire attention&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Suspendue. Cette idée entre essentiellement dans toute idée d’enchantement. L’éclat y entre aussi. Et la légèreté, et le peu de durée. Ravissement est la suspension de l’âme&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». La durée et la volonté sont des impiétés&amp;nbsp;; elles se substituent à l’éternité qui nous apparaît par éclats et à l’âme qui se meut par elle-même. L’âme est involontaire. Il en va de même dans l’art&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Il ne faut qu’un sujet à un ouvrage ordinaire. Mais pour un bel ouvrage,&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&amp;nbsp;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;il&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&amp;nbsp;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;faut un germe qui se développe de lui-même dans l’esprit comme une plante&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Si donc pour atteindre aux idées, la pensée doit se retirer dans l’intelligible, ce retrait n’est nécessaire que pour y emporter avec soi, en les transfigurant, les images sensibles, d’autant que «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;toute grande attention est toujours double et quand on regarde devant soi, on regarde au dedans de soi&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». Remonter de la couleur vers la lumière, ce ne sera pas nier les couleurs et moins encore les dévaloriser de façon puritaine mais œuvrer ( «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;comme les secousses d’une lumière qui cherche à se dégager&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;») à la recouvrance du principe&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Expliquer les reflets, et à quel point les rayons du soleil les augmentent&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;». Point de séparation entre le sensible et l’intelligible, mais des gradations&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Il faut une échelle à l’esprit. Une échelle et des échelons&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;La vérité n’est jamais acquise, ni détenue, mais approchée. Ce qui interdira donc de la planifier ou de l’administrer de façon indue. L’approche laisse un vague, mais ce vague n’est pas un vice mais une probité&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Il y a des figurations vagues qui doivent demeurer telles. La précision y nuirait à la vérité, et, pour ainsi dire, à la justice&amp;nbsp;».&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;Le jargon, qui échauffe la raison (au point de la rendre meurtrière) est une outrance de la précision, de même que les écrits excessivement subdivisés sont des logiques outrées. La pensée juste est plus exigeante&amp;nbsp;: elle désire&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;rendre justice&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;à ce qui lui parvient&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;L’essentiel n’est pas qu’il y ait beaucoup de vérités dans un ouvrage mais qu’aucune vérité n’y soit blessée&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&amp;nbsp;» Nous n’avons de part à ces vérités que par reflet, de façon seconde, par notre disposition à les recevoir&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Nos meilleurs jugements sont ceux qui se forment en nous malgré nous et sans que par nos soins, nous y ayons part pour ainsi dire.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;D’où la nécessité du silence et du retrait qui honorent la parole et la communion&amp;nbsp;:&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp; C’est ici le désert. Dans ce silence tout me parle&amp;nbsp;: et dans votre bruit tout se tait&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;» Excellent alexipharmaque contre les poisons léthéens de notre temps, art de recouvrance du beau silence profané par nos temps vacarmeux, et qui font du vacarme une arme de destruction massive contre toute forme de méditation, l’œuvre de Joseph Joubert éveille en nous apprenant, par touches successives, à empreindre nos gestes et nos pensées de la beauté donnée. Il s’en faut d’infiniment peu que le monde ne soit paradisiaque, mais ce peu obnubile, tonitrue, s’impose. Sans cesse, pour ne pas en être possédé, il faut apprendre et réapprendre à se délier, reprendre souffle. Il n’est pas une occurrence du monde qui ne soit atteinte, marquée par le déni, par l’usure ou par cette formidable volonté de contrôle, guidée par la peur, qui semble être le mouvement majeur de notre temps, sa «&amp;nbsp;vocation&amp;nbsp;» oserait-on dire si l’on ne craignait de profaner le mot. D’où encore la justesse de l’œuvre de Joseph Joubert dans sa forme même, insaisissable, diverse et mouvementée, sa parfaite actualité faisant de la pensée des actes, des sollicitations agissantes à l’intelligence du lecteur, aux antipodes de toute propagande. Point de train en marche qu’il faudrait prendre, point de locomotives, point de rails, mais bien plutôt une façon de descendre du train, d’aller dans le paysage, dans «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;le silence des champs&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;», de retrouver le monde de la pensée accordé au monde (c’est-à-dire en constellation et non plus en ligne droite), un monde délivré de cette compulsion à démontrer à tout prix, de cette&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;hybris&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;discuteuse, de cet assommoir argumentatif qui nous interdit de le voir&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;comme il est&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;!&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot; style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Si donc de tous nos grands classiques, Joseph Joubert est l’un des moins fréquentés, sans doute est-ce qu’il ne trouve aucune prise à notre manie du résumé et à l’utilisation que nous en voudrions faire&amp;nbsp;: il nous laisse émerveillés et désemparés aux rayonnements du jour et aux hirondelles de mars. Lorsqu’un penchant funeste nous porte à considérer toute pensée serve de l’idéologie, de la stratégie, voire de la cupidité ou du pouvoir, Joseph Joubert la reporte, si l’on peut dire, sur sa naturelle portée musicale d’où elle nous dit ce qui lui chante, infiniment humble et souveraine, puissante et fragile.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Si presque toutes les apparences du monde sont désormais profanées par le ricanement, la dérision, la «&amp;nbsp;joie d’abaisser&amp;nbsp;» comme disait Nietzsche, qu’en est-il de nos pensées, - et de celles, surtout, qui «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;se forment dans notre entendement&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;», qui nous viennent d’ailleurs ou d’autre part&amp;nbsp;? Savons-nous encore les accueillir&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;L’œil de l’imagination&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;» n’est-il pas aveuglé&amp;nbsp;? «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Esprit humain. J’en cherche la nature&amp;nbsp;; d’autres en apprendront l’usage&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». Aveu capital, immense dessein&amp;nbsp;! Ce n’est pas à l’usage de l’esprit humain que s’attache l’attention de Joseph Joubert mais bien à sa nature, à ce qu’il est, à la source même de nos paroles et de nos pensées, avant leur profanation utilitaire, avant leur réduction au plus petit dénominateur commun.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;a name=&quot;Bookmark&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;L’œuvre est celle du retour de l’âme («&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;L’Ame. Elle peut soulever le corps&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;») qui ré-enchante la pensée dans sa nature tout en nous désabusant de ses usages. Cependant la lucidité de Joseph Joubert n’est nullement désespérée car la nature de la pensée, à sa source, demeure impolluée de ses usages. Toujours vient le moment&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Dieu reprend alors le gouvernement de ce monde perdu&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;». Dieu, principe lumineux, antérieur, en amont, au matin, son heure est de toutes les heures, étymologiquement, de toutes les prières. Son éloignement est à la mesure de nos mauvais usages. Mais le Ciel est invariable&amp;nbsp;: «&amp;nbsp;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;Ciel, - le raisonnement en est banni, mais non l’éloquence ou la poésie. Au contraire, c’est là leur véritable séjour. Toutes les pensées y ont une éclatante beauté, parce qu’elles ont toutes pour objet les essences mêmes qui sont représentées dans tous les esprits avec une exactitude et une clarté parfaite.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot; style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Luc-Olivier d’Algange&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot; style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Extrait de &lt;strong&gt;Les Droits de l'Ame&lt;/strong&gt;, éditions de L'Harmattan, collection Théôria, 2023.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; lang=&quot;fr-FR&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Les grandes âmes sont odysséennes:</title>
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      <updated>2026-04-02T15:53:28+02:00</updated>
      <published>2026-04-02T15:52:00+02:00</published>
                      <summary> &amp;nbsp;         Les grandes âmes sont odysséennes      &amp;nbsp;  &amp;nbsp;...</summary>
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          &lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6672205&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/02/01/4268136623.jpg&quot; alt=&quot;4079715938.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: xx-large;&quot;&gt;&lt;em&gt;Les grandes âmes sont odysséennes&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Les grandes âmes sont odysséennes. Qu'est-ce que la grandeur ? Par quelle aspiration prouvons nous le sens de la grandeur ? Le poème épique, celui d'Homère en particulier, répond à cette question: &lt;em&gt;par le voyage,&lt;/em&gt; lorsque ce voyage est au sens exact initiatique. Le héros « ondoyant et divers » navigue, car &quot;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt;&quot;&gt;naviguer est nécessaire et qu'il n'est point nécessaire de vivre&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;em&gt;&quot;&lt;/em&gt;. Toute la différence entre la vie magnifique et la survie est dite en ces quelques mots.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Il ne s'agit point tant d'atteindre à la grandeur que d'être digne de la grandeur qui nous environne. L'homme moderne aspire à des réalisations colossales, comme le sont également sa bêtise et son outrecuidance. Les temples de Delphes et d'Epidaure, l'architecture romane, leur fille conquérante de l'Invisible, témoignent d'un autre sens de la grandeur. C'est une grandeur méditée et contemplée, une grandeur intérieurement reconstruite par une exacte Sapience des rapports et des proportions. Nous devons à Walter Otto et à Ernst Jünger&amp;nbsp; la distinction entre le monde dominé par les titans et le monde ordonné par les dieux. Avant d'être « moderne » et quoique l'on puisse entendre sous ce terme, notre monde est bien un monde titanesque, un monde de fausse grandeur et de colossales erreurs. Le monde des dieux, lui, s'est réfugié dans nos cœurs et il devenu une vérité intérieure, c'est-à-dire qu'il se confond avec la lumière émanée du Logos. Si rien ne peut être ajouté, ni ôté, rien n'est perdu. La véritable grandeur n'est pas absente, elle est oubliée dans l'accablement et l'ennui des travaux titaniques. S'en souvenir, par bonheur, n'exige pas que nous nous rendions immédiatement victorieux de ces artificieuses grandeurs; il nous suffit d'accueillir les battements d’ailes légers de l’&lt;em&gt;anamnésis&lt;/em&gt;. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt; Le subtil essor du ressouvenir triomphe de tout. La recouvrance de la grandeur est offerte à quiconque ne se résigne point, mais persiste, à la pointe extrême de son entendement, comme une étrave, à l'affrontement de l'inconnu maritime. Les grandes âmes sont odysséennes. Elles viennent comme des vagues vers nous dans les heures sombres et dans les heures claires. Elles laissent aux heures claires une chance d'être et une raison d'être dans le ressac tumultueux des heures sombres.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt; Il existe une habitude du malheur à laquelle les âmes odysséennes seront toujours rétives. Elles engagent le combat, ne craignent point les issues incertaines et osent le voyage. Elles vont jusqu'à défier les lois de l'identité et de la contradiction pour choisir de périlleuses métamorphoses. Lorsque les ciels sont à l'orage, que la mer violette accroît l'émerveillement et l'effroi du pressentiment, l'âme odysséenne se retrouve être, soudain apaisée, dans l'heure la plus claire, dans le scintillement de la vague ascendante qui triomphe des nuits et des abysses qui la portent. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt; Le sens épique des grandes âmes, nous le savons, ne refuse point le malheur. Il existe chez les âmes aventureuses un consentement à la fortune bonne ou mauvaise qui ne laisse pas de surprendre les générations étiolées. Mais cette acceptation du malheur n'est jamais que l'assombrissement momentané du regard après l'éblouissement, «&amp;nbsp;soleil noir de la mélancolie&amp;nbsp;» que dit Gérard de Nerval. A celui qui consent à se laisser peupler par les images odysséennes, à se laisser entraîner par elles, c'est une grande Idée du bonheur qui le subjugue. Un vaste songe heureux entoure de ses espaces limpides et sonores le vaisseau qui file à l'allure que lui prédestinent les voiles et le vent: c'est le sens de notre destinée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt; Certes, la destinée est écrite et souvent des forces néfastes se conjuguent à nous soumettre à des rhétoriques malfaisantes ourdies par des forces jalouses, comment le nier ? Certes, les heures sombres avancent vers nous en cohortes plus serrées que les heures claires, mais le regard de l'Aède transperce les nuées et voit, là où le commun ne voit que du vide, les escadres claires des heures promises, des prières exaucées !&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt; Le paradoxe admirable de l'Epopée est de nous enseigner en même temps l'abandon et le courage, alors que le monde moderne nous enseigne la récrimination et la faiblesse. Toute grande âme est odysséenne, elle s'abandonne à la beauté et la grandeur du monde et, dans cet abandon aux puissances augustes, trouve le courage d'être et de combattre. La vie magnifique est possible car il n'est pas nécessaire de vivre, s'il est nécessaire de naviguer. Croire en une plus vaste possibilité, vouloir s'en rapprocher comme d'un Graal ou d'une Toison d'Or, telle est la foi du héros qui trouve dans la divination des claires escadres la justification de ses actes et de son chant. Le malheur gronde, l'eau et le ciel sont noirs, mais elles viendront bien à sa rescousse. Escadres claires et logiques, ordonnées et ordonnatrices, accordées à la divine Mesure.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt; Sans doute sommes-nous fort mal placés en nos temps rationalistes et déraisonnables pour comprendre la méfiance grecque à l'égard de l'&lt;em&gt;hybris&lt;/em&gt;, de la démesure. Nous sommes si aveuglément dévoués à la démesure que nous n'en concevons plus même le contraire. Notre démesure est devenue si banale que toute mesure nous paraît extravagante ou coupable. Comment, alors servir la Mesure, par quels noms l'évoquer et l'invoquer sans la trahir ? Par le seul nom de Légèreté ! Les claires escadres de la raison d'être de nos actes et de nos chants sont légères; c'est à peine si elles touchent les vagues amies. Entre l'horizon et le plus fort de notre combat, elles franchissent la distance en se jouant. Non seulement la Mesure est légère, elle ne se pose ni ne s'impose, sinon prosodique; elle est fondatrice de la légèreté en ce monde. Les Anciens croyaient en la terre dansante et en la terre céleste. La Mesure nous sauve de la lourdeur et de l'inertie. Bien qu'elle soit plus que la vie, ayant partie liée aux Immortels, elle nous sauve de la mort. Lorsque la Mesure est ignorée les titans outrecuident, et les hommes se livrent sans vergogne à l'infantilisme et à la bestialité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt; Les héros, les chevaliers, les navigateurs nous entraînent dans la vérité de la métaphore. Ils nous apprennent à interroger les signes et les intersignes, à trouver la juste orientation dans la confusion des apparences, ou, plus précisément, dans cette apparence de confusion à laquelle nous inclinent la faiblesse et le fanatisme. La puissance métaphorique et réelle qui porte le navigateur sur la «&amp;nbsp;mer toujours recommencée&amp;nbsp;» dont parle Valéry n'est pas l'hybris mais la Tradition. Elle est cette puissance heureuse qui nous porte au-delà de la mensongère évidence des êtres et des choses, par-delà les identités statiques, les individualités possessives, les subjectivités idolâtrées dans la mauvaise conscience de leur déroute.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt; La métaphore est maritime; elle ne s'ajoute point à la réalité, elle est la réalité délivrée de nos représentations schématiques, de ces facilités de langage, de ces jargons qui feignent la raison, sans raison d'être. Croire détenir la raison, cette &lt;em&gt;hybris&lt;/em&gt; du rationaliste, n'est-ce point être possédé par la déraison ? Favoriser dans le déroulement prosodique la levée des grandes images odysséennes, ce n'est pas fourbir des armes contre la raison mais restituer la raison au Logos, œuvrer exactement à la recouvrance de la raison. Lorsque les métaphores ne dansent plus à la crête des vagues, les mots deviennent des mots d'ordre; et les mots et l'ordre sont perdus pour les desseins divins. La pensée, alors, s'emprisonne en terminologies. La suspicion et la mesquinerie se substituent à cet usage magnanime et chanceux du langage qui est le propre des poètes. &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Les grandes âmes sont odysséennes, et le signe de leur grandeur est d'unir la poésie et la raison, non certes pour nous réduire au compromis détestable d'une poésie raisonnable mais par un heurt étincelant où l'apparence de la poésie comme l'apparence de la raison volent en éclats. De l'autre côté de ces apparences se trouvent non les certitudes d'usage, mais la mystérieuse et ardente &lt;em&gt;gnosis&lt;/em&gt; rimbaldienne de l'éternité qui est «&amp;nbsp;la mer allée avec le soleil&amp;nbsp;», l'épiphanie éminente de la splendeur. Sous l'invaincu soleil, la métaphore maritime est la messagère des grandes âmes.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;voir aussi, à propos de la pensée grecque, &lt;em&gt;&lt;strong&gt;L'Ame secrète de l'Europe&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;, éditions de l'Harmattan, collection Théôria.&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Notes sur René Guénon:</title>
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      <updated>2026-03-30T15:10:38+02:00</updated>
      <published>2026-03-30T15:09:00+02:00</published>
                      <summary> &amp;nbsp;     &amp;nbsp;    Notes sur René Guénon    &amp;nbsp;  &amp;nbsp;...</summary>
      <content type="html" xml:base="http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/">
          &lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;img src=&quot;https://scontent-mrs2-3.xx.fbcdn.net/v/t39.30808-6/657250803_2585867421870134_516128600527767440_n.jpg?stp=dst-jpg_s720x720_tt6&amp;amp;_nc_cat=111&amp;amp;ccb=1-7&amp;amp;_nc_sid=13d280&amp;amp;_nc_ohc=-E-4bvw94wAQ7kNvwHPwflZ&amp;amp;_nc_oc=AdoBKWK-hAi33qS806Gp2-r4D4LbAvsc_ayVYOgygN1bsLU9azw8w4Vxi-gINp_29s9aVu2GBgHkKk-uwMEuENTV&amp;amp;_nc_zt=23&amp;amp;_nc_ht=scontent-mrs2-3.xx&amp;amp;_nc_gid=Y-5ZennvXBUAB9ETF5LLYA&amp;amp;_nc_ss=7a3a8&amp;amp;oh=00_Afy3DxWnrro4qf2VHpjnl4E40cKNoSGjJaZpUwJ8hro_2w&amp;amp;oe=69D03DDC&quot; alt=&quot;Peut être une image de texte qui dit ’RENÉ GUÉNON LA CRISE DU MODERNE suivi de «Il semble [...] Aиe nous LE RÈGNE DE soyons entrés [...] dans un état de dissolution dont il LA n'est plus possible sortir ฺ ue par un cataclysme, car ce 'est plus un simple ET LES SIGNES redressement qu est alors nécessaire, mais une rénovation totale. DES TEMPS (René Guénon.) essais AM Préface de RÉMI SOULIÉ Lif’&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: xx-large;&quot;&gt;Notes sur René Guénon&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Alors que nombre d'essais publiés dans les premières décennies du siècle paraissent désormais obsolètes ou excessivement entravés par les circonstances qui les virent naître, la pertinence de l'œuvre de René Guénon s'accroît presque de jour en jour. La possible réduction de l'être humain en objet de série, suite logique du «&amp;nbsp;clonage mental&amp;nbsp;» favorisé par la «&amp;nbsp;communication de masse&amp;nbsp;» corrobore, au-delà de toutes les craintes, la justesse de l'analyse du&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; Règne de la Quantité et des Signes des Temps&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. La soumission de plus en plus affirmée des religions à ce que Jean Tourniac nommait «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;l'exotérisme dominateur&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;», à l'idolâtrie de la lettre morte, confirme ce processus de matérialisation et la haute pertinence de la distinction nécessaire que René Guénon établit entre les domaines initiatiques et religieux. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Dans l'ordre du politique, enfin, seuls les esprits les plus aveuglés peuvent encore méconnaître que la disparition de tout pôle d'Autorité spirituelle est la cause directe de l'abus de pouvoir, de l'&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;hybris&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; vertigineux du pouvoir de l'homme sur l'homme se traduisant, entre autres, par des massacres d'une ampleur et d'une horreur sans équivalent dans l'histoire de l'humanité. Le despotisme moderne cautionne sans sourciller des horreurs qui eussent fait reculer d'épouvante l'empereur romain le plus fou, non sans conférer à son règne les allures dérisoires de l'opérette. La coexistence des camps de concentration, de la famine organisée et des «&amp;nbsp;parcs d'attractions&amp;nbsp;» témoigne de la nature fondamentalement bestiale et infantile de la «&amp;nbsp;modernité&amp;nbsp;». Ce monde moderne accorde si bien en une même volonté le sentimentalisme et l'inhumanité que l'homme moderne qui fut épargné, ou qui s'imagine avoir été épargné (rendu à l'incapacité de mesurer sa propre déchéance) ne cesse de se redire à lui-même qu'il vit bien «&amp;nbsp;dans le meilleur des mondes possibles&amp;nbsp;». &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Sans voir que le mouvement même qui l'exile de toute fidélité et de toute centralité intérieure l'arrache, en même temps, de la terre, que le sensible lui est ôté en même temps que l'intelligible et l'appartenance au particulier en même temps que la possibilité de l'Universel, il s'acharne à l'apologie de son temps par une accumulation de mensonges, d'aveuglements et de faux-semblants qui obscurcissent son entendement jusqu'à la stupeur. Esclave entre les esclaves, unité interchangeable sans être, ni devenir, exilé de l'Exil lui-même, oublieux de l'Oubli, rejeté dans ces zones extérieures de l'être où toute parole est frappée d'inanité, le moderne croit encore être un «&amp;nbsp;individu&amp;nbsp;» libéré des exigences de la Tradition et des traditions, voire un «&amp;nbsp;humaniste&amp;nbsp;», alors que son consentement aux déterminismes inventés par le matérialisme mécaniste du dix-huitième siècle l'a soumis à n'être qu'une catégorie zoologique, une espèce parmi les espèces et non plus un Unique à l'image de Dieu.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Ce que le moderne nomme liberté est d'abord la liberté de ne pas penser, d'abandonner toute vie intérieure à l'utilitarisme dérisoire de la marchandise. Ses villes désorientées, titanesques et tentaculaires le convainquent sans peine qu'il n'est &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;rien&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; alors que l'idéologie dominante lui ressasse qu'il est &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;tout&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, ruinant ainsi symétriquement tout esprit de fraternité et de compassion. Entre le tout et le rien, l'infantilisme, qui récuse tout héritage, toute déférence à l'égard des morts, - et la bestialité qui veut, selon la formule de Maurice Blanchot «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;réduire à la toute-puissance de la mort ce qui ne se mesure point en terme de pouvoir&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;», le moderne veut s'éprouver supérieur aux hommes de la Tradition, à ceux qu'il nomme «&amp;nbsp;archaïques&amp;nbsp;», aux fidèles, aux porteurs d'une morale héroïque et sacerdotale. Mais cette supériorité étant, à ses propre yeux, des plus douteuses, il ne peut s'en convaincre sans exterminer ceux qui lui demeurent étrangers, peuples fidèles.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Pour ceux-là qui ne se sont point interdit de discerner ce que le monde moderne exige de nous, à savoir la réduction de notre entendement à un seul état d'être résolument périphérique, l'œuvre de René Guénon est à la fois un vade-mecum et une arme, et c'est à ce titre qu'elle fait désormais l'objet d'attaques de plus en plus nombreuses et diverses. Outre les irresponsables folliculaires qui s'évertuent à taxer «&amp;nbsp;d'extrême-droite&amp;nbsp;» toute œuvre hostile au totalitarisme moderne, par un simple renversement de la vérité, coutumier des pratiques journalistiques, il se trouve encore, dans certains milieux «&amp;nbsp;chrétiens&amp;nbsp;», des esprits vétilleux qui, pour surseoir à la confrontation avec la doctrine transmise par René Guénon, s'en prennent à la personne de l'auteur, ce qui équivaut à contester la justesse d'une formule mathématique en s'en prenant au mathématicien lui-même. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; René Guénon, que je sache, n'a jamais interdit, ni même déconseillé à quiconque d'être chrétien, pas plus qu'il n'a proscrit la possibilité de ne l'être pas, tout en demeurant fidèle à la Tradition. Tout au plus s'agit-il de savoir si dans tel ou tel contexte religieux celui qui prie et adore adresse sa prière et son adoration à Dieu ou bien à la représentation que ses coreligionnaires se font de Dieu. Est-ce la religion qui doit être vénérée, dans sa réalité historique et humaine, ou bien la &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;réalité supra-historique dont elle témoigne&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; ? Est-ce la communauté humaine qui détermine le sens des sacrements et des liturgies ou bien le sens des sacrements et des liturgies qui doit influer sur les hommes ? Dans n'importe quelle église du monde, en sa plus humble prière, l'homme est seul avec Dieu. Cette solitude essentielle oriente sa ferveur vers l'universel, quand bien même elle est rendue possible par la fidélité à telle ou telle forme particulière. Le principe de gradation s'avère ici d'une importance décisive, ainsi que celui de l'initiation.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;Lorsqu'on lui montre la lune, l'imbécile regarde le doigt&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; dit un proverbe chinois. L'exotérisme dominateur, non seulement fourvoie le regard, mais il interdit la juste orientation du regard. Il existe en toute religion une part immanente, sociale, historique, humaine qui se manifeste par le lien nécessaire des hommes entre eux; l'erreur moderne est de vénérer cette part, de l'absolutiser dans l'identification absurde du message et du médium. Le critique moderne croit que le sens d'une œuvre n'est qu'un «&amp;nbsp;épiphénomène du texte&amp;nbsp;»; le fondamentaliste, non moins moderne, veut croire que la formulation de la vérité vaut davantage que le vérité elle-même. Du Symbole qu'il représente et qu'il vénère, il détruit la puissance opératoire en refusant de joindre la part visible, historiquement inscrite, particulière, conditionnée, formelle, à la part invisible, universelle, centrale, inconditionnée et supra-formelle.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; L'œuvre de René Guénon nous enseigne à nous défier de l'idolâtrie du Symbole. Elle vient nous rappeler à propos que le Symbole n'est qu'un instrument et qu'il peut aussi bien nous aveugler que nous éclairer selon que nous en usons à bon escient, selon une métaphysique dont l'exactitude et la transmission régulière font l'objet dans &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;Aperçus sur l'initiation&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, de minutieux exposés, ou bien à mauvais escient,- c'est-à-dire en état de pure fascination. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Tout langage dispose du double pouvoir de &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;fascination&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; et de &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;communion&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. La fascination relève du pouvoir, et comme telle, elle s'exerce éperdument, et sur tous les fronts, dans le monde moderne. L'infantilisme et la bestialité du monde moderne possèdent en la fascination leur alliée la plus sûre. La propagande, la publicité, tout ce qui fait écran entre l'homme et les réalités sensibles et intelligibles travaille sans discontinuer pour le règne sans partage de la Quantité. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; L'immense &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;conjuration contre toute forme de vie intérieure&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; dont parlait Bernanos trouve en la fascination sa suppléante la plus diligente car elle réduit l'immense liberté humaine à la double servitude de l'hébétude et de l'activisme. La communion au contraire n'est possible que par l'Autorité, elle est la garante et la légitimité de l'Autorité; l'Autorité véritable est la clef de voûte de la communion. L'oratoire solitude de l'homme avec Dieu implique la communion avec ses semblables, morts ou vivants dans une synchronicité et, pourrait-on dire, une&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; ubiquité&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; dont témoignent les facultés surnaturelles de la sainteté et de la compassion, alors que la collectivité humaine, réduite à son immanence, exile l'individu dans une solitude narcissique dont il ne peut sortir, illusion funeste, que par sa fusion, son agrégation sub-humaine à un groupe, avec des semblables également décentrés, désorientés, également défaillants et cherchant dans le groupe humain une densité d'être qui leur fait défaut. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Cette accumulation de défaillances démultipliées donne la mesure des désastres et des déchéances modernes. Or, les désastres et les déchéances sont exponentiels; les normes profanes sont profanatrices, et loin d'indiquer seulement un état de soumission elles entraînent une accélération du déclin, de même que la chute d'un corps s'accélère par accumulation de la vitesse acquise en fin de course.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; L'idéologie du progrès, magistralement réfutée par René Guénon, n'a d'autre raison d'être que de conférer un semblant de raison à ce mouvement descendant dont ce serait une erreur grossière de croire qu'il épargne les formes. De même que l'oubli ou le refus du monde métaphysique finissent par nous priver de la compréhension et de l'appréhension du monde physique et nous précipiter dans ce &quot;monde virtuel&quot; qui est un simulacre, à la fois du monde physique et du monde métaphysique, de même, les formes religieuses, après leur solidification exotérique et fondamentaliste sont menacées de se dissoudre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Beaucoup feignent encore de voir dans la distinction guénonienne de l'ésotérisme et du religieux une opposition, voire un conflit dont l'un devrait sortir victorieux et l'autre vaincu. Or, un ésotérisme qui considérerait les religions constituées comme des adversaires ne saurait être qu'une écorce morte, une outrecuidance humaine parmi d'autres. Inversement, une religion considérant son propre ésotérisme comme néfaste ou périlleux en viendrait à nier le Principe de vérité lui-même, et son universalité métaphysique &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;dont ses formes sont l'empreinte&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, si bien qu'elle condamnerait ainsi ses formes à une érosion fatale, voire à une disparition pure et simple.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; L'universalité métaphysique, loin d'être l'ennemie des formes en constitue le centre et la légitimité.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; «&amp;nbsp;Toutes les voies, &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;écrit René Guénon,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; partant de points différents vont en se rapprochant de plus en plus mais demeurant toujours distinctes jusqu'à ce qu'elles aboutissent à ce centre unique, mais vues du centre même, elles ne sont plus en réalité qu'autant de rayons qui en émanent et par lesquels il est en relation avec les points multiples de la circonférence.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Le religieux n'a pas davantage à se considérer comme hostile ou contraire à la métaphysique que les rayons ou la circonférence n'en auraient à se considérer comme étrangers au centre dont ils émanent. Tout se joue dans la perspective; l'idolâtrie débute aussitôt que tel ou tel point particulier prétend à l'exclusivité. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Le centre auquel aboutit le voyageur spirituel est le même que celui dont émanent les formes diverses. Telle est la Jérusalem Céleste que le Chevalier de Dürer, qui doit demeurer hors d'atteinte de la Mort et du Diable, discerne dans les hauteurs et vers laquelle il oriente sa monture. Le Chevalier est guidé par un acte de foi, mais cette foi n'a d'autre couronnement que la connaissance. «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; Les deux sens, inverses l'un de l'autre suivant lesquels les mêmes voies peuvent être envisagées correspondent exactement, &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;écrit René Guénon,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; à ce que sont les points de vues respectifs de celui qui est en chemin vers le centre et celui qui y est parvenu, et dont les états précisément sont souvent décrits, dans le symbolisme traditionnel, comme ceux du voyageur et du sédentaire. Ce dernier est encore comparable à celui qui, se tenant au sommet d'une montagne, en voit également, et sans avoir à se déplacer, les différents versants, tandis que celui qui gravit cette même montagne n'en voit que la partie la plus proche de lui, et il est bien évident que la vue qu'en a le premier peut seule être dite synthétique.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; L'erreur funeste serait alors d'induire de l'unité transcendante des religions un syncrétisme qui, à la vertu éminente d'universalité, substituerait la &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;confusion des formes&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Ainsi, les mystiques obscurantistes du New-Age, avec leur cortège de sectes plus ou moins odieuses ou loufoques, appliquent à des domaines qu'elles ne peuvent ni ne veulent comprendre la logique aberrante d'une philologie qui, se fondant sur la possibilité de la traduction, principe de toute tradition, en conclurait, par une sophistique sommaire, à la nécessité d'imposer à tous un espéranto où s'éteignent précisément les vertus d'universalité contenue dans chaque langue.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Ecrivain français, je crois en la possibilité de traduire un poète allemand, anglais ou chinois (le poème, en chaque langue étant lui-même traduit d'un silence antérieur) précisément car je crois en le génie propre de chaque langue. Alors que la voie vers l'universalité traditionnelle va de la périphérie vers le cœur, le mondialisme moderne et profane se contente de parcourir la circonférence en l'ignorance des rayons et du centre où ils convergent. D'où l'importance de préserver l'intégrité des langues et des formes. Une langue française amoindrie, rendue dissonante par l'usage malencontreux de formes idiomatiques étrangères, appauvrie dans sa syntaxe et dans son vocabulaire, s'éloigne de l'universalité, tout comme une forme traditionnelle, dédaigneuse de la précision opératoire de sa liturgie, de ses rites et de ses symboles est condamnée à s'étioler. «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;Dans le cas d'une forme traditionnelle incomplète, &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;écrit René Guénon,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; on pourrait dire que la voie se trouve coupée en un certain point avant d'atteindre le centre, ou, plus exactement encore, qu'elle est impraticable en fait à partir de ce point qui marque le passage du domaine exotérique au domaine ésotérique.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Ce serait folie de croire que &amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;l'unité centrale et principielle&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; de la Tradition nous est acquise: nous cheminons infiniment vers elle. Cette unité ne saurait être une propriété, une revendication ni une condition car elle n'est autre que l'Inconditionné lui-même, que notre condition humaine nous laisse entrevoir et dont, parfois, elle nous divulgue des preuves par de précises correspondances. La Science Sacrée n'est pas davantage contenue dans la Théologie que la musique et la mathématique musicales ne sont entièrement contenues dans tel ou tel instrument de musique. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Des controverses récentes ou plus anciennes suggèrent que l'œuvre de René Guénon risque d'éloigner de la Foi. Pas plus que l'on ne dévalorise un instrument en rappelant la musique dont il peut se faire l'ambassadeur ou un chemin en indiquant qu'il conduit quelque part, la métaphysique ne conteste ni ne dévalorise la forme religieuse. La Science Sacrée appartient à un autre ordre que le religieux; elle ne saurait entrer en rivalité avec lui, de même que le point central n'entre pas en conflit avec les rayons qui s'y unissent. «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; En fait, &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;écrit René Guénon,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; les rites exotériques n'ont pas pour but comme les rites initiatiques, d'ouvrir à l'être certaines possibilités de connaissance, ce à quoi tous ne sauraient être aptes; et d'autre part, il est essentiel de remarquer que bien que nécessairement ils fassent appel à l'intervention d'un élément d'ordre supra-individuel, leur action n'est jamais destinée à dépasser le domaine de l'individualité. Ceci est très visible dans le cas des rites religieux, que nous pouvons prendre plus particulièrement pour terme de comparaison parce qu'ils sont les seuls rites exotériques que connaisse actuellement l'Occident: toute religion se propose uniquement d'assurer le &quot;salut&quot; de ses adhérents, ce qui est encore une finalité relevant encore de l'ordre individuel, et, par définition en quelque sorte, son point de vue ne s'étend pas au-delà; les mystiques eux-mêmes n'envisagent toujours que le &quot;salut&quot; et jamais la &quot;Délivrance&quot;, tandis que celle-ci est, au contraire, le but dernier et suprême de toute initiation.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Le Diable est celui qui divise, celui qui en suscitant et en flattant l'outrecuidance humaine accroît les prétextes de discorde, envenime les rivalités et déchaîne les pouvoirs de leur soumission à l'autorité. Non seulement la Vérité n'est ni mienne, ni nôtre, elle n'est ni dans la subjectivité ni dans l'agrégat des subjectivités, elle est dans l'interprétation infinie qui abandonne en chemin les écorces mortes, jusqu'aux retrouvailles avec l'ensoleillement intérieur du Soi. Tel est exactement le sens de la chevalerie spirituelle, dont le dessein fut admirablement chanté par Djalâl-od-Dîn Rûmî:&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp; Je ne suis ni chrétien, ni juif, ni guèbre, ni musulman&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; Je ne suis ni d'Orient, ni d'Occident, ni de la terre, ni de la mer&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; Je ne proviens pas de la nature, ni des cieux en leur révolution.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; Je ne suis pas de terre, ni d'eau, ni d'air, ni de feu;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; Je ne suis pas de l'empyrée, ni de la poussière; pas de l'existence ni de l'être...&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; Ma place est d'être sans place, ma trace est d'être sans trace;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; ce n'est ni le corps, ni l'âme, car j'appartiens à l'âme du Bien- Aimé.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; J'ai renoncé à la dualité, j'ai vu que les deux mondes sont un.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; Un seul je cherche, Un seul je sais, Un seul je vois, Un seul j'appelle...&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Luc-Olivier d’Algange&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
        <uri>http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/about.html</uri>
      </author>
      <title>Au ressouvenir d'Ernst Jünger:</title>
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      <updated>2026-03-29T19:21:28+02:00</updated>
      <published>2026-03-29T19:21:28+02:00</published>
                      <summary>    Ernst Jünger, déchiffreur et mémorialiste  &amp;nbsp;   L  'œuvre...</summary>
      <content type="html" xml:base="http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/">
          &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6671350&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/01/01/1821351438.jpg&quot; alt=&quot;1008287-Ernst_Jünger.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;h1 class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;Ernst Jünger, déchiffreur et mémorialiste&lt;/h1&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;L&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;'œuvre d'Ernst Jünger s'étend sur une période exceptionnellement longue. Entre les premiers écrits tels qu’&lt;em&gt;Orages d'Acier&lt;/em&gt;, ou&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le Cœur aventureux&lt;/em&gt;, «&amp;nbsp;version 1929&amp;nbsp;», jusqu'aux ultimes, ce sont plus de sept décennies d'écriture, de lectures, de voyages, de contemplations, de rêves qui s'offrent à notre regard panoramique. Par exception, la formule consacrée peut être utilisée à bon-escient: l'œuvre de Jünger «&amp;nbsp;domine le siècle&amp;nbsp;». Elle le domine non seulement par sa hauteur, et les critiques ne manquèrent point de lui reprocher d'être hautaine, elle le domine aussi, et le plus simplement du monde par sa durée et par la profondeur que l'expérience du temps suscite dans l'entendement de l'auteur. Ernst Jünger fut, comme presque tous les grands écrivains du siècle, hanté par la question du temps.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'expérience du temps retentit dans la profondeur du mythe. L'œuvre de Jünger poursuit, par ses propres voies, ce récitatif de l'expérience du temps. La réminiscence dans l’œuvre de Marcel Proust, la dilatation temporelle aux dimensions odysséennes d'une seule journée qu’opère James Joyce dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ulysses&lt;/em&gt;, ou encore la récapitulation du monde à la fois joyeuse et apocalyptique des&amp;nbsp;&lt;em&gt;Cantos&lt;/em&gt;&amp;nbsp;d’Ezra Pound ravivent dans la littérature moderne ce questionnement immémorial. Comme ceux-là, Jünger n'a cessé d'éprouver la nécessité d'aller&amp;nbsp;&lt;em&gt;au cœur de l'être et du temps&lt;/em&gt;&amp;nbsp;et de trouver son propre lieu et sa propre formule pour déchiffrer le monde. Plus que d'autres, Jünger s'est tourné vers le monde pour en déchiffrer les énigmes intérieures.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Si Jünger fut dandy, comme certains persistent à l'en accuser, il faut bien reconnaître que son œuvre est la moins narcissique qui soit. Chaque page de Jünger nous apporte, comme les poèmes de Cendrars, des «&amp;nbsp;nouvelles du monde&amp;nbsp;». Les paysages les plus grandioses et les aventures les plus extrêmes comme les détails les plus infimes et les circonstances en apparence les moins décisives sont portés à notre attention avec la même déférence, pour peu qu'ils soient les instruments d'une connaissance qualitative, sensible, propice aux aventures de la pensée.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Ruskin définit le véritable artiste à la fois comme «&amp;nbsp;déchiffreur, chanteur et mémorialiste&amp;nbsp;». Si la part à proprement parler «&amp;nbsp;lyrique&amp;nbsp;» de l'œuvre de Jünger est plus sous-jacente qu'apparente (mais le lyrisme alors n'en touche que les cordes plus profondes, comme dans les dernières pages de&amp;nbsp;&lt;em&gt;Visite à Godenholm&lt;/em&gt;,) l'appellation de «&amp;nbsp;déchiffreur&amp;nbsp;» non moins que celle de «&amp;nbsp;mémorialiste&amp;nbsp;» donne immédiatement l'idée la plus juste du propos et du style de ses livres, qui paraissent, par ailleurs, échapper à tous les genres ainsi qu'à toutes les certitudes thématiques ou idéologiques.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Etre à fois déchiffreur et mémorialiste, c'est comprendre que l'œuvre saisit dans les nuances du devenir l'éclat de l'être. Le mémorialiste suit le cours du temps, la nuance du jour, la beauté et la tristesse passagère des instants livrés à l'oubli. Le mémorialiste, servant humble et déférent de Mnémosyme, recueille cette «&amp;nbsp;matière première&amp;nbsp;», au sens alchimique, dont le déchiffreur lui, se saisira avec cet esprit d'aventure qui caractérise les métaphysiciens et les hommes de cœur. Le mémorialiste investit le devenir de la puissance d'être de la mémoire, de la transmission, alors que le déchiffreur redonnera à la chose transmise, recueillie, sa chance de refleurir en d'autres contrées, plus subtiles et plus lumineuses. En d'autres termes, on pourrait dire que le mémorialiste construit un édifice de pensées, de réflexions, de savoirs qui permettront au déchiffreur de préfigurer le temple intérieur de la connaissance, que nous nommerons la «&amp;nbsp;gnose poétique&amp;nbsp;» et dont nous approchons par une connaissance de plus en plus précise, et précise jusqu'à l'éblouissement, de l'interdépendance universelle.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;De livres en livres, Jünger poursuit cette œuvre de déchiffreur et de mémorialiste car loin de se soumettre à la lettre morte de ceux qui ne croient qu'au «&amp;nbsp;travail du texte&amp;nbsp;», sa pensée, toujours à la pointe de «&amp;nbsp;l'esprit qui vivifie&amp;nbsp;», cherche en toute chose, selon la formule de Nietzsche, «&amp;nbsp;l'éternelle vivacité&amp;nbsp;». A celui qui voudra rendre justice à la pensée, toujours en mouvement, mais toujours exactement orientée, d'Ernst Jünger, l'occasion se présentera souvent de citer en une même phrase des auteurs, des théories, des méthodes que notre esprit compartimenteur, hérité d'une méconnaissance et d'une idolâtrie de la philosophie cartésienne, répugne à associer. Ainsi le Nouveau Testament et les «&amp;nbsp;évangiles&amp;nbsp;» subversifs du Solitaire d'Engadine, ou encore les références aux mondes bibliques ou païens, les méthodes scientifiques et les songeries hermétiques, la poésie et la guerre, l'aventure et l'immobilité contemplative.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Les historiographes de l'œuvre jüngérienne insistent, par exemple, sur les ruptures ou les revirements d'ordre idéologique ou politique. Certes, le nationalisme exacerbé et martial du jeune collaborateur d'&lt;em&gt;Arminius&lt;/em&gt;&amp;nbsp;cédera la place au&amp;nbsp;&lt;em&gt;Contemplateur solitaire&lt;/em&gt;, l'apologiste du&amp;nbsp;&lt;em&gt;Travailleur&lt;/em&gt;, accomplissant sa «&amp;nbsp;Figure&amp;nbsp;» par la technique, deviendra le critique avisé du monde moderne et l'inventeur de l'&lt;em&gt;Anarque&lt;/em&gt;. Certes, l'intérêt pour les anciennes traditions païennes de l'Europe précède une méditation biblique. Mais aussitôt l'intelligence se dégage-t-elle de l'histoire proprement dite qu'elle voit dans ces diverses configurations se dessiner un paysage intérieur dont la cohérence et l'harmonie sont bien davantage la marque que le discord ou le chaos.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'œuvre de Jünger, disions-nous, est l'une des moins narcissiques du vingtième siècle. Rarement tournée vers le «&amp;nbsp;moi&amp;nbsp;», elle est une invitation à découvrir le monde, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;ce vaisseau cosmique&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;à bord duquel nous traversons le temps. L'aventure sociale ou psychologique tient une place infime dans cette œuvre qui est sans doute la première du vingtième siècle, au sens hiérarchique autant que chronologique, à s'être radicalement dégagée des méthodes et des théories du Naturalisme du dix-neuvième siècle, si abondamment relayé par la littérature des sciences humaines. Les groupes sociaux, la psychologie individuelle ou collective n'intéressent guère l'auteur des&amp;nbsp;&lt;em&gt;Falaises de Marbre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;ou d'&lt;em&gt;Eumeswil&lt;/em&gt;. Bien davantage son attention est-elle requise par les rêves lorsque les rêves révèlent la nature héraldique et sacrée du monde&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Maintes fois mis en accusation, Jünger n'a jamais cherché aucune caution de «&amp;nbsp;bonne moralité&amp;nbsp;» politique, son œuvre se situant résolument, dans sa part la plus importante, du côté de l'intemporel. On risque fort de ne rien comprendre à son Journal si l'on ne voit pas que le temps, son temps, est toujours considéré&amp;nbsp;&lt;em&gt;du point de vue de l'intemporel&lt;/em&gt;. L'observation exacte prend place dans une vue-du-monde qui dénie au hasard et à la nécessité l'empire que la pensée moderne leur accorde.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'existence des choses,&amp;nbsp;&lt;/em&gt;écrit Jünger&lt;em&gt;, est donc préfigurée comme dans un sceau dont la figure imprimée dans la cire apparaît plus ou moins distinctement.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;Il ne semble pas que, sur ce point, la pensée de Jünger ait varié. On songe irrésistiblement au début fameux des&amp;nbsp;&lt;em&gt;Disciples à Saïs&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de Novalis: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les hommes marchent par des chemins divers. Qui les suit et les compare verra naître d'étranges figures; figures qui semblent appartenir à cette grande écriture chiffrée qu'on rencontre partout: sur les ailes, sur la coque des oeufs, dans les nuages, dans la neige, dans les cristaux, dans les formes des rocs, sur les eaux congelées, à l'intérieur et à l'extérieur des montagnes, des plantes, des animaux, des hommes, dans les clartés du ciel, sur les disques de verre et de poix lorsqu'on les frotte et lorsqu'on les attouche: dans les limailles qui entourent l'aimant, et dans les étranges conjonctures du hasard..&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Les Figures, les Types, les Formes témoignent d'une pensée pour laquelle la création littéraire est un&amp;nbsp;&lt;em&gt;moyen de connaissance&lt;/em&gt;, une gnose. L'engagement héroïque des premiers temps n'est point contraire à l'engagement, plus radical encore, de l'Anarque et du Contemplateur, si l'on comprend, comme l'enseigne la Bhagavât-Gîta que la contemplation est une forme supérieure de l'action. La forme supérieure ne renie point la forme dépassée, elle la couronne, tout comme l'ontologie dont nous parle Heidegger couronne la métaphysique qu'elle dépasse. Bien plus que des ruptures, le lecteur qui entrevoit dans l'œuvre de Jünger un moyen de connaissance, sera enclin à voir des&amp;nbsp;&lt;em&gt;changements d'états&lt;/em&gt;, comme dans les «&amp;nbsp;œuvres&amp;nbsp;» des Alchimistes. Car si l'œuvre de Jünger est éloignée du Naturalisme de Zola, elle est, en revanche, fort proche des «&amp;nbsp;&lt;em&gt;philosophes de la nature&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;tels que Franz von Baader, qui eurent une influence non négligeable sur les Romantiques allemands d'Iéna.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Alchimistes et théosophes dans la lignée de Paracelse et de Jacob Böhme, les philosophes de la nature s'avancent dans la connaissance comme sur un chemin où se lèvent les intersignes, légers comme des cicindèles. A chaque signe, le voyageur est convié à un changement d'état de conscience qui renvoie à un changement d'état d'être. Les Figures du monde visible sont l'empreinte d'un sceau invisible et les circonstances de notre existence, en ce qu'elles ont de resplendissant, témoignent, elles aussi, de cette&amp;nbsp;&lt;em&gt;concordance entre les mondes&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui justifie l'existence des symboles.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dans un monde où les symboles accomplissent leur fonction pontificale, ni le hasard ni le déterminisme n'ont cours; le monde s'ordonne selon des principes qui, pour être hors d'atteinte de l'entendement humain, n'en sont pas moins à l'origine des plus pertinentes interprétations humaines. Alors que le déterministe explique l'homme et le monde comme des mécanismes, obéissant ainsi, plus ou moins à son insu, à une morale utilitaire, Jünger appartient à la tradition, largement menacée mais cependant persistante, du romantisme «&amp;nbsp;roman&amp;nbsp;» de Novalis qui s'adonne à l'interprétation infinie, au «&amp;nbsp;&lt;em&gt;buisson ardent&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de l'herméneutique permanente. Dans la vue du monde esthétique et métaphysique de Jünger, le monde n'étant point soumis à l'utilité, sa valeur ne dépendant point de son usage, de même que selon une éthique chevaleresque, la fin ne justifie jamais les moyens, la finalité n'est jamais que dans le cœur secret des êtres et des choses, dans cette plus incandescente limpidité que nous laissent deviner les approches et les dialogues avec l'invisible.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La danse de la cicindèle est l'idéogramme clair de&amp;nbsp;&lt;em&gt;la pure présence de l'être à lui-même.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;Tel est le sacré, le&amp;nbsp;&lt;em&gt;numineux&lt;/em&gt;, pour reprendre le mot de Walter Otto, dont l'approche exige la plus grande délicatesse. La connaissance du monde, la gnose poétique, est avant tout une philocalie. Le sacré, le divin se révèlent dans la beauté car la beauté est l'approche du sens. Là où les choses prennent sens, la beauté transparaît. L'accusation d'esthétisme contre l'œuvre de Jünger traduit la courte vue de ceux qui la portent car la beauté est toujours, dans l'œuvre de Jünger, le signe d'une présence, d'une&amp;nbsp;&lt;em&gt;profondeur métaphysique&lt;/em&gt;, d'un autre monde, principe de profusion et de splendeur. Le monde des dieux, comme celui des fleurs et des papillons, est un monde dispendieux et imprévisible. L'homme de connaissance qui succède, dans la chronologie jüngérienne, à l'homme de puissance, s'avance dans l'assentiment à la beauté du monde comme «&amp;nbsp;sceau héraldique&amp;nbsp;» et dans le non moindre consentement à l'imprévisible. L'homme de connaissance est chasseur subtil. A l'affût sur l'orée, le chasseur subtil reçoit les signes qui, dans le visible, sont la marque de l'invisible, et ses rêves ont leur part, qui n'est rien moins que négligeable, dans la connaissance effective du monde.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La rupture inaugurale avec le monde bourgeois va d'emblée orienter l'œuvre de Jünger vers des régions extrêmes qui échappent à la fois à l'attention et au contrôle du monde moderne. L'exploration du monde intérieur n'est pas, chez Jünger, la complaisance narcissique de la subjectivité pour elle-même mais une traversée aussi exacte et impersonnelle qu'un voyage entomologique dans le monde extérieur. La psychologie jüngérienne ne relève pas de la «&amp;nbsp;psyché&amp;nbsp;» profane, larvaire, mais de la «&amp;nbsp;psyché&amp;nbsp;», en tant qu'âme, au sens néoplatonicien. Notre âme, dans la gnose jüngérienne, n'est pas disjointe de l'Ame du monde. L'Ame du monde et ses symboles augustes transparaissent dans l'âme humaine, sous la forme des songes, des visions, des pressentiments. Le poète est familier de l'augure qui surprend sa pensée dans l'exercice de la plus grande exactitude. La gnose jüngérienne s'exerce avec une virtuosité rare, aussi bien sur le mode de l'&lt;em&gt;ampleur&lt;/em&gt;: les mythes, les légendes, les vastes herméneutiques de l'histoire humaine et des textes sacrés, que dans celui de l'&lt;em&gt;intensité&lt;/em&gt;: la minuscule mais exaltante trouvaille du chasseur de papillons qui concentre dans&amp;nbsp;&lt;em&gt;l&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;'&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;infime&lt;/em&gt;&amp;nbsp;toutes les énergies explosives de sa quête.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dans le célèbre tableau de Caspar David Friedrich&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Falaises de Rügen&lt;/em&gt;, l'immensité du site, sa solennité, donnent au mode de l'ampleur l'une de ses représentations picturales les plus achevées, parce que devant la vastitude, le vide, l'espace qui s'encastrent avec violence dans le paysage, un personnage vu de dos paraît ignorer l'&lt;em&gt;infini de l'ampleur&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui s'offre à lui pour s'attacher à&amp;nbsp;&lt;em&gt;l'infini de l'intensité&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de sa recherche d'herboriste ou de chasseur d'insecte. L'ampleur du vaste prend sa mesure par l'intensité de l'infime. La science des lettres, la science naturaliste ou historique devient métaphysique aussitôt qu'elle parvient à unir en elle le mode d'intensité et le mode d'ampleur, la dimension horizontale et la dimension verticale, l'&lt;em&gt;empreinte&lt;/em&gt;, dont les marques sont plus ou moins visibles, et le&amp;nbsp;&lt;em&gt;sceau&lt;/em&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La logique de la gnose est différente de la logique de la science profane, en ce qu'elle ignore la finalité effective, utile, quantifiable. La gnose est à elle-même sa propre finalité, et le monde dont elle traite est un monde de qualités. La gnose ne dénombre pas seulement le réel, elle s'avance dans le déchiffrement. Déchiffrer le monde, c'est traverser le temps dans le&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;vaisseau cosmique, et c'est œuvrer à la révélation du sens à travers les apparitions successives du monde. Le déterminisme philosophique, autant que la théorie du hasard, détournent notre entendement de la beauté et du mystère, de telle sorte à faire de nous les dociles serviteurs du monde moderne, et de ses morales utilitaires et puritaines. La gnose poétique de Jünger est la reconquête de la puissance et de l'immortalité dont la société, placée sous le signe de l'uniformité, nous dépossède. La gnose suppose une «&amp;nbsp;&lt;em&gt;transvaluation de toutes les valeurs&amp;nbsp;»,&amp;nbsp;&lt;/em&gt;pour reprendre la formule Nietzsche que l'on pourrait aussi caractériser comme une &amp;nbsp;subversion de la subversion établie par le tiers-état, dans la mesure où la reconquête de la «&amp;nbsp;&lt;em&gt;vie magnifique&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, de la puissance est le propre de la Figure, telle que la conçoit Jünger.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Jünger distingue deux conceptions de l'individu, par les mots allemands,&amp;nbsp;&lt;em&gt;Einzelne&lt;/em&gt;&amp;nbsp;et&amp;nbsp;&lt;em&gt;individuum&lt;/em&gt;. Le mot&amp;nbsp;&lt;em&gt;individuum&lt;/em&gt;&amp;nbsp;désignant l'individu à la fois égocentrique et interchangeable des sociétés de masse, alors que le mot &amp;nbsp;&lt;em&gt;Einzelne&lt;/em&gt;&amp;nbsp;se rapporte à l'individu en tant que singularité et originalité irréductible, en tant que Figure. A l'individu perdu dans la masse et, par cela même farouchement attaché à ce qu'il croit être ses «&amp;nbsp;biens&amp;nbsp;» correspond une science&amp;nbsp;&lt;em&gt;calculante&lt;/em&gt;&amp;nbsp;(pour reprendre le mot de Heidegger), alors que pour l'individu en tant que Figure, la science est&amp;nbsp;&lt;em&gt;méditative&lt;/em&gt;, et, par cela, accroissement de puissance. Pour Jünger, la connaissance accroît la Figure dans sa distinction et son intensité. Les lignes deviennent plus précises et les couleurs plus rayonnantes. La gnose est poétique, au sens de l'étymologie grecque, du «&amp;nbsp;&lt;em&gt;faire&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui laisse l'empreinte la plus précise possible. Par la gnose jüngérienne, nous entrons dans une perspective hiérarchique, où la logique de cause et d'effet, et avec elle toutes les formes de progressisme, de déterminisme ou d'évolutionnisme sont dépassées: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'ordre hiérarchique dans le domaine de la Figure ne résulte pas de la loi de cause à effet mais d'une loi tout à fait autre, celle du sceau et de l'empreinte&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Dans cette logique, nouvelle par rapport aux deux siècles précédents mais, nous y reviendrons, dans un sens plus profond,&amp;nbsp;&lt;em&gt;traditionnelle&lt;/em&gt;, ce qui importe n'est pas seulement ce qui nous précède et ce qui s'annonce mais, plus décisivement,&amp;nbsp;&lt;em&gt;ce qui nous surplombe&lt;/em&gt;, le sceau dont nous sommes l'empreinte.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Cette logique gnostique, et héraldique, pour célébratrice qu'elle soit de la splendeur du monde, pour approbatrice qu'elle soit de la puissance, et du rayonnement de la Figure, n'en témoigne pas moins d'une forme d'humilité essentielle. Le moderne, qui affiche partout sa modestie et son profil bas, tient pourtant farouchement à être le producteur de tout, et à cette fin, il renie Dieu et les dieux, les Muses et les messagers célestes, de sorte à n'être qu'à lui-même redevable de ses «&amp;nbsp;travaux&amp;nbsp;». Cette étrange démesure, au sens exact outrecuidante, enferme l'individu en lui-même et laisse ses œuvres comme les objets aléatoires de son narcissisme navrant. Le nihilisme moderne n'est autre que la considération pathétique de cette impuissance vaniteuse à connaître le monde. Dans la&lt;em&gt;&amp;nbsp;perspective métaphysique&lt;/em&gt;&amp;nbsp;propre à la théorie des signatures et des empreintes dont nous constatons la fécondité dans l'œuvre de Jünger, l'humilité consiste à reconnaître que nos idées et nos visions ne nous appartiennent pas en propre, qu'elles proviennent de l'intemporel, auquel nous donnent accès notre grandeur d'âme et notre acuité intellectuelle. La gnose poétique considère dans le singulier et dans le multiple les Figures d'éternité dont ils procèdent. Elle est dépassement du nihilisme car elle est recouvrance de la possibilité magnifique qui nous fut donnée&amp;nbsp;&lt;em&gt;in illo tempore&lt;/em&gt;, puis ôtée, d'atteindre poétiquement à la connaissance, non par projection ou reflet, mais par des actes de puissance et de beauté tels qu'ils adviennent dans Virgile, dans l'ivresse du songe de la «&amp;nbsp;&lt;em&gt;race d'or&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. Dépasser le nihilisme, c'est aller, au pas qui ré-enchante les apparences, vers les contrées éclatantes où l'individu s'accorde à la Figure, où les pressentiments s'accomplissent, dans des œuvres qui seront la preuve de notre humilité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Alors que le moderne se veut sans Dieu ni Maître, proclame la relativité du Vrai et du Beau non sans faire de sa médiocrité la mesure universelle, jugeant toute création superflue et toute connaissance impossible, la Figure trouve sa mesure par la création et sa connaissance par l'oubli de l'individualité, au sens quantitatif et profane. Aussitôt qu'il est question de connaissance et de poésie, il faut s'interroger sur la provenance et le destinataire de cette poésie et de cette connaissance. Tout ne s'adresse pas à n'importe qui. L'angle d'approche détermine la destination du message diplomatique, car toute métaphysique est diplomatie et les&amp;nbsp;&lt;em&gt;auteurs&lt;/em&gt;, au sens latin et étymologique, d'&lt;em&gt;auctor&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui se réfère à l'&lt;em&gt;auctoritas&lt;/em&gt;, - la «&amp;nbsp;vertu qui accroît&amp;nbsp;», comme le rappelle Philippe Barthelet, - sont ambassadeurs entre les suavités immanentes des corolles et des parfums du jardin sous la pluie d'été au crépuscule et les contrées transcendantes où les dieux apparaissent.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Le grief le plus persistant que les modernes cultivent à l'égard de la gnose est d'être «&amp;nbsp;élitiste&amp;nbsp;», de ne s'adresser, selon la formule stendhalienne, qu'aux «&amp;nbsp;rares heureux&amp;nbsp;», de dédaigner les laborieuses et méritantes majorités. Grief inepte car il n'est rien de plus généreux, de plus disponible, de plus accueillant que le livre qui s'offre à chacun, sans jamais prétendre à contraindre le plus grand nombre. La gnose requiert des dispositions particulières, ou, disons, une&amp;nbsp;&lt;em&gt;orientation&lt;/em&gt;&amp;nbsp;de l'Intellect, mais elle confère cette orientation autant qu'elle l'exige. Alors que la société, aussi «&amp;nbsp;démocratique&amp;nbsp;» qu'elle se veuille ne cesse de nous imposer des limites et des conditions auxquelles nous ne pouvons-nous soustraire, la gnose, et surtout la gnose dont l'humilité consiste à se traduire en œuvres, offre à qui le désire avec ardeur, l'aventure du Sans-Limite, c'est-à-dire la traversée odysséenne de la Figure à travers les ordres du monde jusqu'à sa perception la plus lumineuse, éclat d'éternité sur la surface des eaux.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La gnose, dans son exercice le plus accompli, est un&amp;nbsp;&lt;em&gt;privilège&lt;/em&gt;&amp;nbsp;mais c'est un privilège offert à qui voudra bien s'en saisir, alors que nous vivons dans un monde constitué d'&lt;em&gt;avantages&lt;/em&gt;&amp;nbsp;qui sont la récompense de la cupidité et de la vilenie. Il n'est pas impossible, et nous y reviendrons, qu'il y eût aussi quelque rapport entre la gnose poétique et la philosophie politique. Les Figures du Travailleur, du Rebelle et de l'Anarque, qui se succèdent dans l'œuvre de Jünger, approfondissent, si l'on prend la peine de les considérer en perspective, une méditation sur le siècle mais aussi une méditation sur l'art de vivre, non plus de l'individu de l'ère bourgeoise mais de l'individu (&lt;em&gt;Einzelne&lt;/em&gt;) qui cherche à conserver sa Figure au sein du monde de la technique qui, loin de s'affirmer comme l'expression de la puissance, au sens nietzschéen, comme on pouvait encore le croire au début du siècle, paraît au contraire avoir pour objectif le contrôle et l'annihilation de toute puissance libre&lt;em&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Face à la technique d'une «&amp;nbsp;mondialisation&amp;nbsp;» dont chacun sait bien qu'elle n'est qu'une américanisation cybernétique, l'œuvre de Jünger, dans son exigence poétique et gnostique peut se lire comme un traité de résistance au nihilisme. Le Travailleur oeuvrait à vaincre le mal par le mal, selon le principe de Paracelse, et à porter contre le nihilisme les armes les mieux trempées du nihilisme lui-même. Il «&amp;nbsp;travaillait&amp;nbsp;» ainsi selon les périlleuses procédures de l'&lt;em&gt;oeuvre-au-noir&lt;/em&gt;, à l'implosion d'une situation intenable, et à ouvrir la voie de la contemplation. Les sentes forestières qu'ouvrent les audaces du Rebelle et de l'Anarque seront, elles, l'initiation à d'autres couleurs. Au «&amp;nbsp;noir et blanc&amp;nbsp;» de l'intensité expressionniste des premières œuvres, si mal comprises, succédera le versicolore armorial des Songes et des Visions des&amp;nbsp;&lt;em&gt;Falaises de Marbre&lt;/em&gt;&amp;nbsp;et de&amp;nbsp;&lt;em&gt;Visite à Godenholm&lt;/em&gt;. Le combat par le fer et le feu du guerrier cède la place aux guerres plus subtiles dont les conquêtes sont des&amp;nbsp;&lt;em&gt;états de conscience&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&amp;nbsp;L'intensité, et telle est bien la clef de voûte de la gnose poétique d'Ernst Jünger, s'accroît d'œuvre et œuvre comme une&amp;nbsp;&lt;em&gt;réalisation&lt;/em&gt;, au sens initiatique, d'une exactitude herméneutique qui perçoit, à l'apogée de la vitesse et du mouvement, le grand silence et la grande immobilité.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Extrait de &lt;strong&gt;Le Déchiffrement du monde, la gnose poétique d'Ernst Jünger&lt;/strong&gt;, éditions de L'Harmattan, collection Théôria.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Le Réel, étoile du matin:</title>
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      <updated>2026-03-24T23:22:08+01:00</updated>
      <published>2026-03-24T23:20:00+01:00</published>
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          &lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6670364&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/01/01/2600318708.jpg&quot; alt=&quot;1654636_814372531913143_552432079_o.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Le Réel, étoile du matin&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Lequel d'entre nous, à certaines heures de sa vie, n'eut le sentiment de vivre dans un rêve ou dans une illusion&amp;nbsp;? Notre premier mouvement, alors, est de croire que le monde qui nous entoure est notre songe en oubliant qu'il n'est qu'une part du songe plus vaste, le cosmos lui-même, qui tourne infiniment dans sa nuit et ses splendeurs. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Qu'en est-il du Réel et de l'irréel&amp;nbsp;? Par quels cheminements ou quels égarements allons nous de l'un à l'autre, par quelles aperceptions, quelles pensées&amp;nbsp;? Comment discriminer le Réel de l'irréel&amp;nbsp;? La vie individuelle est songe, certes, selon la formule fameuse de Calderon de la Barca, et la vie collective, plus encore, livrée qu'elle se trouve aux idéologies et, désormais, aux réalités virtuelles. Cependant, le Réel persiste et ne se confond point avec ces évanouissements, ces faux semblants, qui ne sont que les ultimes voiles de la Maya. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Frithjof Schuon, avec une exactitude héritière du Védantâ et des Upanishads majeures, nous invite, par ce recueil publié aux éditions de l'Harmattan dans la collection Théôria, à une méditation active, «&amp;nbsp;libératrice&amp;nbsp;», au sens le plus fort du terme&amp;nbsp;: «&amp;nbsp; &lt;em&gt;La méditation, &lt;/em&gt;écrit Schuon&lt;em&gt;, est essentiellement – définie en langage védantin, - l'investigation conduisant à l'assimilation de la vérité théorique, puis le discernement entre le Réel et l'irréel&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Trouver la profonde raison d'être de la Maya, de l'illusion, c'est s'en déprendre&amp;nbsp;: «&amp;nbsp; &lt;em&gt;L'infinitude exige par définition la dimension du fini et c'est celle-ci, qui tout en manifestant glorieusement les possibilités du divin Soi, les projette qu'aux confins du néant&amp;nbsp;&lt;/em&gt;»&amp;nbsp;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Le Réel échappe à l'illusion matérialiste, cette métaphysique inachevé et fallacieuse qui donne à la «&amp;nbsp;matière&amp;nbsp;» l'autre nom du Tout, sans voir que la proposition «&amp;nbsp; tout est matière&amp;nbsp;» enferme la raison dans une tautologie - que la physique quantique au demeurant récuse - et le voue à être, comme l'âne attaché à son piquet, qui tourne, la corde de plus en plus courte, jusqu'à s'en étrangler. La «&amp;nbsp;matière&amp;nbsp;» n'est pas davantage le Réel que l'ombre projetée d'un corps par la lumière qui est derrière lui et dont notre regard est détourné. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;L'irréel prouve le Réel. Le Moi prouve le Soi qu'il dissimule. Le faste du cosmos en vibration révèle par-delà «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l'azur qui est du noir&amp;nbsp;&lt;/em&gt;» (Rimbaud), la vérité du Réel dont il procède et qu'il voile, - et que la prière du cœur dévoile&amp;nbsp;: «&amp;nbsp; &lt;em&gt;mélodie que nous croyions perdue mais qui, &lt;/em&gt;écrit Schuon&lt;em&gt;, nous est familière de toute éternité&amp;nbsp;&lt;/em&gt;», clarté naissante, &lt;em&gt;aurora consurgens&lt;/em&gt; selon la formule de Jacob Bohme. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Discerner les manifestions diverses de la lumière, réfléchie, tamisée, diffractée, sera l'oeuvre du penseur et poète Frithjof Schuon, jusqu'à la reconnaissance de la lumière &lt;em&gt;irradiante&lt;/em&gt;, première. Par ces fragments, ces lettres, ces poèmes, précédés d'une excellente préface de Patrick Laude, ce livre nous guide vers cette apparition antérieure à tout apparaître, &lt;em&gt;stella matutina&lt;/em&gt; du Réel&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;«&amp;nbsp; &lt;em&gt;L'étoile du matin émerge de la nuit &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;Telle la déesse Vénus de l'écume &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;De la mer – une perle puis une femme&amp;nbsp;; &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;Primordialité féminine est la merveilleuse Grâce céleste&amp;nbsp;;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;Elle st mystère, elle n'est point loi.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;Elle est le libre pardon divin&amp;nbsp;&lt;/em&gt;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;LEFT&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>De l'univers visible et invisible, Eloge de l'Art:</title>
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      <updated>2026-03-21T17:53:42+01:00</updated>
      <published>2026-03-21T01:28:00+01:00</published>
                      <summary>    &amp;nbsp;    Stéphane Barsacq,  De l'univers visible et invisible...</summary>
      <content type="html" xml:base="http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/">
          &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6669637&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/00/01/170876667.jpg&quot; alt=&quot;51J6elvMwBL._SY466_.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Stéphane Barsacq, &lt;em&gt;De l'univers visible et invisible&lt;/em&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;em&gt;Eloge de l'Art&lt;/em&gt;. Editions le Passeur 2026&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Par ces temps d'amères débauches démagogiques qui offrent le navrant spectacle d'une recherche de pouvoir qui ne sera jamais que celui de l'impuissance généralisée,&amp;nbsp; le livre de Stéphane Barsacq, qui vient de paraître aux éditions du Passeur, est un contre-poison providentiel, un recours. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Ce livre suppose du lecteur un retrait du monde grouillant d'ostensibles insignifiances, pour aller &lt;em&gt;au cœur&lt;/em&gt;, là où le regard se pose et peut s'attarder&amp;nbsp;: ce dessin, ce tableau, ces lignes et ces couleurs assemblées, insues dans la distraction titanesque, mais d'où nous viendront la beauté qui inquiète et apaise, la vague, qui n'est point «&amp;nbsp;vague à l'âme&amp;nbsp;», mais précise mathématique du retrait, de l'attente et du retour.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;L'antienne lasse qui nous redit qu'il n'y a plus d'artistes et d'écrivains en nos temps déhiscents, ce nihilisme où s'assemblent les propagateurs de la laideur et les déplorateurs dont toutes les pensées vont au déclin, - dont on ne sait s'ils le redoutent ou le souhaitent comme un triste repos qui les dispenserait de l'effort d'être encore,- voici qu'un livre les suspend et nous laisse aux beaux silences de l'attente et au «&amp;nbsp;regard de diamant&amp;nbsp;» de l'attention. Il nous en vient, par l'exemple, un enseignement, une sagesse, qui sera d'approcher les œuvres et le monde qu'elle célèbrent, non pour les analyser et les expliquer mais pour les déchiffrer et les comprendre, - c'est dire s'y &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;impliquer&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. «&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;La vie dans les plis&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;» disait Henri Michaud. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Les spécialistes souvent faillent à cette chance&amp;nbsp;; la preuve est donnée depuis longtemps que les plus justes exégètes de l'Art sont des poètes ou des aventuriers&amp;nbsp;: Suarès, Elie Faure, Malraux... L'Amateur, au sens premier, en sait autant, et souvent bien plus, que le spécialiste, mais il en fait un autre usage, de même que Nicolas Bouvier fera du monde un autre usage celui des cartographes. Peu lui vaut d'être une «&amp;nbsp;autorité&amp;nbsp;» en tel ou tel domaine, l'&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;auctoritas,&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; au sens étymologique de «&amp;nbsp;la vertu qui accroît&amp;nbsp;», lui suffit. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Ce livre de Stéphane Barsacq est tout autant synchronique que diachronique&amp;nbsp;: méditation, hommage, journal, - à la fois hors du temps et en accord avec son passage. Alors que le spécialiste fixe son attention sur le «&amp;nbsp;fonctionnement&amp;nbsp;» des œuvres, leur mécanique, Stéphane Barsacq en dit les floraisons, et c'est ainsi qu'il peut nous révéler ces contemporains à l'oeuvre, souvent dans le secret, que le spécialiste va ignorer car, en hégélien sommaire, il les considère ne pas être dans «&amp;nbsp;le sens l'Histoire&amp;nbsp;». Peintres et dessinateurs souvent figuratifs, tenus aux marges, de même qu'il fut décidé un temps que seule la musique atonale avait droit de cité en vertu d'une doctrine que l'oreille humaine, cependant, récuse. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Nous apprenons encore, par les extraits de son journal qui figurent dans ce livre, que l'Art est cause et conséquence de l'amitié, le principe même de la civilisation car elle garde mémoire et sauvegarde le passé dans le présent. Aux doctrinaires du passé muséologique ou de progrès abstrait, Stéphane Barsacq préfère les fidèles de la «&amp;nbsp;présence réelle&amp;nbsp;». L'Art non plus comme objet de glose ou de commerce, mais comme une procession liturgique. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Les éloges, l'art sacré, les affinités électives entre la peinture et la poésie chez Poussin, ce contemporain absolu d'Ovide dans l'Arcadie retrouvée ; Bakst, dont l'oeuvre tient, jusqu'aux harmonies les plus fines, l'accord entre entre les arts, le dessin, la danse, le théâtre, et nous fait voir le dessin de la danse et la danse du dessin ; Balthus dans son ascèse et ses secrets ; Goudji qui perpétue Benvenuto Cellini en faisant surgir de la profondeur des temps, les formes qui attendaient, - idées platoniciennes encore suspendues, - l'hommage de l'achèvement dans la forme donnée, cette rébellion salutaire contre l'informe. Et tant d'autres, actifs de nos jours, et fervents, que nous laisserons au lecteur le bonheur de découvrir, - qui honorent le visible, empreinte du sceau de l'Invisible, en blasonnant le monde.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Dans son conseil à une jeune artiste, Stéphane Barsacq donne le diapason de cet éloge de l'Art toujours recommencé, enluminure de l'écriture divine, &quot;Eclair dans l'éclair&quot;, selon la formule d'Angélus Silésius, épiphanie : &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;em&gt;Ce n'est pas toi qui voit l'oeuvre,&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;c'est l'oeuvre qui te voit,&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;ce n'est pas toi qui la crées&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;c'est elle qui te crée.&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
      </content>
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Victor Hugo</title>
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      <updated>2026-03-18T22:02:57+01:00</updated>
      <published>2026-03-18T22:02:57+01:00</published>
                      <summary> &amp;nbsp;       Victor Hugo et le retour des «&amp;nbsp;   Âges   &amp;nbsp;...</summary>
      <content type="html" xml:base="http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/">
          &lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6669226&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/01/00/14478637.jpg&quot; alt=&quot;275683353_477586124059618_4236154867794335875_n.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 18pt;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Victor Hugo et le retour des «&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Âges&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;éclatants&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;strong&gt;&amp;nbsp;&lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;»&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;Nous vivons en des temps commémoratifs et quelque peu funéraires. Le présent nous échappe, faute de réelle présence au monde, l'avenir nous semble incertain et le passé incompréhensible. Ce qui fut autrefois&amp;nbsp;&lt;em&gt;tradition&lt;/em&gt;, c'est-à-dire transmission de vivant à vivant des formes, des sagesses et des visions, sous le signe de la reconnaissance et de la «&amp;nbsp;métamorphose&amp;nbsp;» (selon le mot d'André Malraux) n'est plus qu'une répétition morne, un ressassement cauchemardesque de disque rayé.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;Nos commémorations ne sont plus des hommages, qui impliqueraient que nous relevions à notre tour quelque défi essentiel, mais des autopsies. Nos critiques littéraires, lorsqu'ils n'empruntent pas la rhétorique du procureur ou de l'avocat adoptent la méthodologie de la médecine légale. Tout se passe comme s'il s'agissait de s'assurer que nos défunts le demeurent, qu'ils ne risquent plus, par leurs œuvres, d'animer nos ardeurs, de susciter de nouvelles flambées de poésie et de songe dans nos âmes dévastées. Nous recyclons ces cadavres augustes et nous les nommons, avec une outrecuidance infinie, «&amp;nbsp;nos précurseurs&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;Je doute fort que nous fassions honneur à nos hommes illustres en les retournant ainsi dans leurs tombes, à intervalles réguliers, selon la logique, chronologiquement rigoureuse mais philosophiquement hasardeuse, des anniversaires, dont on peut dire qu'ils sont, pour paraphraser Lautréamont, la rencontre sur une pièce montée, du scalpel du dissecteur et de la clef à molette du ferrailleur. Entre la nouvelle critique et le nouveau journalisme, chacun peut y aller de bon cœur dans le charcutage ou dans la récupération...&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;Prenez ces quelques lignes comme un refus de souffler les bougies d'un poète qui allume encore dans la nuit de nos cœurs des flambeaux. Non, Victor Hugo n'est pas ce poète «&amp;nbsp;moderne&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;démocrate&amp;nbsp;», «&amp;nbsp;progressiste&amp;nbsp;», précurseur de la monnaie unique et du monde mondialisé ! Victor Hugo n'est pas davantage ce paillard sympathique, ce républicain jacobin où d'autres trouvent leur miel et leur fiel. Victor Hugo, s'il vous en souvient, est l'auteur de&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Légende des Siècles.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;Tout ce que le monde moderne abomine se trouve dans Victor Hugo: le chant patriotique, la célébration des héros, la vision légendaire et épique, les cosmogonies et les théogonies, le sens du tragique et de l'amour sublime, l'âpreté de la nature et des combats, la vision impériale... Est-il même nécessaire de préciser, en passant, que&amp;nbsp;&lt;em&gt;Les Misérables&lt;/em&gt;&amp;nbsp;sont bien plus proche de Léon Bloy que de l'idéologie social-démocrate ? Certes, quelques esprits chagrins, de tendance intégriste, peuvent encore considérer Hugo comme un hérésiarque, mais il n'échappera à personne que, dans sa poésie, Hugo ne parle que de Dieu.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;Ce Dieu est en toute chose et en même temps en dehors de toute chose. Les ombres et les nombres, qui riment infiniment dans la poésie hugolienne, les brins d'herbe, les pierres, les arbres, les cieux sereins ou en folie, la geste des paladins, l'Océan et les profondes forêts de nos songes font, dans les poèmes de Victor Hugo, honneur au Dieu qui les créa. Ce n'est point Saint-François ni Maître Eckhart qui contrediront Hugo, mais l'agnostique moderne, avec sa tiédeur pseudo-sceptique.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;Hugo trouve Dieu partout: dans les hauteurs du Ciel comme dans les profondeurs de la mer. Ennemi acharné de la platitude, qu'il voyait triompher dans la monarchie bourgeoise, Hugo ne cessa de nous mettre en demeure de partager sa vision verticale et vertigineuse de l'âme humaine et du monde. La «&amp;nbsp;république&amp;nbsp;» d’Hugo est héroïque et panthéiste, et sa «&amp;nbsp;démocratie&amp;nbsp;» est cosmique. Loin d'opposer aux despotes et aux tyrans l'idéologie procustéenne, qui en est à la fois la cause et la conséquence, Hugo invoque les puissances secrètement détenues dans la vision des Mages et des Prophètes. Hugo célèbre la magnanimité de l'Aède et la subtile, mais imparable, ambassade du Symbole:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Qu'on pense ou qu'on aime&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Sans cesse agité,&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Vers un but suprême&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Tout vole emporté;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;L'esquif cherche le môle,&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;L'abeille un vieux saule,&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;La boussole un pôle&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Moi la vérité.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;En ces quelques vers rimbaldiens Hugo précise son dessein: ce ne sont point le relatif ou l'éphémère, ces idoles modernes, qu'il courtise, mais le pôle de l'être, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Vérité profonde/ Granit éprouvé&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;». Logocrate, comme Steiner le disait de Pierre Boutang, Hugo se livre à une herméneutique générale du monde. Pour lui tout est signe et intersigne. Le monde, écriture divine, se laisse déchiffrer. Le visible est l'empreinte de l'Invisible. Le poème hugolien participe d'une théologie du Verbe incarné. Le monde sensible est un livre ouvert au poète qui sait le contempler:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Saint livre où la voile&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Qui flotte en tous lieux&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Saint livre où l'étoile&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Qui rayonne aux yeux&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Ne trace, ô mystère !&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Qu'un nom solitaire&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Qu'un nom sur la terre&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Qu'un nom dans les cieux...&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;On nous répète qu’Hugo est «&amp;nbsp;novateur&amp;nbsp;» en idéologie. Nous le voyons surtout novateur en poésie: certain de ses vers semblent frappés par Mallarmé, d'autres, nous l'avons vu, semblent forgés dans la forge philosophale de Rimbaud. Le Surréalisme est beaucoup moins surréaliste qu’Hugo. A les comparer à&amp;nbsp;&lt;em&gt;Dieu&lt;/em&gt;&amp;nbsp;et à&amp;nbsp;&lt;em&gt;La fin de Satan&lt;/em&gt;, les cadavres exquis font figure d'une tempête dans un verre d'eau. La Bouche d'Ombre n'est point exquise, elle est grandiose. Toute l'œuvre d’Hugo se place sous le signe de la grandeur.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;Ce qui n'est point grand toujours l'offusque; ce qui est grand presque invariablement le ravit. Hugo est le poète qui veut introduire d'autres ordres de grandeur dans l'intelligence humaine, ou, plus exactement, œuvrer à leur recouvrance. Pour Victor Hugo, radicalement antimoderne à cet égard, la grandeur et l'éclat sont à l'origine de notre cycle historique. Comme Hésiode, dont&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Légende des siècles&lt;/em&gt;&amp;nbsp;semble l'interprétation magnifique, Hugo croit au déclin des puissances, selon une logique que l'on pourrait presque dire «&amp;nbsp;guénonienne&amp;nbsp;». Cette évidence, soigneusement occultée par les adeptes de la «&amp;nbsp;modernité&amp;nbsp;» n'a pas échappée à Gustave Thibon, qui savait, au sens littéral, la poésie de Victor Hugo, par cœur, et&amp;nbsp;&lt;em&gt;par le cœur&lt;/em&gt;:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Toutes les vérités premières sont tuées.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Les heures qui ne sont que des prostituées,&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Viennent chanter pour eux, montrant de vils appas&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Leur offrant l'avenir sacré, qu'elles n'ont pas.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;Gustave Thibon voit à juste titre dans ces quatre vers, qui résument le projet de&amp;nbsp;&lt;em&gt;La Légende des siècles&lt;/em&gt;, une condamnation radicale du progressisme. Cet&amp;nbsp;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;avenir sacré qu'elles n'ont pas&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», comment ne pas y reconnaître la fallacieuse promesse des lendemains qui chantent, internationalistes ou «&amp;nbsp;mondialistes&amp;nbsp;», de tous les totalitarismes progressistes ? Ce qui importe par-dessus tout c'est: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;la sombre fidélité pour les choses tombées&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». La victoire appartient aux heures menteuses, mais seulement pour un temps, dans l'interrègne: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Pour les vaincus la lutte est un grand bonheur triste/ Qu'il faut faire durer le plus longtemps qu'on peut&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Rien n'est plus étranger à la mentalité progressiste que ce pessimisme actif qui se transfigure en espérance platonicienne: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Qu'est-ce que tout cela qui n'est pas éternel ?&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Suivons encore Gustave Thibon, lorsqu'il nous fait remarquer, dans ses entretiens avec Philippe Barthelet, que «&amp;nbsp;&lt;em&gt;tout Platon est là: des trois transcendantaux, la beauté seule a le privilège de l'apparence sensible&lt;/em&gt;&amp;nbsp;»:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Mon péristyle semble un précepte des cieux,&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Toute loi vraie étant un rythme harmonieux...&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Nul homme ne me voit sans qu'un dieu l'avertisse (...)&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Je suis la vérité bâtie en marbre blanc;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;em&gt;Le beau c'est, ô mortels, le vrai plus ressemblant.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;Si Victor Hugo est novateur, c'est précisément par ce sens de la recouvrance, qui relève le défi de l'Age Noir, par la remémoration des «&amp;nbsp;&lt;em&gt;âges éclatants&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», et la promesse que leur présence en nous laisse transparaître. Victor Hugo fut, avec Novalis, Leconte de Lisle et Schopenhauer, l'un des premiers à opérer au retour de l'hindouisme traditionnel dans la culture européenne, dans son poème&amp;nbsp;&lt;em&gt;Suprématie&lt;/em&gt;, adaptation-traduction d'une upanishad, initiant ainsi le retour au «&amp;nbsp;&lt;em&gt;mystérieux sanscrit de l'âme&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de nos origines les plus lointaines dont parlait Novalis. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;L'impossible à travers l'évidence transparaît&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» écrit Hugo. L'Age d'or bruit et scintille dans nos âmes avec le souvenir des «&amp;nbsp;&lt;em&gt;vérités premières&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» assassinées.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 14pt; font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
        <uri>http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/about.html</uri>
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      <title>Sohravardî et la sagesse de l'ancienne Perse:</title>
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      <updated>2026-01-14T01:11:27+01:00</updated>
      <published>2026-01-13T19:24:00+01:00</published>
                      <summary> &amp;nbsp;         Sohravardî et la sagesse de l'ancienne Perse...</summary>
      <content type="html" xml:base="http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/">
          &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6656147&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/01/00/2170005772.jpg&quot; alt=&quot;IMG_20230616_135209.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Sohravardî et la sagesse de l'ancienne Perse&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Nos contemporains, à ce qu'il paraît, aiment à philosopher. Certains ouvrages de vulgarisation, estampillés « philosophiques », se vendent comme des romans de gare (l'appellation « romans de gare » au demeurant, ne m'a jamais semblé injurieuse, et les gares, de merveilleux endroits pour acheter des livres). Tout se joue dans la nature du voyage. Il se trouve seulement que la moraline de nos philosophes bien pensant, loin d'entraîner les « &lt;em&gt;trains de luxe à travers l'Europe illuminée&lt;/em&gt; » dont parle Valery Larbaud, ou le fameux transsibérien de Cendrars, vers quelque décisive révélation poétique ou métaphysique, nous amènent tout au plus à nous préparer à répondre à ces &quot;Q.C.M&quot; que certains pédagogues progressistes entendent substituer aux délicates dissertations que l'on exigeait encore des apprentis-philosophes aux temps lointains d'Etienne Gilson ou de Pierre Boutang.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Ces préliminaires désabusés ne masqueront pas davantage notre enthousiasme à aiguiller, pour poursuivre la métaphore ferroviaire, nos lecteurs vers la réédition d'une œuvre majeure de Sohravardî, &lt;em&gt;Le Livre de la Sagesse orientale&lt;/em&gt;. Ce « héros philosophique exemplaire » (pour reprendre la formule de Henry Corbin qui fut son divulgateur, aussi bien pour l'Occident que pour l'Orient) surnommé le Shaykh al-Ishrâq, autrement le Shaykh de l'aube levante, ne tenta rien moins, en effet, que la résurrection, par l'entremise de la philosophie platonicienne, de la « Lumière de Gloire » zoroastrienne, le Xvarnah (en persan Khorrah). « &lt;em&gt;Il y avait, chez les anciens Perses, écrit le Shaykh al-Ishraq, une communauté dont les membres étaient guidés par le Vrai et qui par lui observaient l'équité. C'est leur haute philosophie de la Lumière dont témoigne d'autre part l'expérience personnelle de Platon avec celle d'autres sages antérieurs, que nous avons ressuscitée dans notre Livre de la Sagesse orientale. Et je n'ai pas de prédécesseur pour quelque chose comme cela.&lt;/em&gt; »&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Cette tâche pour laquelle il n'eut point de prédécesseur le conduisit à mourir en martyr à sa cause, à Alep, à l'âge de trente-six ans, en l'an 1191 de notre ère. Mise en regard avec la brièveté tragique de sa vie, l'immensité de l'œuvre, qui opère à la synthèse de toutes les savoirs de son temps et les projette dans l'avenir par le recours aux philosophies oubliées, laisse pour le moins dubitatif quant aux supposés « progrès » de l'intelligence spéculative que certains nous vantent comme l'apanage de la modernité .&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Si, par l'ampleur et la profondeur des vues, l'œuvre de Sohravardî demeure inégalée, il est possible cependant de lui trouver, sinon un prédécesseur, du moins une figure analogue. Le byzantin Gémiste Phléton, qui oeuvra en son temps, et sous l'évocation conjointe de Platon et de Zoroastre, au réveil des dieux antérieurs retrouva, à son insu, le sillage prophétique du poète-métaphysicien d'Azerbaïdjan.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Les crépuscules, nous dit Heidegger, détiennent le secret de l'aube. L'herméneutique créatrice de Sohravardî, par son engagement héroïque et visionnaire, est ainsi à la fois castalienne, portée par la source vive de l'&lt;em&gt;anamnésis&lt;/em&gt;, du ressouvenir, et annonciatrice d'aubes pressenties. Son œuvre demeure la &lt;em&gt;clavis herméneutica&lt;/em&gt; indispensable à ceux pour qui « &lt;em&gt;l’homme de l'avenir est celui qui aura la mémoire la plus longue&amp;nbsp;».&lt;/em&gt; (Nietzsche). Les « Dieux-Anges » de la théologie platonicienne de Proclus, répondent du passé et du futur à ceux qui les invoquent dans la présence, dans &lt;em&gt;l'être-là&lt;/em&gt; de leurs plus ardentes fidélités. Toute chevalerie spirituelle procède de cette invocation qui frappe d'inconsistance le temps linéaire.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Cette méditation héliotropique héritée des Sages de l'ancienne Perse, cette recouvrance des processions idéales de Proclus, favoriseront, aux marges du soufisme, l'équivalent ismaélien des théologies dionysiennes de Maître Eckhart et de Jean Tauler, qui fut en Iran durement persécutée, non sans préfigurer ce que seront, à quelques siècles de là, en Italie, les philosophies renaissantes de Pic de la Mirandole, de Marsile Ficin ou du Cardinal Egide de Viterbe. Lorsque les modes de la « déconstruction » seront passées, l'œuvre de Sohravardî apparaîtra comme une mise-en-demeure impérieuse à dépasser, en renaissances métaphysiques, le nihilisme qui dissocie le l'imagination et le Logos (en réduisant la première à une pure fantaisie subjective et le second à la banale et fastidieuse ratiocination).&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Homme de guerre et d'extase, spéculatif autant que visionnaire, tour à tour dandy fastueux, comme Oscar Wilde et mendiant lumineux, comme Germain Nouveau, franchisseur des &quot;portes de corne et d'ivoire&quot; comme Gérard de Nerval et logicien implacable comme Aristote, Soharvardî fut, par excellence, le philosophe matutinal, celui qui annonce « &lt;em&gt;les aurores qui n'ont pas encore lui &lt;/em&gt;». L'Orient, dont parle le traité soharvardien, est bien l'aube levante d'une nouvelle conscience phénoménologique. « &lt;em&gt;Cet Orient mystique suprasensible, écrit Henry Corbin, lieu de l'Origine et du Retour, objet de la quête éternelle, est au pôle céleste; il est le Pôle, un extrême-nord, si extrême qu'il est le seuil de la dimension au-delà. L'Orient que cherche le mystique, Orient non situable sur nos cartes est dans la direction du Nord, De ce nord cosmique choisi comme point d'orientation, seule une marche ascensionnelle peut rapprocher. »&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Jünger, Heidegger, par-delà la ligne:</title>
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      <updated>2026-01-09T23:31:05+01:00</updated>
      <published>2026-01-09T23:31:05+01:00</published>
                      <summary>      &amp;nbsp;Ernst Jünger par-delà la ligne    &amp;nbsp;     Rien ne sera...</summary>
      <content type="html" xml:base="http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/">
          &lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6655315&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/00/01/4104844287.2.jpg&quot; alt=&quot;60699_449974598407885_2106098754_n.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: xx-large;&quot;&gt;&amp;nbsp;Ernst Jünger par-delà la ligne&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Rien ne sera admis, reconnu, dépassé, redimé des temps d'abominable servitude que nous vivons tant que nous n'aurons point médité sur la ligne qui sépare le monde ancien du monde nouveau. Sur la ligne, c'est-à-dire, selon la réponse de Heidegger à Jünger, non seulement par-delà la ligne, au-dessus de la ligne, mais aussi, plus immédiatement &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;à propos de la ligne&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Faire de la ligne même le site de notre pensée et de son déploiement, c'est déjà s'assurer de ne point céder à quelque illusoire franchissement. Il s'en faut de beaucoup que l'au-delà soit déjà ici même. L'ici-même où nous nous retrouvons, en ce partage des millénaires, a ceci de particulier qu'il n'est plus même un espace, une temporalité mais une pure démarcation. Là où nous sommes, l'être s'est évanouit et jamais peut-être dans toute l'histoire humaine nous ne fûmes aussi dépossédés des prérogatives normales de l'être et ne fûmes aussi radicalement requis par la toute-possibilité.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Cette situation est à la fois extrêmement périlleuse et chanceuse. Le pari qui nous incombe n'est plus seulement de l'ordre de la Foi, - selon l'interprétation habituellement quelque peu limitative que l'on donne du pari pascalien, mais d'ordre onto-théologique. Certes, il existe un monde ancien et un monde nouveau. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&quot; Le domaine du nihilisme accompli, &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;écrit Heidegger,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; trace la frontière entre deux âges du monde&quot;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Le monde ancien fut un monde où la puissance n'étant point encore entièrement dévouée à la destruction et au contrôle, s'épanouissait en oeuvres de beauté et de vérité. Le monde nouveau est un monde où la &quot;splendeur du vrai&quot;, étant jugée inane, la morale, strictement utilitaire, soumise à une rationalisation outrancière, c'est-à-dire devenue folle, s'accomplit en oeuvres de destruction. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; La radicalité même de la différence entre ces deux âges du monde nous interdit généralement d'en percevoir la nature. Le plus grand nombre de nos contemporains, lorsqu'ils ne cultivent plus le mythe d'une modernité libératrice, en viennent à croire que le cours du temps n'a point affecté considérablement les donnée fondamentales de l'existence humaine. Ils se trouvent si bien imprégnés par la vulgarité et les préjugés de leur temps qu'il n'en perçoivent plus le caractère odieux ou dérisoire ou s'imaginent que ce caractère fut également répandu dans le cours des siècles. La simple raison s'avère ici insuffisante. Une autre expérience est requise qui appartient en propre au domaine de la beauté et de la poésie. L'accusation d'esthétisme régulièrement proférée à l'encontre de l'oeuvre de Jünger provient de son approche plus subtile des phénomènes propres au nihilisme. Certes, un esthétisme qui n'aurait aucun souci du vrai et bien serait lui-même une forme de nihilisme accompli. Mais ce qui est à l'oeuvre dans le cheminement de Jünger est d'une autre nature. Loin de substituer la considération du Beau à toute autre, il l'ajoute, comme un instrument de détection plus subtil aux considérations issues de l'approche rationnelle. La vertu de l'approche esthétique jüngérienne se révèle ainsi dans la confrontation avec le nihilisme. Pour distinguer les caractères propres aux deux âges du monde dont il est question, encore faut-il rendre son entendement sensible aussi bien à la beauté familière et qu'à l'étrangeté.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Sur la ligne, les soufis diraient &quot;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;sur le fil du rasoir&quot;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, le moindre risque est bien d'être coupé en deux, ou d'être comme Janus, une créature à deux face, contemplant à la fois le monde révolu et le monde futur. Que l'on veuille alors aveugler l'une ou l'autre face, en tenir pour la nostalgie pure du passé ou pour la croyance éperdue en l'avenir meilleur, cela ne change rien à l'emprise sur nous du nihilisme. Penser le nihilisme &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;trans lineam&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; exige ce préalable: penser le nihilisme &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;de linea&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Le réactionnaire et le progressiste succombent à la même erreur: ils sont également tranchés en deux. La fuite en avant comme la fuite en arrière interdit de penser la ligne elle même. Toute l'attention du penseur-poète, c'est-à-dire du &lt;em&gt;Coeur aventureux&lt;/em&gt; consistera à se tenir sur le &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;méridien zéro&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; afin d'interroger l'essence même du nihilisme, au lieu de se précipiter dans quelque échappatoire. En l'occurrence, Jünger, comme Heidegger, nous dit que toute échappatoire, aussi pompeuse qu'elle soit ( et comment ne pas voir que notre siècle est saturé jusqu'à l'écoeurement par la pomposité progressiste et réactionnaire ?) n'est jamais qu'une impardonnable futilité. Sur la ligne, nous dit Jünger &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&quot;c'est le tout qui est en jeu&quot;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Sur la ligne, nous le sommes au moment où le nihilisme &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;passif&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; et le nihilisme &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;actif&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; ont laissé place au nihilisme &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;accompli&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Le site du nihilisme accompli est celui à partir duquel nous pouvons interroger l'&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;essence du nihilisme&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Après la destruction des formes, les temps ne sont plus à séparer le bon grain de l'ivraie. Le nihilisme, écrit Nietzsche est &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;l'hôte le plus étrange&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, et Heidegger précise, &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&quot;le plus étrange parce que ce qu'il veut, en tant que volonté inconditionnée de vouloir, c'est l'étrangeté, l'apatridité comme telle. C'est pourquoi il est vain de vouloir le mettre à la porte, puisqu'il est déjà partout depuis longtemps, invisible et hantant la maison.&quot;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; L'illusion du réactionnaire est de croire pouvoir &quot;assainir&quot;, alors que l'illusion du progressiste est de croire pouvoir fonder cette étrangeté en une nouvelle et heureuse familiarité planétaire. Or, précise Heidegger: &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&quot; L'essence du nihilisme n'est ni ce qu'on pourrait assainir, ni ce qu'on pourrait ne pas assainir. Elle est l'in-sane, mais en tant que telle elle est une indication vers l'in-demne. La pensée doit-elle se rapprocher du domaine de l'essence du nihilisme, alors elle se risque nécessairement en précurseur, et donc elle change.&quot;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;La destruction des communautés, des corporations, des castes et des classes, qui est le signe du nihilisme moderne, serait donc à la fois l'instauration généralisée de l'&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;insane&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; et une indication vers l'&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;indemne&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Si le poète et le penseur doivent parier sur l'esprit qui vivifie contre la lettre morte, il n'est pas exclu que par l'accomplissement du nihilisme, c'est-à-dire la destruction de la &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;lettre morte&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, une chance ne nous soit pas offerte de ressaisir dans son resplendissement essentiel &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;l'esprit qui vivifie&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Le précurseur sera ainsi celui qui ose et qui change et dont la pensée, à ceux qui se tiennent encore dans le nihilisme passif ou le nihilisme actif, paraîtra réactionnaire ou subversive alors qu'elle est déjà au-delà, ou plus exactement au-dessus. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Comment ne point aveugler l'un des visages de Janus, comment tenir en soi, en une même exigence et une même attention, la crainte, l'espérance, la déréliction et la sérénité ? Il n'est point vain de recourir à la raison, sous condition que l'on en vienne à s'interroger ensuite sur la raison même de la raison. Que nous dit cette raison agissante et audacieuse ? Elle nous révèle pour commencer qu'il ne suffit point de reconnaître dans tel ou tel aspect du monde moderne l'essence du nihilisme. La définition et la description du nihilisme, pour satisfaisantes qu'elle paraissent au premier regard, nous entraînent pourtant dans le cercle vicieux du nihilisme lui-même, avec son cortège de remèdes pires que les maux et de solutions fallacieuses. Vouloir localiser le nihilisme serait ainsi lui succomber à notre insu. Cependant l'intelligence humaine répugne à renoncer à définir, à discriminer: elle garde en elle cette arme mais dépourvue de &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;Maître d'arme&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; et d'une légitimité conséquente, elle en use à mauvais escient. Telle est exactement la raison moderne, détachée de sa pertinence onto-théologique. Etre sur la ligne, penser l'essence du nihilisme accompli, c'est ainsi reconnaître le moment de la défaillance de la raison. Cette reconnaissance, pour autant qu'elle pense l'essence du nihilisme accompli ne sera pas davantage une concession l'irrationalité.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; &quot; Le renoncement à toute définition qui s'exprime ici, &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;écrit Heidegger,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; semble faire bon marché de la rigueur de la pensée. Mais il pourrait se faire aussi que seule cette renonciation mette la pensée sur le chemin d'une certaine astreinte, qui lui permette d'éprouver de quelle nature est la rigueur requise d'elle par la chose même&quot;.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Le &lt;em&gt;Coeur aventureux&lt;/em&gt; jüngérien est appelé à se faire précurseur et à suivre &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&quot;le chemin d'une certaine astreinte&quot;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. La raison n'est point congédiée mais interrogée; elle n'est point récusée, en faveur de son en deçà mais requise à une astreinte nouvelle qui rend caduque les définitions, les descriptions, les discriminations dont elle se contentait jusqu'alors. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&quot; Que l'hégémonie de la raison s'établisse comme la rationalisation de tous les ordres, comme la normalisation, comme le nivellement, et cela dans le sillage du nihilisme européen, c'est là quelque chose qui donne autant à penser que la tentative de fuite vers l'irrationnel qui lui correspond.&quot;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; A celui qui se tient sur la ligne, en précurseur et soumis à une astreinte nouvelle, il est donné de voir le rationnel et l'irrationnel comme deux formes concomitantes de superstition. Qu'est-ce qu'une superstition ? Rien d'autre qu'un signe qui survit à la disparition du sens. La superstition rationaliste emprisonne la raison dans l'ignorance de sa provenance et de sa destination, et dans sa propre folie planificatrice, de même que la superstition religieuse emprisonne la Théologie dans l'ignorance de la vertu d'intercession de ses propres symboles. L'insane au comble de sa puissance généralise cette idolâtrie de la lettre morte, de la fonction détachée de l'essence qui la manifeste. Aux temps du nihilisme accompli le dire ayant perdu toute vertu d'intercession se réduit à son seul pouvoir de fascination, comme en témoignent les mots d'ordre des idéologies et les slogans de la publicité. Dans sa nouvelle astreinte, le précurseur ne doit pas être davantage enclin à céder à la superstition de l'irrationnel qu'à la superstition de la raison. En effet, souligne Heidegger,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; &quot; le plus inquiétant c'est encore le processus selon lequel le rationalisme et l'irrationalisme s'empêtrent identiquement dans une convertibilité réciproque, dont non seulement ils ne trouvent pas l'issue, mais dont ils ne veulent plus l'issue. C'est pourquoi l'on dénie à la pensée toute possibilité de parvenir à une vocation qui se tiennent en dehors du &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;ou bien ou bien&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; du rationnel et de l'irrationnel.&quot;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; La nouvelle astreinte du précurseur consistera précisément à rassembler en soi les signes et les intersignes infimes qui échappent à la fois au rationalisme planificateur et à l'irrationalisme. La difficulté féconde surgit au moment où l'exigence la plus haute de la pensée, sa requête la plus radicale devient un refus de l'alternative en même temps qu'un refus du compromis. Ne point choisir entre le rationnel et l'irrationnel, et encore moins mélanger ce qu'il y aurait &quot;de mieux&quot; dans l'un et dans l'autre, telle est l'astreinte nouvelle de celui qui consent héroïquement à se tenir sur le méridien zéro du nihilisme accompli. Conscient de l'installation planétaire de l'insane, son attention vers l'indemne doit le porter non vers une logique thérapeutique, qui traiterait les symptômes ou les causes, mais au coeur même de cette attention et de cette attente pour lesquels nous n'avons pas trouvé jusqu'à présent d'autre mots que ceux de méditation et de prière, quand bien même il faudrait désormais charger ces mots d'une signification nouvelle et inattendue. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; L'entretien &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;sur la ligne&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Ernst Jünger et de Martin Heidegger ouvre ainsi à la raison qui s'interroge sur ses propres ressources des perspectives qui n'ont rien de passéistes et dont on est même en droit de penser désormais qu'elles seules n'apparaissent point comme touchées dans leur être même par le passéisme, étant entendu que le passéisme progressiste est peut-être, par son refus de retour critique sur lui-même, et par la méconnaissance de sa propre généalogie, plus réactionnaire encore dans son essence que le passéisme nostalgique ou néo-romantique. L'attention du précurseur, sa théorie, au sens retrouvé de &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;contemplation&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, sera d'abord un art &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;de ne pas refuser de voir&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Quant à l'astreinte nouvelle, elle éveillera la possibilité d'une autre hiérarchie des importances où le vol de l'infime cicindèle n'aura pas moins de sens que les désastres colossaux du monde moderne.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; &quot; De même, &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;écrit Jünger,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt; les dangers et la sécurité changent de sens&quot;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Comment ne pas voir que les modernes doivent précisément à leur goût de la sécurité les pires dangers auxquels ils se trouvent exposés ? Et qu'à l'inverse l'audace, voire la témérité de quelques uns furent toujours les prémisses d'un établissement dans ces &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;grandes et sereines sécurités&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; que sont les civilisations dignes de ce nom ? &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; L'homme moderne, ne croyant qu'à son individualité et à son corps, désirant d'abord la sécurité de son corps, ne désirant, en vérité, rien d'autre, est l'inventeur du monde où la vie humaine est si dévaluée qu'il n'y a presque plus aucune différence entre les vivants et les morts. C'est bien pourquoi le massacre de millions d'êtres humains dans son siècle &quot;rationnel, démocratique et progressiste&quot; le choque moins que la violence d'un combat antique ou d'une échauffourée médiévale, pour autant que sa sécurité, son individualité ou, dans une plus faible mesure, celles des siens, ont été épargnées. Le nihilisme de sa propre sécurité s'établit dans le refus de voir le nihilisme du péril auquel il n'a cessé de consentir que d'autre que lui fussent livrés, et se livrant ainsi lui-même à leur vindicte. Les Empereurs chinois savaient ce que nous avons oublié, eux qui considéraient leurs armes défensives comme les pires dangers pour eux-mêmes. Les Coeurs aventureux, ou selon la terminologie heiddegerienne, &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;les précurseurs&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, trouveront la plus grande sécurité dans leur consentement même à se reconnaître dans le site du plus grand danger. De même qu'au coeur de l'insane est l'incitation vers l'indemne, au coeur du danger se trouve le site de la plus grande sécurité possible. Comment sortir indemne de l'insane péril ( qui prétend par surcroît avoir inventé la sécurité comme Monsieur Jourdain la prose !) où nous a précipité le nihilisme ? Quelle est la ligne de risque ? &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Certes, le méridien zéro n'est nullement ce &quot;compteur remis à zéro&quot; dont rêve la sentimentalité révolutionnaire. Ce méridien, s'il faut préciser, n'est point une métaphore de la table rase, ou le site d'un oubli rédimant. Le méridien zéro est exactement le lieu où rien ne peut être oublié, où toute sollicitation extérieure répond d'une réminiscence, comme le son répond à la corde que l'on touche, où l'empreinte ne prétend point à sa précellence sur le sceau. Ce qui advient, pas davantage que ce qui fut, ne peut prétendre à un autre titre que celui d'empreinte, le sceau étant l'hors-d'atteinte lui-même: l'indemne qui gît au secret du coeur du plus grand danger. La ligne de risque de la vie et de l'oeuvre jüngériennes répond de cette certitude acquise &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;sur la ligne&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Toute interrogation fondamentale concernant la liberté est liée à la Forme. Si le supra-formel, en langage métaphysique, bien l'absolu de la liberté, le propre de ceux que l'hindouisme nomme les &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;libérés vivants&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, l'informe, quant à lui, est le comble de la soumission. La question de la Forme se tient sur cette ligne critique, sur ce méridien zéro qui ouvre à la fois sur le comble de l'esclavage et sur la souveraineté la plus libre qui se puisse imaginer. Dès &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;Le Travailleur&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, et ensuite à travers toute son oeuvre, Jünger poursuivit, comme nous l'avons vu, une méditation sur la Forme. Or, cette méditation, platonicienne à maints égards, est aussi inaugurale si l'on ose la situer non plus dans l'histoire de la philosophie, comme un moment révolu de celle-ci mais &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;sur la ligne&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, comme une promesse de franchissement de la ligne. Ce qu'il importe désormais de savoir, c'est en quoi la Forme contient en elle à la fois la possibilité du déclin dans le nihilisme ( dont l'étape d'accomplissement serait la confusion de toutes les formes: l'uniformité) et la possibilité d'une recréation de la Forme, voire d'un dépassement de la Forme dans une souveraineté jusqu'ici encore non pressentie. Par les figures successivement interrogées du Travailleur, du Rebelle et de l'Anarque, Jünger s'achemine vers cette souveraineté. Pour qu'il y eût une Forme, au sens grec d'&lt;em&gt;Idéa&lt;/em&gt;, et non seulement au sens moderne de &quot;représentation&quot;, il importe que la réalité du sceau ne soit pas oubliée. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Une lecture extrêmement sommaire des oeuvres de Jünger et de Heidegger donnerait à penser que lorsque Heidegger tenterait un dépassement, voire un renversement ou une &quot;déconstruction&quot; du platonisme, Jünger, lui s'en tiendrait à une philosophie strictement néo-platonicienne. Le dépassement heideggérien de la métaphysique, qui tant séduisit ses disciples français &quot;déconstructivistes&quot; ( et surtout acharnés, sous l'influence de Marx, à détacher toute philosophie de ses origines théologiques) laissa, et laisse encore, d'immenses carrières à l'erreur. Les modernes qui instrumentalisent l'oeuvre de Heidegger en vue d'un renversement du platonisme et de la métaphysique méconnaissent que, pour Heidegger, dépassement de la métaphysique signifie non point destruction de la métaphysique mais bien &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;couronnement de la métaphysique. &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Il s'agit moins, en l'occurrence, de se libérer &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;de&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; la métaphysique que de &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;libérer la métaphysique&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Il n'est point question de la déconstruire, pour en faire table rase, que d'en établir la souveraineté en la dépassant par le haut, c'est à dire par la question de l'être. Pour un grand nombre d'exégètes français la différence essentielle entre une anti-métaphysique et une &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;métaphysique couronnée&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; demeure obscure. Heidegger ne reproche point à la métaphysique de s'interroger sur l'essence, il lui impose au contraire, comme une astreinte nouvelle, de s'interroger plus essentiellement encore sur l'essence de son propre déploiement dans le Logos. A la métaphysique déclinante des théologies exotériques, des sciences humaines, de la didactique, de la Technique et du matérialisme, Heidegger oppose une interrogation essentielle sur le déclin lui-même. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; En établissant clairement son dépassement de la métaphysique comme un &lt;em&gt;couronnement de la métaphysique&lt;/em&gt;, Heidegger suggère qu'il y a bien deux façon de dépasser, l'une par le bas ( qui serait le matérialisme) l'autre par le haut, et qui est de l'ordre du couronnement. Loin de vouloir &quot;en finir&quot;, au sens vulgaire, avec la métaphysique, Heidegger entend en rétablir sa royauté. Par l'interrogation incessante sur les fins et sur la finalité de la métaphysique, Heidegger oeuvre à la recouvrance de la métaphysique et non à sa solidification. Qu'est-ce qu'une métaphysique couronnée ? De quelle nature est ce dépassement par le haut ? Que le déclin de la métaphysique eût conduit celle-ci de la didactique à la superstition de la technique, du nihilisme passif jusqu'au nihilisme accompli, en témoignent les théories modernes du langage et l'humanisme qui ne voit en l'homme qu'un animal &quot;amélioré&quot; par le langage. Ce que Heidegger reproche à ces théories du langage et de l'homme est d'ignorer la question de l'essence de l'homme et de l'essence du langage, et d'être en somme, des métaphysiques oublieuses de leurs propres ressources. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Le dialogue entre Jünger et Heidegger, que le bon lecteur ne doit pas circonscrire à l'échange hommagial et épistolaire sur le passage de la ligne mais étendre aussi aux autres oeuvres, prend tout son sens à partir des méditation jüngériennes sur le langage et l'herméneutique. En effet, loin de rompre avec la source théologique, Heidegger en fut le revivificateur éminent par l'art herméneutique qu'il ne cessa d'exercer au contact des oeuvres anciennes, les présocratiques, Aristote, ou modernes, Hölderlin, Trakl, ou Stephan George. De même Jünger, en amont des gloses, des analyses et des explications poursuivit le dessein de retrouver, dans les signes et les intersignes, la trace des dieux enfuis. Entre les noms des dieux et leurs puissances, entre l'empreinte et le sceau, entre le langage et la langue, entre ce que doit être dit et ce qui est dit, l'Auteur s'établit avec une inquiétude créatrice. Ce serait se méprendre grandement sur la méditation sur la Forme qui est à l'oeuvre dans les essais de Jünger que de n'y voir qu'une reproduction d'un néoplatonisme acquis et défini une fois pour toute, et réduit, pour ainsi dire à des schémas purement scolaires ou didactiques. Se tenir sur la ligne, c'est déjà refuser d'être dans la pure représentation. Entre la présence et son miroitement se joue toute véritable et féconde inquiétude spéculative.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Extrait de &lt;strong&gt;Le déchiffrement du monde, la gnose poétique d'Ernst Jünger&lt;/strong&gt;, éditions de L'Harmattan, collection Théôria.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6655314&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/00/00/1633844579.jpg&quot; alt=&quot;9782343133461-475x500-1.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
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        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Luc-Olivier d'Algange, Mythe et Logos:</title>
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      <updated>2026-01-02T19:16:56+01:00</updated>
      <published>2026-01-02T19:16:56+01:00</published>
                      <summary>  &amp;nbsp;       &amp;nbsp;   Aux premiers jours de l'année, sous le...</summary>
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          &lt;div class=&quot;xdj266r x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs x126k92a&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6653887&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/02/00/904164209.jpg&quot; alt=&quot;83375596_958654657861622_5184234034049318912_n.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Aux premiers jours de l'année, sous le signe de la sapience d'Aphrodite, songeons aux houles venues de loin, au salut angélique de Dante à Béatrice et au Choeur de la Médée d'Euripide. Des bonheurs nous en viendront, entre le soleil et la nuit, - ces mystères.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Nous savons depuis Hölderlin et Nietzsche que la pensée grecque ne fut pas seulement dévouée à la mesure et à la clarté telles que nous les concevons aujourd'hui. La mesure, loin d'être seulement cette parcimonie de l'intelligence, voire cette étroitesse de caractère propre aux morales utilitaires, sans doute en faudrait-il chercher le sens ailleurs que dans les &quot;nobles glaçons&quot; de nos habitudes ratiocinantes, dont parlait Jean Cocteau, et, par exemple, dans les spéculations pythagoriciennes ou dans le néoplatonisme ardent de l'Empereur Julien: mesure d'infini alors, ou mesure confrontée à l'infini, s'en faisant l'épreuve, comme une balance (dont l'axe serait l'&lt;em&gt;Axis mundi&lt;/em&gt;) qui laisse se reposer, de part et d'autre, un visible et un invisible, d'égale importance. Car si la pensée olympienne est claire, d'une clarté jamais entrevue avant elle, ni depuis lors, cette clarté est chargée d'une puissance tout à la fois intellectuelle et ouranienne sans commune mesure avec la clarté rationnelle qui suffit à planifier les activités ordinaires du travail ou de la didactique. La mesure et la clarté grecque ne peuvent se comprendre sans les dieux qui la manifestent, ces dieux qui appartiennent à un invisible qui est la condition même du visible.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Nous autres modernes admirons les oeuvres de l'art et de la pensée grecque tout en méconnaissant ce qui en est le principe et qui demeure en elles comme un profonde raison d'être. Sur le passé antique, comme sur le passé médiéval, nous projetons nos propres façons de voir, notre inquiétude et nos indigences et nous admirons les conséquences au détriment des causes. Or pour ressaisir la pensée grecque dans sa plasticité, dans ses gradations infinies, dans son mouvement, dans son émotion, il nous faudrait remonter en amont de la séparation que nous opérons, comme si elle allait de soi, entre le Mythe et le Logos. Platon, certes, distingue le Mythe et le Logos tout en ne cessant d'établir entre l'un et l'autre une circulation qui nous enchante autant qu'elle nous déroute. Les néoplatoniciens, de Plotin à l'Empereur Julien, quant à eux, refondèrent le Logos dans le Mythe en faisant du Logos lui-même un mythe fondateur, en reconnaissant dans le Logos, une puissance héliaque et divine.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'étonnement, l'enchantement, l'ivresse, le merveilleux, l'extase que nous dissocions des travaux de la raison (à laquelle nous réduisons désormais le Logos, celui-ci n'étant plus que le logos de la logique) loin d'appartenir à un autre monde que celui du réel, animaient comme autant de grâces, de périls et de faveurs toutes les apparences, des plus augustes et lointaines aux plus proches et familières. La logique elle-même, dont les Grecs sont dans une certaine mesure les inventeurs, à tout le moins pour nous, leurs héritiers, leur apparaissait mystérieusement en accord avec les forces qui régissent le monde et comme un aperçu éblouissant de ses arcanes. Loin d'être cette routine de la pensée qui accompagne les tractations économiques et les planifications technologiques, la logique ailée, devineresse, leur apparut sans doute comme une pénétration dans la profondeur de l'être et comme une entente possible, une entente sacrée, de l'entendement humain avec la musique des sphères.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Rien n'est plus difficile à saisir, pour nous qui vivons dans un monde disjoint, que cette entente entre la raison et le merveilleux, entre la clarté des lignes et l'intensité du numineux, - encore qu'elle subsiste, sous quelques aspects dans le &quot;merveilleux raisonnable&quot; de Perrault, qu'évoquait Pierre Boutang, et dans les mythologies chasseresses et apolliniennes de la France classique, et plus tardivement, dans l'oeuvre poétique et cinématographique de Jean Cocteau. Mais sinon cette ligne de crête, force est de reconnaître que nous sommes généralement emprisonnés dans une fausse alternative et qu'abandonnant les ressources de la plénitude jadis aimée, jadis couronnée, nous en sommes réduits à devoir choisir entre le merveilleux et la raison, à prendre le parti soit du Mythe, redevenu alors mensonge, récit fallacieux, soit le parti du Logos, ramené à une rationalité aux conséquences souvent déraisonnables. A vivre seulement dans une moitié de monde, c'est le monde entier que nous perdons, le Logos s'étiolant de sa rupture avec le Mythe et le Mythe laissé à lui-même devenant monstrueux ou cauchemardesque.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Si le Logos nous ouvre les portes de la sapience, le Mythe nous ouvre celles de l'amour. Or que nous dit le Choeur de la Médée d'Euripide ? Nommant Aphrodite, c'est-à-dire lui offrant l'oblation de sa présence heureuse, le Choeur nous dit qu'Aphrodite &quot;&lt;em&gt;envoie à la Sapience, pour l'assister, les dieux de l'Amour, les compagnons de toute excellence&lt;/em&gt;&quot;. La Sapience, la sophia, est elle-même appel amoureux, appel aux dieux de l'amour, appel à la profondeur frémissante de la déesse, qui vient de la nuit et de la mer &quot;&lt;em&gt;comme la douce respiration du vent qu'elle fait naître du Céphise&lt;/em&gt;&quot;.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;La sapience exige l'amour qui fera de l'amour de la sagesse, de la philosophie au sens antique et étymologique, une sapience amoureuse, accordée à la beauté en tant que &quot;vérité de l'être&quot;. Aphrodite, &quot;&lt;em&gt;déesse de l'heureuse navigation&quot;&lt;/em&gt;, vient en témoignage de la profondeur de l'être, au secours de la sapience. Venue des ténèbres maritimes, surgie de l'écume des flots, du plus vaste indiscernable, l'infini de la nuit s'ajoutant à la vastitude de la mer, elle engendre alors, elle-même secourue par la parole du poète, par le Logos dont le poète est l'intercesseur, &quot;&lt;em&gt;le miroir de la mer, le lointain lumineux du ciel&lt;/em&gt;&quot; qu'évoque Lucrèce. Le poète fût-il &quot;matérialiste&quot;, comme on le dit parfois de Lucrèce, reconnaît ce recours, cette hospitalité réciproque, cette entente sacrée entre le Logos et le Mythe, entre les rumeurs de la nuit maritime et les claires prairies qu'évoque l'Hymne homérique à Aphrodite &quot;&lt;em&gt;où seule l'abeille passe rêveuse au printemps&lt;/em&gt;&quot;.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Séparés, exilés l'un de l'autre, sans mesure ni oeuvre commune, comme saisis d'une rétractation, d'un rebroussement ou d'un retrait, le Mythe et le Logos nous laissent à ce désert d'abstractions, cette effarante restriction des sentiments du vrai et beau, du sensible et de l'intelligible, corrélative d'un appauvrissement du langage tel que toute poésie et toute métaphysique en deviennent peu à peu incompréhensibles. Toutefois si le Logos se restreint et se dessèche, les Mythes, eux ne meurent point. &quot;Ce qui fut jadis, écrit Goethe, dans tout l'éclat de l'apparaître, cela se meut là-bas, cela veut être éternel&quot;. L'être des dieux, écrit Walter Otto est &quot;&lt;em&gt;l'être de l'avoir été&lt;/em&gt;&quot;. Or l'avoir été demeure, ne fût-ce que dans le chant du poète qui témoigne du chant des Muses. &quot;&lt;em&gt;Cela n'est jamais advenu et pourtant c'est toujours&lt;/em&gt;&quot; écrit l'Empereur Julien. Et ce &quot;là-bas&quot;, cet &quot;éternel&quot;, ce &quot;toujours&quot; où sont-ils sinon dans la recouvrance du moment présent ?&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Homère, dans l'Iliade nomme les dieux &quot;&lt;em&gt;ceux qui vivent légers&lt;/em&gt;&quot;. Cette légèreté, cette apesanteur, nous seraient-elles ôtées à jamais ? La recouvrance nous est-elle à jamais interdite, et, avec elle, tous les enchantements nuptiaux de la rencontre du Mythe et du Logos ? Comment le croire, si nous devinons encore la profondeur du monde et de l'être, et si, dans cette profondeur, nous pressentons les dieux dans leur retrait ? Comment le croire, sinon dans un saisissement mortel qui nous laisserait comme interdits face au monde, statues de sel, âmes vitrifiées, imperméables ? &quot;&lt;em&gt;Si l'oeil, &lt;/em&gt;écrit Goethe&lt;em&gt;, n'était pas soleillant, comment verrions nous la lumière ? Si la vigueur du dieu n'était vivante en nous comment l'appel divin pourrait-il nous ravir ?&lt;/em&gt; &quot;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&quot;x14z9mp xat24cr x1lziwak x1vvkbs xtlvy1s x126k92a&quot;&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'épreuve du nocturne révèle par contraste le &quot;soleillant&quot;. L'absence creuse l'abîme limpide de la toute-présence; l'exil du dieu signe sa proximité ardente. La mesure et la clarté, comme l'écume dont naît la déesse de l'amour, viennent à nous sur des houles de nuit.&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/div&gt;&lt;div dir=&quot;auto&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;em&gt;L'Ame secrète de l'Europe, Oeuvres, mythologies, cités emblématiques.&lt;/em&gt; Editions de l'Harmattan, Collection Théôria.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
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        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Hommage à Pascal Vinardel:</title>
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      <updated>2025-12-27T23:27:43+01:00</updated>
      <published>2025-12-27T22:57:00+01:00</published>
                      <summary> &amp;nbsp;     &amp;nbsp;   A quoi bon l'an neuf s'il ne prélude à de...</summary>
      <content type="html" xml:base="http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/">
          &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6652876&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/02/02/2280467496.jpg&quot; alt=&quot;603913892_25431772896461818_5823437805855957312_n.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;A quoi bon l'an neuf s'il ne prélude à de nouvelles découvertes ? Il est bien de dire tout le mal que l'on peut penser de l'art gonflable, des ostentations subventionnées du mauvais goût, des transgressions faciles&amp;nbsp; et du conformisme de la laideur, mais il est mieux, infiniment, de rendre hommage aux véritables artistes , surtout lorsque nous avons le bonheur d'être leurs contemporains, et qu'ils savent, comme Pascal Vinardel, saisir le génie de la lumière naissante, ou du soir qui vient, dans une oeuvre dont la fidélité aux Maîtres n'ôte rien à son irréductible singularité, ni à son mystère destiné à se prolonger dans la mémoire.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;L'oeuvre de Pascal Vinardel est dans cet &lt;em&gt;hors du temps&lt;/em&gt; où nous retrouvons le monde tel qu'il demeure, - et dont nous aurons alors le bonheur de faire notre demeure. Le Mystère, au sens orphique, sera de nous retrouver en des lieux qui n'existent pas mais dans lesquels nous existerons, pour déployer, envers et contre tout, la dignité des êtres et des choses. Nul mieux que Pascal Vinardel ne sut peindre les orées de la lumière qui advient ou s'éloigne. C'est à l'aurore et crépuscule que, dans son oeuvre, s'ouvrent les ailes de l'Ange.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;°°°&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Une lettre de Pascal Vinardel&lt;/strong&gt;:&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;25 Juillet 2025&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Cher Luc-Olivier d'Algange,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;J'ai bien reçu votre beau livre que je me suis empressé d'ouvrir.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Dès les premières pages, au travers des voilages somptueux de votre langue, j'ai entrevu le fantôme d'un immense bonheur à retrouver.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Il me semble aussi que vous parlez d'un temps millénaire, que vous revenez vers nous pour mesurer le désastre et nous parler de royaumes inouïs.&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Reviendront-ils ?&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Admiration et amitié,&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif; font-size: 14pt;&quot;&gt;Pascal Vinardel.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;°°°&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Notice biographique :&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pascal Vinardel est né le 29 avril 1951, à Casablanca, dans le Maroc du protectorat français dont il gardera la nostalgie.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Issu d’une famille d’intellectuels et de musiciens, il s’oriente très tôt vers la peinture.&lt;br /&gt;Rentré en France en 1965, il poursuit ses études au lycée Janson de Sailly à Paris, puis après l’obtention d’un baccalauréat littéraire en 1969, il est admis à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris dont il obtient le diplôme en 1972.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Après avoir été primé à plusieurs occasions, il est reçu en 1974 au concours de la Casa Velázquez. De retour à Paris après un séjour de deux ans à Madrid, il rencontre ses premiers marchands, et d’importants collectionneurs commencent à remarquer ses travaux.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Pascal Vinardel affermit dès cette époque une réputation de peintre secret, à l’écart des modes de son temps.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1977, il participe à l’exposition «&amp;nbsp;Ateliers Contemporains&amp;nbsp;» au Centre Georges Pompidou, Paris.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1980, il participe à l’exposition «&amp;nbsp;Figuration d’aujourd’hui&amp;nbsp;» à l’Hôtel de Ville, Paris.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;Parallèlement , ses œuvres seront montrées lors d’expositions personnelles à la galerie Albert Loeb en 1980 puis en 1984 à Paris.&lt;br /&gt;De 1980 à 1988, François Mitterand, alors Président de la République, deviendra un de ses collectionneurs&lt;br /&gt;et fera acquérir par l’Elysée quelques unes de ses œuvres pour les chefs d’états étrangers.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1988, exposition personnelle à la F.I.A.C au Grand Palais à Paris&lt;br /&gt;par la galerie François Ditesheim, puis en 1989 et en 2003 dans cette même galerie, à Neuchâtel en Suisse&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 1990, il épouse la peintre /graphiste Rima Shaw . Ils ont une fille née à Paris en 1995&lt;/p&gt;&lt;p&gt;De 1994 à 2000, il dirige un atelier de peinture à l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2002, première rétrospective à L’espace Culturel des Dominicaines, à Pont-l’Evêque en Normandie&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2003, exposition personnelle à la galerie Visconti et simultanément à la galerie Francis Barlier. Paris&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2004, exposition personnelle à ART PARIS au Carrousel du Louvre par la galerie Visconti.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2009, exposition personnelle à la galerie Vincent Pietryka qui montrera en 2011 ses dessins et ses lavis au Grand Palais&lt;br /&gt;lors du salon «&amp;nbsp;du dessin et de l’estampe&amp;nbsp;»&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2012, parution de la monographie «&amp;nbsp;Pascal Vinardel, une oeuvre&amp;nbsp;» aux éditions Mezzo,&lt;br /&gt;textes de Jean-Philippe Domecq, Jérôme Godeau, James Lord, Frédéric Musso, Pascal Riou, Jaime Semprun et Anne de Staël.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2013, il est nommé Chevalier des Arts et des Lettres.&lt;br /&gt;Ses lavis seront exposés cette année-là au musée Angladon en Avignon, à l’occasion de l’événement&lt;br /&gt;« A&amp;nbsp;livre ouvert&amp;nbsp;» en collaboration avec la Revue Conférence.&lt;br /&gt;De 2013 à 2017, ses œuvres seront régulièrement exposées à la galerie Francis Barlier, Paris&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2017, une de ses œuvres majeures intitulée «&amp;nbsp;les portes du fleuve » (200x 320 cm) évoquant la ville de Bordeaux,&lt;br /&gt;a été montrée lors de l’exposition collective de prestige «&amp;nbsp;Présence de la peinture en France( 1974-2016) »&lt;br /&gt;à la Mairie du Vème, place du Panthéon, Paris.&lt;/p&gt;&lt;p&gt;En 2019, ses œuvres récentes ont été présentées à la galerie Nicolas Deman, Paris&lt;/p&gt;
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        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Ode au Cinquième Empire, lu par Carolyne Cannella:</title>
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      <updated>2025-12-23T18:36:11+01:00</updated>
      <published>2025-12-23T17:25:00+01:00</published>
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          &lt;p&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;
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        <name>Cahiers de la Délie</name>
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      <title>Raymond Abellio, le roman du huitième jour:</title>
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      <updated>2025-12-17T21:44:22+01:00</updated>
      <published>2025-12-17T21:44:22+01:00</published>
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      <content type="html" xml:base="http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/">
          &lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6651038&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/01/01/4263141450.jpg&quot; alt=&quot;Abellio-Parvulesco.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Luc-Ol&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;ivier &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;strong&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Raymond Abellio, le roman du huitième jour&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Je n'étais qu'une ombre parmi les ombres, mais je sentais bouger en moi ce monde ultime où la pensée devient acte et purifie le monde, sans geste ni parole, toute seule, par la seule vertu de sa rigueur, de sa claire magie.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;RIGHT&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Raymond Abellio&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le roman «&amp;nbsp;idéologique&amp;nbsp;» de Raymond Abellio outrepasse l'idéologie au sens restreint d'une partialité humaine, liée à des appartenances ou des circonstances historiques. C'est un roman engagé dans le désengagement, décrivant les conditions de l'advenue de l'Inconditionné. En allant aux confins de la psychologie, il importe à l'auteur de passer de&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;l'autre côté&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;, là où toute psychologie devient métaphysique, toute politique,&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;gnose&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;. Le roman d'Abellio s'achemine vers la «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;conversion du regard&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;», ou, mieux encore, il est le cheminement de la conversion du regard à travers les apparences d'un monde transfiguré, impassible et lumineux, où les ténèbres mêmes sont devenues les ressources profondes du jour. Qu'importe un récit qui n'a pas pour ambition ultime de dire le&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;huitième jour&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;? Qu'importe un personnage dont l'auteur n'ôte point le masque humain ? Qu'importe une histoire qui n'est point le signe visible d'une&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;hiéro-histoire&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;? Qu'importe le visible s'il n'est point l'empreinte de l'invisible&amp;nbsp;? Qu'importe l'instant qui ne tient pas&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;au cœur de l'éternité&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;?&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;La vaste orchestration abellienne, dont l'ambition romanesque n'est pas sans analogie avec celle de Balzac, semble n'avoir d'autre dessein que ce basculement à la fois final et inaugural dans l'éternel. Mais pour abolir le Temps, pourquoi écrire romans et mémoires qui semblent être, au contraire, des modes d'accomplissement de la temporalité ? Pour quelles raisons Abellio, qui visait à une sorte de monadologie leibnizienne appliquée à l'épistémologie contemporaine, ne s'est-il point limité à l'exposé didactique de la structure absolue ? «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Ma plus haute ambition,&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;écrit Raymond Abellio&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;, c'est en effet d'écrire le roman de cette structure absolue, à travers les bouleversements qu'entraîna pour moi cette découverte, et d'écrire à ce sujet non pas un essai philosophique romancé, ou un roman bâtard, mais un vrai roman, celui de ma propre vie, replacée dans cette genèse, et, à cet égard, toute vie sachant reconnaître les signes est selon moi un sujet d'une valeur romanesque sans égale, le seul sujet&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;.&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;La&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;structure absolue&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;de Raymond Abellio se distingue d'abord du structuralisme universitaire en ce qu'elle est une &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;structure&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;mobile&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt; La structure absolue n'est pas un schéma mais&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;un tournoiement de relations&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;qui s'impliquent les unes dans les autres, jusqu'à ce vertige que Raymond Abellio nomme «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;l&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;e vertige de l'abîme du Jour&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;». Or, qu'est-ce qu'un roman lorsqu'il se délivre du positivisme sommaire de la psychologie et de la sociologie, sinon la victoire de «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;l'abîme du jour&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;» sur «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;l'abîme de la nuit&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;» ? Les forces obscures, destructrices, qui hantent les personnages d'Abellio (et ne sont pas sans analogie, à cet égard, avec ceux de Dostoïevski) sont la «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;matière première&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;» au sens alchimique, du Grand-Œuvre qui portera le&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;roman idéologique&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;jusqu'à l'incandescence du&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;roman prophétique&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;. Le paroxysme de l'événement est effacement de l'événement.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Drameille, dans&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;La Fosse de Babel&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;, précise que l'on ne peut décrire un effacement. En revanche, il est possible, à l'écrivain de l'extrême, de décrire un paroxysme,&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;cette floraison d'un Dieu si plein de lui-même que martyrs et criminels s'y confondent.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;»&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Avant la grande libération solaire, il faut passer par l'ascèse nocturne de l'action&amp;nbsp;:«&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Les hommes ne retrouveront le sens du sacré qu'après avoir traversé tout le champ du tragique&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;.&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;La passion encoreinvisible du «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;dernier Occident&amp;nbsp;»&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;s'accomplira dans «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;la montée nocturne du roman où s'efface sans cesse et se renouvelle le pouvoir des mots&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;L'œuvre de Raymond Abellio rejoint ainsi l'ambition continue de la philosophie grecque, des présocratiques jusqu'aux néoplatoniciens, qui est de changer l&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;'&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Eris&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt; malfaisante&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;en&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Eris&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt; bienfaisante&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;: «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Les hommes les plus torturés par l'impossible peuvent passer pour des êtres en repos, mais leur passivité met en action, dans l'invisible, les forces les plus puissantes&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;». Le parcours de Raymond Abellio, de la politique à la gnose, relate ce passage de l'&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Eris&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;néfaste à l'&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Eris&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;faste. L'ascèse personnelle de Raymond Abellio consistera pour une grande part à juguler en lui la violence tragique et dostoïevskienne de l'ultime Occident et à dépasser, par le haut, le nihilisme des idéologies antagonistes:&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Il fallait alors regrouper secrètement, au-delà de&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;toutes les idéologies, la minorité européenne déjà consciente de sa future prêtrise&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;». Le premier chapitre de son roman significativement intitulé&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Heureux les Pacifiques&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;débute précisément par un meurtre inaccompli. L'ennemi véritable n'est pas celui que paraissent désigner, au demeurant de façon toujours obscure ou aléatoire, les circonstances historiques. L'Ennemi véritable est le Moi. Pour atteindre le Soi, il faut tuer le Moi. Les romans d'Abellio décrivent l'élévation transfigurante, avec ses dangers, ses écueils et ses échecs, de la «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;petite guerre sainte&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;» à la «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;grande guerre sainte&amp;nbsp;» qu'évoquait René Daumal. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;L'œuvre de Raymond Abellio est de celles pour qui le monde existe. Là où le romancier du&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;singulier&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;ratiocine en exacerbant son recours à l'analyse psychologique ou en se perdant en volutes formalistes, le romancier de l'&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;extrême&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;vit son œuvre comme «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;la triple passion de l'éthique, de l'esthétique et de la métaphysique&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;.&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;»Le singulier enferme l'individu en lui-même. L'extrême le conduit à ses propres limites qui non seulement le révèlent à lui-même mais changent le miroir du Moi en une vitre murmurante, voire en un vitrail dont les couleurs sont clairement délimitées mais dont les accords sont infiniment variés par le mouvement de la lumière. Les rosaces des cathédrales sont les figures versicolores de la Structure Absolue. A la fois dans le temps et en dehors du temps, révélant l'éternité par la mobilité de ses dialectiques entrecroisées, la structure absolue circonscrit &amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;l'abîme du jour&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt; de la conscience dans sa rotation solaire, dans son ensoleillement génésique. Tout pour le romancier, comme pour le gnostique (et la phénoménologie husserlienne dont se revendiquera Abellio se définit elle-même comme une «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;communauté gnostique&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;») se joue dans la conscience, qui&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;est «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;le plus haut produit de l'être&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;».&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Le roman digne de ce nom, qui entretient encore quelque rapport avec une spiritualité&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;romane,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;sera donc le roman d'une ou de plusieurs «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;consciences en action&amp;nbsp;».&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;A la ressemblance des romans de Stevenson, de Conrad ou de John Buchan, les romans d'Abellio inventent des personnages qui se mesurent aux évidences et aux ténèbres du monde. Ces personnages «&amp;nbsp;lucifériens&amp;nbsp;» ne croient point abuser de leurs forces en allant «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;au cœur des ténèbres&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;», voire au cœur du «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;typhon&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;». Leur quête de l'immobilité centrale passe par l'expérimentation des tumultes et des tourbillons les plus périlleux. N'est-il point dit dans les récits du Graal que le château périlleux «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;tourne sur lui-même&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;»? Pour n'être point rejeté dans les ténèbres extérieures, il importe de saisir au vif de l'instant l'opportunité excellente. C'est bien cette prémisse qui donne à la gnose abellienne le pouvoir de subjuguer le récit et de susciter un romancier qui, en toute conscience, domine son genre, sans nuire à l'impondérable vivacité: «&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Chaque fois j'ai vécu d'abord, réfléchi ensuite. J'ai même parfois revécu assez vite pour être obligé de détruire ce que j'avais écrit. Mais qui me comprendra ? Un seul roman dans toute ma vie, ce devrait être assez, quand la vie est finie en tant que récit et qu'en tant que réalité, elle commence.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Alors que&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Les Chemins de la liberté&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;de Sartre s'alourdissent de l'insistance avec laquelle son auteur défend sa thèse, la trilogie abellienne (ou la tétralogie, selon que l'on y intègre ou non son premier roman&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Heureux les Pacifiques&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;) fait jouer la structure absolue dans tous les sens et se refuse aux vues édifiantes, laissant au lecteur la possibilité d'une lecture périlleuse, où la conscience ne peut compter que sur ses propres pouvoirs pour discerner le Bien et le Mal, autrement dit, la Grâce et la pesanteur. Si Abellio est bien le contraire d'un donneur de leçons, il est fort loin de se complaire dans un immoralisme qui ne serait que la floraison parasitaire de la morale qu'il condamne. Il peut ainsi fonder une éthique, directement reliée à l'esthétique et à la métaphysique. La morale abellienne est cette&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;fine pointe&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;où la pensée de Nietzsche rejoint la théologie de Maître Eckhart.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Dans leurs fidélités et dans leurs transgressions, c'est bien à la recherche d'une morale que s'en vont les personnages de Raymond Abellio et à travers eux, Raymond Abellio lui-même. Mais cette morale n'est pas une morale utilitaire, une morale de la récompense ou du marchandage, mais une morale héroïque et sacerdotale. Pour Raymond Abellio, le péché, c'est l'erreur. A ce titre, le péché ne doit point conduire à la culpabilité mais à un&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;repentir,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;au sens artistique. Le penseur est un archer: il doit apprendre à&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;ajuster&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;son tir. Pécher, c'est rater le cible. La méditation du repentir favorise une plus grande exactitude. Le moralisateur se trouve en état de péché continuel, lui qui à force de s'occuper des archets d'autrui, ne cesse de manquer, dans sa propre relation au monde, la cible du Bien, du Beau et du Vrai. A cet égard, l'œuvre de Raymond Abellio relève bien d'une ascèse&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;pascalienne&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Les romans de Raymond Abellio sont pascaliens par leur dramaturgie qui décrit la rencontre, à travers les personnages, de&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;l'esprit de finesse&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;, qui saisit les nuances du moment, et de&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;l'esprit de géométrie&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;, qui entrevoit les vastes configurations où s'inscrivent les destinées humaines, collectives ou individuelles. L'œuvre n'est pas moins novatrice lorsqu'elle délivre le sens du destin, le&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;fatum&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;des tragédies et des romans de Balzac, du déterminisme purement naturaliste. Dans&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;La Fosse de Babel&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;ou&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Visages immobiles&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;&lt;em&gt;,&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt; le destin individuel n'a pas une moindre signification que le destin collectif. L'individuel et le collectif s'entretissent si bien qu'il n'est aucune complexité, ni aucune puissance, qui ne dussent être saisies et dominées par l'entendement. Loin de soumettre l'individu, de lui ôter son libre-arbitre,&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;l'interdépendance universelle&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;, qui est l'a-priori théorique de la structure absolue, restitue la personne à sa souveraineté bafouée par l'&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;individualisme de masse&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Si les mouvements majestueux des astres influent sur nos destinées, Abellio ne manquera pas de rappeler qu'un homme qui étend ses bras change l'ordre des constellations, fût-ce de manière infime. Mais qui est juge de l'importance de l'infime ou du grandiose ? Lorsque l'esprit de finesse coïncide avec l'esprit de géométrie, l'infime et le grandiose s'impliquent l'un dans l'autre dans un&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;ordre de grandeur&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;où la qualité entre en concordance avec la quantité sans plus être écrasée par elle, comme par sa base, la pointe d'une pyramide inversée. Tout auteur, qui n'entend pas être réduit au rôle de pourvoyeur de distractions ou d'homélies à conforter la bonne conscience du médiocre, ne peut témoigner en faveur de son art sans avoir entrepris, au préalable, une critique radicale des morales, des valeurs et des savoirs qui prétendent au gouvernement absolu des hommes par l'exclusion de toute métaphysique et de toute transcendance. Conjoignant la finesse du romancier et la géométrie du métaphysicien, s'inscrivant ainsi dans la voie royale de la haute-littérature - de la&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Délie&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;de Scève jusqu'aux&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Nouvelles Révélations de l'Etre&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;d'Antonin Artaud - l'œuvre de Raymond Abellio veut définir l'espace nécessaire à de nouvelles&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;advenues&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;de l'Intellect.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Ces advenues seront transdisciplinaires, européennes, tiers-incluantes et gnostiques&amp;nbsp;:&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;«&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;Si aujourd'hui, en Europe, la politique n'est plus qu'affairisme ou futilité, une supra-politique est train de naître, qui n'est encore que pressentiment et reste au stade de la non-politique. Le grand drame intérieur de Kierkegaard, Dostoïevski, Nietzsche, Kafka et Husserl, qui s'est dilué chez les épigones en scolastiques de minuties incapables de rapprocher les signes, devient le drame même de l'histoire. Sur la sous-humanité, par une juste compensation, une surhumanité tente de naître. Dans un monde où toute relation véritable est rompue, elle seule vit, dans sa solitude, la triple et unique passion de l'éthique de l'esthétique et du religieux, d'où sortira un comble de relation: une religion nouvelle.&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;» Mais cette religion nouvelle sera essentiellement christique, comme une possibilité, en attente ardente, autant qu'en péril, de la &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;span lang=&quot;fr-FR&quot;&gt;sophia perennis.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;&lt;p lang=&quot;fr-FR&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;a name=&quot;p1&quot;&gt;&lt;/a&gt; &lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Deux lettres de Raymond Abellio&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Vence, le 5 février 1986&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Cher Luc-Olivier d'Algange,&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;La revue&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Pictura&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;et votre lettre m'ont été retransmises à Vence, où je passe durant l'hiver, la majeure partie de mon temps. Merci pour l'une et l'autre et tous mes compliments pour votre article sur les néoplatoniciens: vous y abordez de grands et multiples sujets, dans une parfaite clarté, ce qui n'est pas si simple, et j'y ai retrouvé avec bonheur nombre de thèmes qui me passionnent et dont je serais heureux de parler avec vous. Car nous pouvons, si vous le désirez, nous rencontrer, soit ici, soit à Paris, soit à Toulouse où je serai, en principe, au début du mois de mai.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;N'ayant reçu&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Pictura&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&amp;nbsp;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;qu'hier soir, je n'ai pu lire que votre article dont je ne vois pas encore comment il s'intègre au reste de la revue, mais peut-être cet éclectisme est-il voulu. Dites-moi ce qu'est&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Pictura&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Vous donner un texte m'est plus difficile que vous rencontrer; je travaille en ce moment à un essai qui me prend tout mon temps et me fatigue beaucoup. A mon âge, il est à peu près impossible de mener deux choses de front. Mais j'ai avec moi un petit groupe d'amis bien plus compétent en matière de Kabbale et de Yi-king, par exemple. Je pourrais les mettre en rapport avec vous.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Soyez assuré en tous cas du vif plaisir que j'ai à vous lire, et, en attendant de faire votre connaissance, croyez-moi, je vous prie, bien sympathiquement vôtre.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Raymond Abellio.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;*&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Vence, le 27 février 1986&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Cher Luc-Olivier d'Algange&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Un grand merci pour votre envoi (lettre et article destiné à&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Question de&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;).&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Question de&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp;est une revue que je connais bien et qui, en gros, m'a toujours soutenu. Robert Amadou, qui y écrit, est mon ami. Je n'en dirai pas autant de l'Université en général, à l'exception de non-conformistes comme François George, qui dirige la revue&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Liberté de l'Esprit&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, fort éclectique, il est vrai, - mais il faut être agrégé de philosophie pour être admis dans le milieu professoral, et le groupe d'influence qui s'est créé autour de Foucault, Barthes, Derrida, Lyotard, est encore tout puissant, et l'accès à la collection&amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;La Bibliothèque des Idées&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/em&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, chez Gallimard, est devenu impossible, je pense, à qui n'est pas &quot;du métier&quot;. La parution de la &quot;Structure Absolue&quot; n'y fut possible que grâce aux efforts d'un ami politique, Robert Carlier, qui sut convaincre Michel Deguy. Il y fallut quand même des mois de palabres.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Je serai à Toulouse le 29 avril pour une conférence à l'Hôtel d'Assezat, sous l'égide de l'Académie des Jeux Floraux et resterai dans ma bonne ville natale (qui m'a remarquablement ignorée jusqu'ici) jusqu'au 3 mai. Nous pouvons nous rencontrer avant, à Paris ou à Vence, si vous le désirez, mais ce séjour à Toulouse nous donnera toute liberté.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;A bientôt donc, et toujours bien sympathiquement vôtre&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #000000;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Georgia, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Raymond Abellio.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
        <uri>http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/about.html</uri>
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      <title>Jean-Pierre Melville dans le Cercle Rouge:</title>
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      <updated>2025-12-16T23:56:11+01:00</updated>
      <published>2025-12-16T23:51:00+01:00</published>
                      <summary> &amp;nbsp;       Jean-Pierre Melville dans le Cercle Rouge       Un...</summary>
      <content type="html" xml:base="http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/">
          &lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;br /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: 300%;&quot;&gt;Jean-Pierre Melville dans le Cercle Rouge&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Un témoignage de Jean Parvulesco sur Jean-Pierre Melville&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Alors que pour n’importe quel avortement mondain la grande presse prend feu et flambe comme de la paille sèche, les meneurs cachés de la désinformation générale ont décidé que la mort de Jean-Pierre Melville devait être passée sous un éclairage ultra-diminué&amp;nbsp;: à quelques rares, trop rares exceptions près, cette consigne, il faut le reconnaître a été plutôt bien suivie. La tristesse glaciale et ambiguë, par ailleurs si parfaitement urbaine, prévue, ainsi, pour signaler la disparition de Jean-Pierre Melville n’a donc pas manqué de sombrer, sur commande, dans une rhétorique de circonstance, factice, conventionnelle et vide, dont l’inauthenticité patente frisait l’obscénité peut-être plus encore que la provocation. Tout cela s’est vu, épargnons-nous, par décence envers nous-mêmes, les citations appropriées. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;L’homme seul, et si serein dans son désespoir absolu, qui, en moins de cinq ans, a su donner au cinéma français, &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Le Samouraï&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;L’Armée des Ombres&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Le Cercle Rouge&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, c’est-à-dire ses seules armes actuelles de violence et d’action totale, l’homme qui avait su comprendre, et avec quelle discrétion hautaine, que la dernière chance d’un cinéma allant contre la mise en abjection générale était la tragédie et que la tragédie, aujourd’hui, au-delà de la politique, ne saurait plus être que morale, l’homme du dernier et suprême combat de la fatalité héroïque, qui est combat contre soi-même, ne méritait-il pas qu’on lui laissât l’honneur de s’en aller sans que l’on fasse donner, pour lui, la faquinade parisienne et ses minables chacaleries du prêt à porter sentimental, lui infligeant ainsi, sournoisement, et comme pour une dernière fois, ce qu’il avait le plus exécré, le plus haï dans sa vie&amp;nbsp;? &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Jean-Pierre Melville n’était pas, Jean-Pierre Melville n’a jamais été des leurs. Ces jeunes larves fatiguées de ne pas être qui dictent, aujourd’hui, dans le cinéma français, leur loi de subversion et de déchéance avantageuse, Jean-Pierre Melville les vomissait de tout son être, et jusqu’au &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;vomito nero&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;,&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; spécialité comme on le sait, des Papes qui s’en vont en état de désespoir, et marquent leur agonie d’un signe d’épouvante et de malédiction. Il faut dire, aussi, que les autres le lui rendaient bien. Ce n’est peut-être pas qu’ils avaient déjà tellement envie qu’il s’en aille tout de suite, mais ils n’avaient pas non plus tellement l’envie qu’il s’attardât encore. Depuis quelque temps Jean-Pierre Melville commençait vraiment à être de trop. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Mais d’où leur vint-elle donc cette haine inavouable autant qu’inextinguible, la méfiance active qu’ils n’ont pas fini d’entretenir à l’égard de l’auteur de &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;L’Armée des Ombres&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, cette ségrégation à plaie ouverte qui lui a été si efficacement prodiguée le long de ces dernières années&amp;nbsp;? C’est que Jean-Pierre Melville était lucidement, et comme fatalement, un homme de droite, ainsi que le soulignait Jean Curtelin, - et si tant est que cette séparation douteuse entre la gauche et la droite puisse encore avoir, aujourd’hui, un sens autre que celui que s’acharnent à lui imposer le fanatisme halluciné, l’obscurantisme retardataire de ceux pour qui la gauche reste l’alibi d’une irrémédiable impuissance d’être en termes de destin. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;D’autre part, plus qu’un homme seul, Jean-Pierre Melville était un homme séparé, un activiste forcené du vide qui sépare du monde et des autres, un fanatique glacé et serein du vide qui traduit tout en terme d’&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;infranchissable&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;. Le secret de sa vie tenait, tout entier, dans ce que Nietzsche appelait le pathos de la distance. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;La séparation, pourtant, ni l’éloignement du monde, n’étaient, chez Jean-Pierre Melville, une forme de désertion, bien au contraire. Le monde, pour lui, il ne s’agissait pas de le fuir, mais de le changer. Car tel est l’enseignement intérieur de l’engagement pris par Jean-Pierre Melville envers sa propre vie, sa relation souterraine avec ce que Rimbaud avait appelé «&amp;nbsp;la vraie vie&amp;nbsp;»&amp;nbsp;: ne pas changer soi-même devant le monde, mais changer le monde afin qu’il se rende conforme et s’identifie au rêve occulte, à l’image lumineuse et héroïque que l’on porte au fond de soi. Comment transfigurer, comment changer le monde si, comme le dit, toujours, Rimbaud «&amp;nbsp; le vrai monde es ailleurs&amp;nbsp;». Aux voies dites traditionnelles, Jean-Pierre Melville avait su préférer l’action directe, la vie de l’action directe, l’action occulte d’un petit nombre de prédestinés à l’accomplissement des grandes entreprises subversives du siècle, et qui, piégés à l’intérieur du Cercle Rouge, changent, pour s’en sortir, les états du monde, le cours de l’histoire et de la vie. Et c’est ainsi que Jean-Pierre Melville avait trouvé dans l’action politique, dans ses options subversives d’extrême-droite&amp;nbsp;: une confrérie, une caste de combattants de l’ombre qui s’imposent à eux-mêmes une rigueur, un dépouillement terrible, indifférents aux résultats immédiatement visibles de leur action, attentifs seulement aux exigences de leur sacrifice et à la gloire cachée de leur longue rêverie activiste sur le mystère du pouvoir absolu. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;En ce qui me concerne, c’est en termes de caste spirituelle, ainsi que l’eussent fait, à coup sûr, les Treize de Balzac constitués en société secrète de puissance, que je me risque à parler de Jean-Pierre Melville comme d’autres n’ont pas su, n’ont pas voulu ou, tout simplement, n’ont pas eu le courage de le faire, la terreur conjuguée du gauchisme qui se montre trop et du grand argent qui ne se cache plus assez les tenant tous à la gorge impitoyablement. Mais moi je n’ai plus rien à perdre. Alors, pourquoi ne parlerais-je. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Un cinéma chiffré en profondeur&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Ce même combat de l’ombre, Jean-Pierre Melville le retrouve, avec son cinéma le plus grand, dans l’exploration des réprouvés suicidaires de la société et de leur milieu secret, exploration qu’il poursuit, lui-même à la fois lucide et fasciné, jusque dans les derniers retranchements, de leur décision de rupture, de leur séparation originaire.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Seulement il se fait que du &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Deuxième Souffle &lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;jusqu’au &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Cercle Rouge&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, ces réprouvés de la société ne sont qu’autant de projections chiffrées de ses propres phantasmes intérieurs, phantasmes qui n’ont rien à voir, en réalité, avec le monde irrespirable, intenablement atroce et vide, où évoluent les vrais truands. Bien mieux sans doute que certains autres, réputés, pourtant, et cultivés avec soin pour leurs relations supposées dans le grand mitan, le mitan dans le vent, Jean-Pierre Melville savait parfaitement à quoi il lui fallait d’en tenir quant à la soi-disant morale du milieu, qui n’en a rigoureusement aucune, et dont les seules vertus actives sont celles d’une immonde inclination aux boucheries inutiles et lâches, marque d’infamie des tarés qui en veulent congénitalement à l’ordre établi et qui se défoncent, chaque fois qu’ils peuvent se le permettre sans trop de risques, par l’étalage d’une violence que d’aucuns s’obstinent à vouloir à la noirceur exaltante, héroïque, alors qu’en réalité celle-ci n’a aucune signification autre que celle de sa bestialité intime, aucun souffle de désespoir profond ni de grandeur, fût-elle négative. Au bout du compte, et au-delà de tout romantisme imbécile, de toute fascination équivoque envers les bas-fonds, la seule attitude majeure envers le milieu reste celle d’une Roger Degueldre, qui, sous prétexte de je ne sais plus quelle «&amp;nbsp;conférence au sommet&amp;nbsp;» entre le grand milieu d’Afrique du Nord et l’OAS, avait réussi à rassembler les caïds de la pègre dans une ferme isolée des environs d’Alger pour un nettoyage par le vide dont on ressent encore les conséquences&amp;nbsp;: trois générations de malfrats passés au fusil-mitrailleur, cela laisse quand même un trou. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Quelle est alors l’impulsion occulte, quelle est la déchirure fondamentale du cinéma de Jean-Pierre Melville, si admirablement cachés, au demeurant, l’une et l’autre, derrière les mythologies de dissimulation qui lui auront permis de dresser dialectiquement face au monde transparent et creux de la réalité extérieure, la réalité à la fois fulgurante et interdite de son propre monde intérieur&amp;nbsp;? &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Comme Joseph Buchan, comme Fritz Lang, Jean-Pierre Melville appartient à la grande race des obsédés du pouvoir absolu. Le secret de sa vie, qui est aussi le secret de son cinéma, concerne une longue et déchirante rêverie sur le mystère en soi et sur l’appropriation subversive du pouvoir total, pouvoir total conçu à la fois comme un vertige, comme une super-centrale activiste et comme un concept absolu. Appropriation subversive d’un pouvoir politique total dont les chemins passent par l’expérience ultime de l’empire de soi-même, auquel, pour y parvenir, il faut franchir, comme dans &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Le Samouraï&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, les épreuves terribles d’une action de plus en plus voisine de l’impossible, de plus en plus ouverte sur le vide de soi-même et, finalement, sur la mort. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Mais le pouvoir total ne saurait être qu’un pouvoir caché, et, de par cela même, un pouvoir essentiellement symbolique&amp;nbsp;: le cinéma de Jean-Pierre Melville est un cinéma chiffré en profondeur, tout comme l’aura été sa propre vie. Car chose certaine et claire, l’expérience des confrontations permanentes, de la permanente remise en question, - remise en question des pouvoirs de la liberté cachée et de la liberté ultime de tout pouvoir secret, expérience dans laquelle on reconnaît le problème des rapports de force auxquels se résument tous les films noirs de Jean-Pierre Melville, est aussi, de l’expérience intérieure de tout pouvoir politique en prise directe sur la marche de l’histoire. Derrière le cinéma exaltant le mystère de solitude et de vide ardent du crime, Jean-Pierre Melville s’est employé à cacher en semi-transparence le véritable discours, l’unique tourment profond de sa vie. Discours et tourment qui n’ont jamais été que d’ordre politique&amp;nbsp;: dans cette perspective de clair-obscur et de vertige au ralenti, le &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Samouraï&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; devient soudain autre chose, &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Le Cercle Rouge&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; aussi. Tout change, tout se laisse et se donne à comprendre autrement. Mais surtout, pas par n’importe qui. Il faut y avoir accès, il faut en être, il faut en avoir été. Ce qu’il n’avait pas pu mener à bien ouvertement jusqu’au bout, Jean-Pierre Melville l’a fait, occultement, dans son cinéma. Il en va, ainsi, de toute poursuite de la grandeur tragique en France, où le terrain est depuis longtemps pourri. Si quelque chose doit se faire jusqu’au bout, il faut d’avance se résigner à passer toujours par l’épreuve de l’acceptation des ténèbres et de la dissimulation. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Quoi de plus français, en ce sens, qu’une figure apparemment logique et très claire, où le soleil limpide de la raison luit en liberté et s’exalte de tous ses feux, mais dont l’éblouissement même en double la clarté par une nuit impitoyable et profonde comme la mort&amp;nbsp;? Dans l’œuvre de Jean-Pierre Melville, la raison apparaît et semble s’imposer avec les mécanismes intérieurs du pouvoir de la pègre, où tout est logé dans les rapports objectifs des forces en présence, alors que la nuit et ses abîmes agissent, par en-dessous, à travers la confrontation nocturne des organisations secrètes de puissance et du pouvoir absolu qui se les approprie et les détruit, l’une après l’autre, en les assumant. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Ce que des témoins non prévenus se trouveront forcés de prendre pour des règlements de compte entre truands de haut vol, représenteraient ainsi, dans le cinéma de Jean-Pierre Melville, la tragédie intérieure du pouvoir politique total, le tourbillon qui porte, toujours plus avant vers son propre centre, vers le lieu de résolution finale de leurs destinées communes, les divers secrets d’action révolutionnaire que l’on sait et que l’on ne sait pas. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Dans cette perspective, et en forçant quelque peu la note, disons que le cinéma d’action de Jean-Pierre Melville pourrait fort bien n’être, après tout, et comme au bout du compte, qu’une longue réflexion sur le CSAR, sur le «&amp;nbsp;Comité Secret d’Action Révolutionnaire&amp;nbsp;» d’Eugène Deloncle, ou sur toute entreprise de grande subversion du même genre. Et cette supposition, on l’aura déjà compris, n’est pas tellement gratuite. Au contraire même, peut-être. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Enfin, toutes ces choses dites, il ne reste plus que le problème de la solitude irrémédiable du héros tragique, ce que Jean-Pierre Melville appelait «&amp;nbsp;la solitude du tigre&amp;nbsp;». &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: x-large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;La solitude du Tigre&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Plus que jamais, devant le monde des autres, reconnu intolérable, l’unique recours est celui de faire face, de se refuser violement à toute forme de démission, à tout compromis et à tout oubli. La morale intime de Jean-Pierre Melville est la morale secrète du &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;samouraï&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;, du guerrier mystique pour qui, indifférent quant à l’issue finale de son épreuve, seul compte le combat de la lumière invisible de ses armes. Cette morale ne s’enseigne pas, son secret ni son souffle de vie ne sont transmissibles&amp;nbsp;: on n’y accède que par la prédestination, ou par l’œuvre intime, en soi, du «&amp;nbsp;seigneur inconnu du sceptre et de l’épée&amp;nbsp;». &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Cette morale c’est déjà le &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Bushîdo&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; de la grande solitude occidentale de la fin, la solitude du tigre lâché dans la jungle de béton, dans le monde trois fois maudit du renversement final de toutes les valeurs. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Que l’on aille donc revoir les films de Jean-Pierre Melville, et l’on comprendra peut-être quelle espérance il nous reste de retrouver, en nous, un jour. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt; &lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Jean Parvulesco&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;a name=&quot;Bookmark&quot;&gt;&lt;/a&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt; &lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Ce texte a été publié précédemment dans le &amp;nbsp;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;strong&gt;Cahier Jean Parvulesco&lt;/strong&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=&quot;color: #632423;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&amp;nbsp; publié aux Nouvelles Littératures Européennes, sous la direction d’André Murcie et Luc-Olivier d’Algange. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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      <author>
        <name>Cahiers de la Délie</name>
        <uri>http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/about.html</uri>
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      <title>Un phénoménologue à l'état sauvage, Malcolm de Chazal:</title>
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            <id>tag:cahiersdeladelie.hautetfort.com,2025-12-16:6575087</id>
      <updated>2025-12-16T15:52:03+01:00</updated>
      <published>2025-12-16T15:50:00+01:00</published>
                      <summary> &amp;nbsp;     &amp;nbsp;        Malcolm de Chazal, un phénoménologue à l'état...</summary>
      <content type="html" xml:base="http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/">
          &lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: center;&quot;&gt;&lt;img id=&quot;media-6650732&quot; style=&quot;margin: 0.7em 0;&quot; title=&quot;&quot; src=&quot;http://cahiersdeladelie.hautetfort.com/media/01/00/1787853940.jpg&quot; alt=&quot;H3427-L203367164_original.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Times New Roman, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: medium;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;&lt;strong&gt;Malcolm de Chazal, un phénoménologue à l'état sauvage&lt;/strong&gt;&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;&lt;em&gt;«&amp;nbsp;Tous les gestes de la nature se résument en un mouvement de danse&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;CENTER&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: Garamond, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Malcolm de Chazal&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; I&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;l existe différentes sortes de livres. Ceux que l'on étudie dans la boiserie des bibliothèques, ceux que l'on emporte avec soi dans le verdoiement des forêts, ceux, enfin, qui nous emportent où bon leur semble au point de nous faire oublier où nous sommes et qui nous sommes.&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p style=&quot;text-align: justify;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; L'œuvre de Malcolm de Chazal appartient d'emblée à toutes ces catégories. Aussi prompte à alimenter les cogitations structurales d'un Raymond Abellio qu'à porter à l'incandescence des songeries chamaniques, aussi audacieuse dans ses spéculations métaphysiques qu'enracinée dans le sensible, dont elle réveille en nous les pouvoirs d'étonnement et de merveilleux, cette œuvre, phénoménologique, cosmogonique, poétique et mystique échappe à toutes les règles et tous les genres. Sans doute n'y eut-il point, depuis Novalis, une tentative aussi magistrale de réinventer la «&amp;nbsp;grande herméneutique&amp;nbsp;», celle de la nature et des choses, avec l'intuition de l'aruspice conjuguée à la virtuosité du poète. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; &lt;em&gt;Comment être au monde ?&lt;/em&gt; &lt;em&gt;La Vie filtrée&lt;/em&gt; de Malcolm de Chazal répond à cette question non par des hypothèses, des raisonnements mais par des «&amp;nbsp;&lt;em&gt;répons&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» qui changent la nature même de l'entendement humain. Nous autres, Modernes, passons notre temps à croire que nous raisonnons alors que nous ne faisons que ratiociner (et médiocrement) dans le vide. Nous voyons le monde comme un spectacle dont nous nous croyons retranchés. Nous oublions que notre esprit, notre âme et notre corps ne sont rien d'autre que des organes de perception et que toute pensée qui nous vient ne vient pas de nous mais du monde. Mais nous vient-il encore des pensées ? Et qu'est-ce qu'une pensée ? En quoi pèse-t-elle sur notre âme ou l'allège-t-elle ? Malcolm de Chazal, qui ne croit ni à l'intelligence humaine ni à la raison s'efforce de capter l'&lt;em&gt;influx&lt;/em&gt; de l'intelligence du monde, telle qu'elle se manifeste dans les nervures les plus subtiles de la vie intérieure et de la vie extérieure (qui n'en font qu'une). L'intelligence, pour Malcolm de Chazal n'est pas une faculté, mais une possibilité, «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l'homme, en essence, n'étant pas intelligent, ni ne se faisant intelligent, mais étant fait intelligent par l'Influx, par la pénétration de l'Invisible..&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;». On se souviendra de la phrase de Schelling: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Le &quot;Je pense donc je suis&quot;, est depuis Descartes, l'erreur fondamentale de toute connaissance. Le penser n'est pas mon penser, et l'être n'est pas mon être car tout n'appartient qu'à Dieu ou à l'univers&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;»&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; De même que Claudel parlait à propos de Rimbaud d'un mysticisme à l'état sauvage, on pourrait dire de Malcolm de Chazal qu'il fut un phénoménologue à l'état sauvage. Là où les phénoménologues universitaires se heurtent à d'infinies difficultés, l'auteur de &lt;em&gt;La Vie filtrée&lt;/em&gt; devance ce piège que la raison lui tend en s'identifiant immédiatement au phénomène lui-même, en faisant de la métaphore poétique une &lt;em&gt;façon d'être&lt;/em&gt;, et non plus seulement une façon d'écrire. Ce retournement de la vision, qu'Abellio, en gnostique, nommera la «&amp;nbsp;&lt;em&gt;conversion du regard&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», fut, pour Malcolm de Chazal une expérience fondatrice, au même titre que la réminiscence proustienne ou l'irradiante «&amp;nbsp;&lt;em&gt;étoile au front&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de Raymond Roussel. Toute grande œuvre littéraire, poétique ou philosophique procède d'une expérience extatique de cette sorte, qu'on la dise mystique ou «&amp;nbsp;&lt;em&gt;expérience-limite&lt;/em&gt;&amp;nbsp;», qu'elle se traduise par une mathématisation du Réel ou par une fusion immanente dans les fougères dans un &lt;em&gt;archéon&lt;/em&gt; anté-humain comme chez Powys, qu'elle soit une intuition fulgurante de la nature inconnue de l'espace-temps, comme dans &lt;em&gt;Ada ou l'Ardeur&lt;/em&gt;, le merveilleux roman de Nabokov, il s'agit toujours d'un instant fondateur, où le regard change et se trouve changé par ce qu'il voit. «&lt;em&gt; Je suis, &lt;/em&gt;écrit Malcolm de Chazal, &lt;em&gt;un être revenu aux origines. A mon sens, il est stupide de croire que l'on peut connaître l'homme si l'on ne connaît pas la fleur. Que l'on peut connaître Dieu si l'on ne connaît pas le sens occulte de la pierre. La connaissance est indivisible et cette connaissance a été perdue.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; La recouvrance de cette connaissance perdue n'est pas seulement un vœu pieux, comme elle le fut parfois dans le Romantisme et le Surréalisme, elle devient, par le «&amp;nbsp;&lt;em&gt;sens magique&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de Malcolm de Chazal, une véritable métaphysique expérimentale. Touchant à ce qu'il y a en nous de plus archaïque, mais avec l'intelligence la mieux exercée, Malcolm de Chazal retourne vers le monde ce sens des nuances, des radicelles, propre à l'introspection. Ainsi la métaphore n'est plus le signe, la réverbération d'une réalité intérieure, inconsciente, mais un mouvement que l'on pourrait dire d'&lt;em&gt;extrospection&lt;/em&gt;. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Cette herméneutique radicale et immense qui ressaisit le monde comme une conscience ensoleillante est à la fois œuvre de poète et de philosophe, œuvre de visionnaire et de naturaliste. Les philosophes sont nombreux à avoir cherché cette «&amp;nbsp;clef magique&amp;nbsp;» qui permettrait de penser et d'éprouver en même temps l'un et le multiple et d'en finir avec le dualisme, auquel le monisme métaphysique lui-même n'échappe pas, puisqu'il s'oppose encore au multiple et veut s'en distinguer. L'une des clefs de cette herméneutique totale se trouve sans doute dans la théorie des «&amp;nbsp;&lt;em&gt;passe-teintes&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Ainsi la multiplicité des mondes, des teintes, au sens alchimique, des états de conscience et de l'être est à la fois une réalité et une vue de l'esprit qu'unissent les «&amp;nbsp;&lt;em&gt;passe-teintes&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» comme autant de moments d'une gradation dynamique, en perpétuelle révolution, et dont les bouleversements imperceptibles dans l'apparente immobilité accordent ce qu'il y a de plus grand dans le cosmos à ce qu'il y a en nous de plus secret et de plus précieux. Loin d'être séparés, le microcosme et le macrocosme, le sensible et l'intelligible ne cessent, dans les pages admirables de &lt;em&gt;Sens plastique&lt;/em&gt; et de &lt;em&gt;La Vie filtrée,&lt;/em&gt; de s'illuminer et de s'obscurcir réciproquement, non sans déployer, entre cette clarté et cette nuit, les abîmes et les apogées des couleurs. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Quelque immense l'artiste&lt;/em&gt;, écrit Malcolm de Chazal,&lt;em&gt; et à quelque grandeur que puisse atteindre l'Art dans les temps futurs, jamais ne seront inventées ces teintes qui font pont entre les berges des couleurs, quand les couleurs se frôlent en torrents dans l'air et laissent entre elles des fossés d'infinie profondeur. C'est le secret des couleurs d'enjambement dans la Nature de ne laisser aucun détroit de vide entre champs colorés, quelle que soit la furie avec laquelle une couleur glisse auprès d'une autre teinte à l'état stagnant ou ralenti, et quelque terrifiante la course de deux couleurs à la fois qui passent l'une contre l'autre sans se toucher. Cet art de mettre des ponts entre les couleurs est l'art naturel des passe-teintes qui fait que la fleur est mariée au fruit et à la feuille, et que la tige ne déborde pas sur le tronc, et que le tronc ne sème pas son feuillage en flaques colorées dans le vent, mais le marie au paysage d'alentour&lt;/em&gt;.&amp;nbsp;» Il nous resterait donc encore, tâche exaltante, à faire de cette théorie, de cette vision, la charte d'une herméneutique, non plus dévouée seulement au déchiffrement des écrits mais à celui du monde lui-même (les écrits, au demeurant faisant aussi partie du monde, au même titre que les fleurs de givre sur les vitres hivernales ou le tracé des oiseaux dans le ciel). &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Les ressassements les plus cacochymes étant, de nos jours, invariablement qualifiés de «&amp;nbsp;nouveautés&amp;nbsp;» on hésite à souligner la nouveauté de l'œuvre de Malcolm de Chazal. L'œuvre, par ailleurs, s'inscrit bien dans une tradition. Nous évoquions Novalis, mais l'on songe aussi au Maurice Scève du fabuleux et méconnu poème &lt;em&gt;Microcosme&lt;/em&gt;, voire, et la comparaison ne nous paraît point injurieuse, à Gongora (auquel il conviendrait aussi de rendre justice). Ce qu'il y de nouveau, d'une nouveauté éternelle, dans l'œuvre de Malcolm de Chazal, au point de renouveler l'acte même de lire, ce n'est pas seulement qu'il nous apprend, en lisant son livre, à lire à notre façon le ciel et la terre, les couleurs, les astres, les fleurs et les songes, c'est d'avoir fait de cet art de lire une expérience non point singulière ou subjective mais &lt;em&gt;objective et extrême&lt;/em&gt;. Il s'agit bien d'un au-delà de l'art, qui emporte avec lui et en lui tous les prestiges et toutes les libertés de l'art, mais pour s'en affranchir. La pensée devient ainsi, désentravée de l'utilitarisme et de son contraire, «&amp;nbsp;l'art pour l'art&amp;nbsp;», cette puissance recueillie et songeuse, dionysienne et précise qui «&amp;nbsp;&lt;em&gt;court et rattrape les couleurs qui bougent, les lient à travers l'espace, marie les houppes jaune d'or du mimosa au vert en flèche de ses feuilles, fiance pour toujours le feu à sa fumée, rattache les veines pourpres de la rose écarlate au fuseau vert de sa tige, allie les vertes vrilles de la vigne au corset gris de l'écorce, met un pont entre le bleu de l'azur et les blanches ailes des nuées...&amp;nbsp;» &lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Pour Malcolm de Chazal, nous ne sommes point séparés du monde qui nous entoure, ou plus exactement nous entourons le monde qui entoure. Métaphysique fondée sur une physique expérimentale des sensations, restituant à l'intuition, à ce qu'il nomme «&amp;nbsp;&lt;em&gt;le sens angélique immédiat&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;, sa place royale, la pensée de Malcolm de Chazal nous délivre radicalement du positivisme du dix-neuvième siècle et de la superstition de la logique linéaire des effets et des causes. Nous comprenons à lire &lt;em&gt;La Vie filtrée&lt;/em&gt; qu'il serait aussi absurde de croire que notre pensée est un «&amp;nbsp;produit&amp;nbsp;» de notre cerveau que de croire que l'air est seulement un produit de nos poumons ou la lumière un épiphénomène de nos yeux. Puisant à source même de l'enfance («&amp;nbsp;&lt;em&gt;Quand l'enfant goûte un fruit, il se sent goûté par le fruit qu'il goûte. Quand l'enfant touche l'eau, il se sent touché par l'eau en retour. Quand l'enfant regarde une fleur, il voit la fleur le regarder&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;), Malcolm de Chazal, puise à la source antérieure à tous les nihilismes, et rend possible, comme à jamais, la faculté de penser et d'être pensé au même instant. «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Toutes les théories initiatiques de la connaissance&lt;/em&gt;, écrit Raymond Abellio dans sa préface à &lt;em&gt;L'Homme et la connaissance&lt;/em&gt; de Malcolm de Chazal&lt;em&gt;, procèdent, on le sait, d'un retour sur soi de la conscience qui, dans le rapport entre le sujet et l'objet transfigure l'objet en une sorte de panpsychisme parfaitement communiel. Ici nous assistons au retour sur soi de la sensation, ce qui est une autre façon de vivre le même chose tout en signifiant à la connaissance qu'elle est recréation, c'est-à-dire pure poésie.&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; Cette «&amp;nbsp;&lt;em&gt;pure poésie&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» semble désormais, contre le nihilisme, la seule et ultime chance offerte, sous condition, bien sûr de n'être pas seulement, un «&amp;nbsp;&lt;em&gt;dépotoir sentimental&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; qui vise «&amp;nbsp;&lt;em&gt;à ne faire goûter que l'esthétique au dépens des vérités, à ne nous nourrir que du seul beau plaisir sans étancher notre soif de connaissance&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. L'auteur est lui-même la création de son œuvre, de même que son œuvre est la création du monde. Ce «&amp;nbsp;continuum&amp;nbsp;» fait du cerveau «&amp;nbsp;&lt;em&gt;tout en même temps salle de laboratoire, outils, réactifs, expérimentateur, sujets, agent analytique et conclusif de données&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. L'œuvre ne saurait être que plus vaste que la pensée qui la produit, la surprenant sans cesse, la défiant, la poussant dans ses ultimes retranchements, l'inquiétant et la ravissant tout à tour, exigeant d'elle de revenir sans cesse sur l'oraison et le labeur alchimique qui la rend possible. Ainsi &lt;em&gt;La Vie filtrée&lt;/em&gt; se donne à lire, comme une «&amp;nbsp;&lt;em&gt;recondensation&lt;/em&gt;&amp;nbsp;» de la pensée antérieure de l'auteur: «&amp;nbsp;&lt;em&gt;Pour obtenir les pages qu'on va lire, j'ai du revivre mon œuvre en esprit à la vitesse de l'éclair&lt;/em&gt;&amp;nbsp;». Ces métaphores de foudre et de tonnerre abondent dans l'œuvre de Malcolm de Chazal: elles sont la forme même de la manifestation de la pensée dans «&amp;nbsp;&lt;em&gt;ces hautes régions&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; où «&amp;nbsp;&lt;em&gt;l'homme se sent pensé&amp;nbsp;»&lt;/em&gt;. L'inspiration, l'illumination, l'intuition extatique, qui ne relèvent, dans bien des cas, que de la pure rhétorique, retrouvent alors une irrécusable réalité. Le poète écrit «&amp;nbsp; &lt;em&gt;à la vitesse de l'éclair, l'esprit vide, et cependant, il enfante le tonnerre et l'éclair&amp;nbsp;».&lt;/em&gt; &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt; A nous que les Parques destinèrent à vivre dans un monde hors du monde, encombrés de ridicules abstraction publicitaires ou idéologiques, dans un «&amp;nbsp; temps&amp;nbsp;» dépourvu de toute profondeur sacrée, nous à qui l'on enseigne chaque jour, par mille tours, à ne point faire usage de nos sens et de notre intellect, à méconnaître ces instruments prodigieux de connaissance et d'extase que sont nos sens et notre pensée, il se pourrait bien que l'œuvre de ce vertigineux aruspice que fut Malcolm de Chazal, maître de la «&amp;nbsp;&lt;em&gt;perspective tournante&amp;nbsp;»&lt;/em&gt; et de la connaissance amoureuse, devienne un viatique majeur. &lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-family: georgia, palatino, serif;&quot;&gt;&lt;span style=&quot;font-size: large;&quot;&gt;Luc-Olivier d’Algange&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;&lt;p class=&quot;western&quot; style=&quot;text-align: justify;&quot; align=&quot;JUSTIFY&quot;&gt;&amp;nbsp;&lt;/p&gt;
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