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24/06/2013

Car les temps sont venus de rendre grâce, poème

 

Car les temps venus de rendre grâce.

Toute chose nous fut donnée pour le partage de l'ombre

Dont les yeux vers le sommeil composent la neuve ivresse

Et le murmure des preuves que nous n'entendons pas !

 

Là-bas un autre monde prend naissance

Dans le Songe que redit la pénombre des formes,

Un autre monde frissonne dans le visible

Telle une vérité oisive encore

Dans la sûre conscience de son lointain...

Qu'être dans ce Moi dont le rêve est la désespérance de la pensée ?

Peut-être ce consentement profond à l'incertitude

Dans l'unisson de toutes les essences et de toutes les apparences,

J'en devinais le ressouvenir à l'orée de l'éveil:

Universelle beauté des vagues, écumes rieuses, nostalgies...

 

Ce que nous sommes, croyant l'être,

Est notre manteau royal. Les labyrinthes

Sont nos communes demeures en vérité.

Car la justesse éminente tombe comme une poussière

Sur le déchiffrement du Beau et Vrai... Nos paroles

Sont telles des silhouettes égyptiennes pour celui

Dont la mémoire est l'auguste sentiment de son art.

 

Et c'est ainsi que l'obscurité drape en majesté

Le toucher subtil de l'être à sa naissance;

Et l'obscurité défaille dans sa vaste célébration

Ne sachant si l'objet est cette pensée du soleil

Ou la pure présence de l'impression.

 

Ainsi nous formulions le désir de la légende la plus ancienne...

Doucement ordonnée aux racines, aux rythmes

Qui nous frôlent de leur bonheur, comme, jusqu'à la fin,

L'ivresse d'une louange vibrante !

Car les temps sont venus de rendre grâce.

Notre persévérance est le bonheur de notre exil,

Ce flambeau dans la main tremblante...

 

Passer d'un trait sur le paysage... J'interroge

Le matin de la légèreté. L'humain est cet Adieu

Que la forme enchante pour les dieux qui débutent

Sous nos pas et dans la sainte solitude.

Les secondes sont les stèles des millénaires.

J'avoue que l'être s'évanouit dans le pressentiment de la beauté.

Les temps sont venus, les temps sont venus

De nous déshabituer de cet âge terrestre, -

Et nous en rendons grâce à la Bien Aimée.

 

Luc-Olivier d'Algange

 

Le Chant de l'Ame du monde, poèmes, éditions Arma Artis.

www.arma-artis.com

 

 

23/06/2013

Journal désinvolte, 23/O6/2013

Le nouveau dieu, celui auquel l'humanité accorde désormais sa confiance, le fiduciaire par excellence, l'argent, avec ses superstitions répugnantes, son universalité uniformisatrice, sera parvenu, en quelques décennies, à nous arracher à toutes les fidélités et tous les honneurs, - nos entendement étrécis ne recevant plus, de la profonde estime du monde, qu'une estimation quantitative, un leurre, une illusion torve et amoindissante. L'homme qui calcule est inférieur à l'homme qui médite, guerroie ou s'aventure, c'est-à-dire qu'il est inférieur à lui-même, à ce qu'il pourrait être. La possibilité cependant demeure, comme l'éclat dans la prunelle; dans l'onde, l'insaisissable clarté; la paix profonde dans le bruissement des feuillages, seconde mémoire.

*

N'est-il pas d'une commodité excessive que d'arguer de la vanité de toute oeuvre humaine pour consentir à l'oubli et au dédain collectif de toute gloire et de tout honneur ?

*

Dans un monde fondé sur l'idéal de la croissance économique, le "réussite" consiste à faire des choses rebutantes pour un résultat décevant. Le résultat de cette réussite est un monde partiellement cossu et d'une tristesse hargneuse.

*

Les barbares de l'intérieur qui travaillent à l'effondrement du sol sous nos pieds sont plus néfastes que les barbares de l'extérieur. C'est pourquoi les talons ailés sont préférables aux armes lourdes.

*

L'absolu, la pureté, - il n'est pas un intellectuel moderne qui ne se fût insurgé contre ces notions, sans lesquelles, cependant, toute pensée graduée est impossible. Le Moderne est absolument  hostile à l'absolu et purement opposé à la pureté. A dire vrai, il n'entend plus le sens des mots: le pur, c'est le feu, - ce feu mêlé d'aromates dont parlait Héraclite, - sans lequel tout n'est que cendre et mort; et l'absolu est cet en-dehors sans lequel tout en-dedans n'est qu'une prison.

*

La véritable puissance est attention, non volonté.

*

Certains sont, se rendent malheureux, par volonté. Cette subjectivité souffrante à laquelle ils s'identifient, ils croient qu'elle est plus profondément eux-mêmes que la joie. Ils affirment leur malheur avec âpreté, s'y tiennent, y ajoutent ce qu'ils peuvent de griefs imaginaires ou réels, et le proclament et le répandent. La disparition de la civilité et de la civilisation, favorise cet horrible travail. Or toute joie naît d'un oubli de soi-même.

*

Nous devons à la fameuse "démystification" de l'honneur, du sacrifice et de toutes les vertus chevaleresques, d'avoir été livrés, sans armes et sans ressources, à la plus grande entreprise d'asservissement et de contrôle qui jamais ne s'exerça dans l'histoire humaine. Aux hommes corvéables ou quémandeurs, controlés, aux hommes satisfaits du sort sinistre qui leur est fait, rien ne s'opposera plus qu'un sens intime de la tragédie et de la joie, et la fidélité éperdue à des causes ou des vertus décriées.

*

A la très-morose servitude volontaire, opposer une obéissance fière à des principes incompréhensibles.

*

Par la réduction, le saccage, le nivellement par le bas de la langue française, ce n'est pas seulement la beauté formelle qui est niée, - cette beauté que les Modernes affectent de croire "relative" ou superficielle, au regard de leur morale puritaine, c'est encore tous les aspects du monde, toutes les nuances de l'âme, tous les frémissements du sensible et toutes les hiérarchies de l'Intelligible qui deviennent hors d'atteinte , nous laissant dans un outre-monde dont la prétention à être la "réalité concrète" n'a d'égale que la funeste soumission à quelques abstractions vengeresses.

*

Le Moderne ne semble connaître que cette alternative: l'ignorance crasse ou l'accumulation, en amas, d'informations nuisibles à la vie de l'esprit.

*

Faute de pouvoir nous dominer, et au demeurant trop timorés pour le faire, car la domination implique un risque et une générosité, nos contemporains cherchent à nous engluer. Cela vaut tout autant pour les systèmes en usage que pour les individus. Avec certaines personnes, dix minutes de conversation laissent une impression poisseuse. S'en tenir rigoureusement à une diététique des fréquentations. Certains donnent de la force, de l'espace, d'autres nous prennent dans leur faiblesse, abaissent les plafonds et nous contraignent au confinement. L'intuition que nous en avons est immédiate; la première impression est la bonne. Nous devinons à d'infimes détails qui va abonder en nos forces et qui va s'emparer de nous par nos faiblesses.

*

A quel point les phrases peuvent être des véhicules, - favorables aux transports les plus exquis, les plus vertigineux, les plus lointains, ceux qui ne lisent que pour s'instruire sont condamnés à n'en rien savoir. La poésie est relation magique avec l'Ame du monde; la sapience est ensoleillement intérieur, "clef de l'amour", disait Rimbaud.

*

Dans une phrase, - des enfances, des clairières, des torrents, la mémoire et l'oubli, le soleil et la nuit, ce qui est et ce qui n'est pas.

*

Derniers livres parus:

Lectures pour frédéric II, éditions Alexipharmaque

Lux Umbra Dei, éditions Arma Artis

Propos réfractaires, éditions Arma Artis

www.alexipharmaque.net

www.arma-artis.com

13/05/2013

Heures de syrtes et de feu. En hommage à Maurice Scève.

Heures de syrtes et de feu. En hommage à Maurice Scève.docx

10/05/2013

Entre la Mort et le Diable, notes sur le silence.

Entre la Mort et le Diable (intempestiva sapientia).doc

un article paru dans "L'Homme nouveau".

Lectures pour Frédéric II,

de Luc-Olivier d'Algange, éd. Alexipharmaque

Frédéric II, l'empereur alchimiste, est le destinataire idéal de ces essais, et celui qui fut l'une des plus hautes figures du moyen-âge nous en donne la clef: à travers lui, c'est à chacun de nous que s'adresse l'auteur, chacun de nous désencombré et comme lavé de l'accablement de la fin de l'histoire et du nihilisme post-moderne où l'on voudrait nous confiner, pour notre désespérance et notre perte. Ces méditations, qui sont aussi des poèmes, car l'auteur sait, de science innée comme on l'a su au moins jusqu'à Dante, que la beauté est nourricière de sapience, représentent un appel à une chevalerie spirituelle: " l'air est léger, nous respirons la rumeur des feuilles et notre mélancolie devient soudain l'écrin d'une joie presque lancinante..."

Contre la tyrannie du banal et le totalitarisme de l'informe, dont il donne un diagnostic aussi précis et effrayant que salutaire ( "Hypnosophie de l'Europe", "Notes sur le fondamentalisme démocratique") et puisque "le Moderne excelle à faire du remède un mal et à changer l'or en plomb", Luc-Olivier d'Algange convoque quelques grands intercesseurs de la cour de Frédéric II: Friedrich Nietzsche, Stefan George, Fernando Pessoa, Henry Montaigu, pour qu'ils nous rapprennent que  "le poème dont la nécessaire témérité spirituelle révèle en nous la sainte humilité est l'Arbre tout entier (...) avec ses racines, ses branches, ses fruits, ses bruissements, et même les oiseaux qui viennent s'y poser et nous parlent la langue des Oiseaux... Sachons entendre ce qui nous est dit dans le silence du recueillement, sachons dire ce qui ne se dédit point, dans la fidélité lumineuse de la plus haute branche qui vague dans le vent. Les dieux sont d'air et de soleil, le Christ est Roi et l'Esprit Saint veille, par sa présence versicolore, sur notre nuit humaine."

Philippe Barthelet

www.alexipharmaque.net

08/05/2013

Intempestiva sapientia, journal désinvolte 8.O5.2013

Toute oeuvre est de rendre au monde une part de sa beauté que l'on croyait perdue.

*

"Le mauvais goût conduit au crime" écrivait Stendhal. Ainsi de la culture de masse qui, dans son ressentiment "anti-élitiste", n'est autre que la lancinante apologie de la Médiocrité et la haine de toute liberté conquise. Le Gros Animal social n'est pas d'aujourd'hui (la ciguë de Socrate, le supplice d'Al-Hallaj). Les esclaves sans maîtres se font esclaves de leur "collectif", - laissant aux autres, aux rares heureux, la chance magnifique d'être des Maîtres sans esclaves, Seigneurs des Formes.

*

En cas de discord intellectuel: le duel, la disputatio, et non le lynchage par la racaille (fût-elle la "racaille dorée" dont parlait Nietzsche). Entre un collectif bien-pensant et un individu, la victoire est toujours, du point de vue de l'honneur et de l'Esprit, du côté de l'individu.

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Quelle sera votre barque sur la mer immobile ? Quel sera votre arbre peuplé d'oiseaux ? Votre plus musical silence ? Quelle seront votre plus beau départ et vos retrouvailles les plus claires ? Quelle sera votre nuit de joie ?

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L'été n'existe que parce que sa mémoire se brise en nous en mille éclats.

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Le passé, à qui sait le percevoir, non en Moderne mais en homme du tradere, n'est pas "révolu" mais un présent perpétuel. Ou bien un révolu qui révolutionne, qui recommence à la pointe de chaque instant.

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Tout est toujours au présent. Passé, présent et avenir sont les dimensions d'une même présence. Nous ne sommes jamais qu'au présent, et le passé, en réminiscences, est présence, comme, en pressentiments, l'avenir. L'intuition religieuse, autrefois, nous laissait entrevoir que notre présence devait, d'abstraite, devenir concrète, présence réelle, et qu'un sacrifice présidait à cette naissance du présent à la présence; que nous devions naître et renaître, être, au sens étymologique, initiés.

*

Dans l'engourdissement des théologies, les poètes, Rimbaud ou Artaud, ravivent l'appel: "La vraie vie est ailleurs" ou "Nous ne sommes pas encore au monde". Sitôt renonçons-nous à cette inquiétude salvatrice, nous tombons en-deçà des bêtes, nous devenons machines. Le devenir-machine est le grand rêve du Moderne, qui songe (sans bien s'apercevoir qu'il s'agit d'un cauchemar) à une perpétuité machinale; celle-ci dans l'oubli ou la haine de l'éternité.

*

Aux civilisations seigneuriales succédèrent les royales, les nationales et démocratiques, les dictatoriales, les "totalitaires". Nous voici aux réseaux planétaires, fiduciaires et virtuels; ce qui nous rapproche encore de l'insecte, du cafard-robot. Le monde se désincarne, pornographique et puritain.

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Sans le souvenir de la peau frémissante, de l'attente ardente, et la saveur des baisers, la pensée n'est plus, sinon un réflexe comptable. La plus haute conquête de l'Esprit est en miroir du désir sensible. Citons ce vers d'un Moine Zen à la recherche de l'illumination: "Je bois l'onde du sexe d'une belle".

05/05/2013

D'Algange, le penseur réfractaire.

article paru dans Valeurs actuelles, N°3988, 2 MAI 2013

D'Algange, le penseur réfractaire

Deux ouvrages de Luc-Olivier d'Algange sur la modernité et autres absurdités du temps présent. Ou comment être chevaleresque dans un monde qui ne l'est plus.

        Luc-Olivier d'Algange commence ses Propos réfractaires par un éloge de la procrastination: " Remettez au lendemain, je vous supplie, remettez indéfiniment: le monde en sera plus calme, plus limpide, plus harmonieux." Réfractaire, en latin(refractarius) le casseur d'assiettes, une réputation que Sénèque ne veut pas que l'on fasse aux philosophes; il y a d'autres choses à briser, refringere, le courant d'un fleuve, par exemple ou une domination tyrannique, et les dictionnaires, qui sont les dépositaires de l'ordre du monde, n'oublient pas que se brise aussi, se réfracte, un rayon de soleil. Notre auteur donne raison à Sénèque, et ce que brisent ses propos, c'est en brise-lame le fleuve de la coutume et sa terrible domination tyrannique. " Toute oeuvre est sacrifice. Celui qui ne sacrifie rien n'a rien. Il n'y a là rien de triste ou de pathétique. Les plus hauts sacrifices sont joyeux: la vie s'y hausse à une plus haute intensité". C'est pourquoi "ne sacrifiant rien, le Moderne profane tout".

Cette profanation est la mesure de son impuissance et de sa stérilité. "Moderne" est un mot commode, on évitera d'en déduire que notre auteur est contre-moderne, antimoderne; la manie étiqueteuse est moderne par définition, et on lui fera la politesse, car poli, il l'est infiniment, de l'écouter sans le qualifier; et si ses propos sont réfractaires, s'ils doivent briser quelques obstacles avant d'arriver jusqu'à nous, la faute en revient aux temps qui sont durs. "La psychologie ne m'intéresse pas car il me semble que je n'ai rien à apprendre de moi-même. Quant à apprendre des autres, je me contente de ce qu'ils me disent ou me font."

La psychologie est la raison d'être du Moderne, sa malédiction et sa perte. Quand l'auteur écrit ailleurs: "Tout ce qui cesse d'être chevaleresque devient policier", il en tire les conséquences. L'esprit chevaleresque est le contraire même de la psychologie, il refuse le soupçon de principe qui détruit le calme, la limpidité, l'harmonie qu'il réclamait en commençant; qui détruit la joie, et tout ce qui lui ressemble. La loi des suspects sous laquelle nous vivons en permanence a rendu notre monde d'un sinistre exaspéré. C'est pourquoi la tyrannie de l'opinion qu'il faut avoir nous rend incapable de penser; car la pensée véritable est respect, regard de loin, patience et attention qui seules permettent d'apprivoiser le réel et de "sauver les apparences", selon l'injonction platonicienne. Le tintamarre moderne, qui se veut la défaite de la pensée, nous en offre au contraire l'occasion paradoxale: "La solderie généralisée de tout, la dévaluation de toutes les expériences humaines, laisse à l'essentiel sa valeur inestimable. Le mal périt dans son triomphe."

Un recueil d'essais, Lux Umbra Dei, donne toute leur portée aux Propos en les développant avec la même souveraine courtoisie, la même autorité souriante: que sont les temps présents ? comment les considérer, et nous-mêmes, qui en sommes les habitants - ou les prisonniers ? Cette lecture vaut élargissement.

                                                                                            Philippe Barthelet

 

Propos réfractaires, Arma Artis, 76 pages, 18 euros

Lux Umbra Dei, Arma Artis, 402 pages, 35 euros.

www.arma-artis.com

Journal désinvolte 4.05.2013

La souveraineté se reconquiert immédiatement, ou point du tout. Là, à cet instant, la royauté du temps éployé, le geste libre, l'improvisation accordée à la lumière au fond des yeux.

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Lorsque le nostalgique ou le réactionnaire deviennent à leur tour planificateurs, ils succombent à leurs adversaires en leur empruntant des méthodes qu'ils ne peuvent saisir qu'avec maladresse, ou avec un temps de retard. S'il y a un certain panache à jouer des parties perdues d'avance, les contre-révolutionnaires n'en demeurent pas moins, selon le mot de Joseph de Maistre, des révolutionnaires "de complément". L'homme du tradere, qui n'est ni révolutionnaire ni contre-révolutionnaire, ne travaille pas dans les conséquences: il oeuvre à travers les causes, lesquelles sont neuves, recommencées, ingénues: actes d'être.

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Anarque, disait Jünger, - la liberté vient de l'intérieur, d'une fidélité essentielle et non de la représentation que nous pouvons nous faire d'elle, ou qu'on nous donne. Une obéissance fière est plus libre que cette soumission au n'importe quoi, au demeurant déterminé,  qui s'honore facilement du nom de liberté.

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Tristesse des temps: ne plus rien laisser au "hasard", - qui est le nom falsifié et profane de la Providence, tout étant aussitôt mis en coupe par les planificateurs. La vie frugale, épicurienne, est tout aussi interdite, si bien que même celui qui se fût contenté de presque rien doit servir le Moloch.

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Cependant, lorsque tout ce qui est au coeur est oublié, ce coeur d'oubli s'ouvre en corolle prophétique.

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Art métaphysique et métaphysique de l'art (en langue espagnole)

Arte metafisico (en langue espagnole).doc

Notes sur la Mesure

Approches de la Mesure.doc

03/05/2013

Journal désinvolte, 3.05.2013

Les Modernes, certes, sont zélés, mais surtout pour faire leurs achats. Pour le reste, une sorte de cafouillement qui présage la fin.

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A quel point tout est joué, parodie; les tenues, la publicité, panoplies identificatrices, - mais pour des identités qui ne correspondent plus à rien, sinon aux besoins du Marché.

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Les hommes filent doux, prévisibles jusque dans leurs déliquances. Sur les rails: mot d'ordre constitutif de notre temps. Au bout des rails, la mort et le vague souvenir d'un paysage à peine entrevu, dédaigné. "Descendre du train en marche" disait Cocteau. Au risque d'être un peu contusionné, l'herbe fraîche, les arbres, les saisons, les bêtes, valent mieux que la banquette étroite qui nous hâte vers une fin dépourvue de sens, purement statistique.

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Moins de confort, plus de beauté ! Cette phrase ne s'écrit pas par bravade, ou pour faire joli. J'ai vécu les pires périodes de ma vie dans un tout-confort plat, et les plus belles, les plus foisonnantes, les plus inspirées dans un inconfort resplendissant de beauté. Ce qui reste dans l'âme de ces périodes disparates suffit à témoigner.

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Le Titan moderne n'ignore pas la séduction de la beauté qui met son règne en danger. Aussi bien, il la massacre ou cherche à la rendre incompréhensible, ou, plus exactement, inexpérimentable. La beauté n'est pas seulement un spectacle, une chose photographiable, mais une expérience, - et, plus profondément encore, une relation.

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Quelle est votre relation à la beauté ? Si elle n'est qu'évaluation, elle vous échappe. La beauté est saisissement, épiphanie, conversion du regard, transfiguration, apocalypse, ou rien: image publicitaire.

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Les publicitaires nous le disent: " Vivez vos rêves". C'est-à-dire, achetez une voiture.  Si vivre le rêve, c'est acheter une voiture, tirons le trait, et attendons l'humanité prochaine.

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Les grandes pensées sont des graines emprisonnées par le gel. Le dégel serait prodigieux, d'une infinie profusion de feuillages fous, de fleurs inimaginées, de senteurs. Nous irons à l'Esprit, selon la formule, et le secret conseil de Rimbaud, dans le faste et les ivresses violentes et légères.

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Nous sommes entrés collectivement dans l'ère des insectes, nous reconquerrons notre humanité un à un, par transmission directe, musicale et charnelle.

L'expérience visionnaire, conférence

L'expérience visionnaire, conférence..rtf

30/04/2013

Extrait d'un hommage de Jean Parvulesco à Raymond Abellio

 

"Aussi doit-on finir par accepter que l'oeuvre de Raymond Abellio romancier d'une certaine fin de l'Occident, d'une certaine clôture du cycle occidental actuellement en train d'entrer dans la nuit de son achèvement final, ne vaut surtout pas d'être lue, approchée à la lumière des événements dont elle prétend s'être fait l'écho en consignation, mais à la seule lumière secrète d'une âme dans sa procession cosmologique finale. Et nous comprendrons ainsi que ce ne sont guère la traversée cathare, et quelque peu métapsychique, des entrismes trotskistes surexités, affolés par la montée spectrale de la nouvelle guerre civile européenne en 1934, ni les ventilations parisiennes d'on ne se souvient même plus quel Pacte Synarchique, ni même la mise-à-mort rituelle de notre grand et cher Eugène Deloncle, qui peuvent donner une réponse à la démarche la plus intérieure de l'oeuvre de Raymond Abellio, mais les Ennéades de Plotin, les songeries astrales, aussi nocturnes que lumineuses, d'un Jamblique, d'un Porphyre. Et que, tous comptes faits, de n'est pas même moi, trop retenu comme je me trouve sur les barricades d'autres grandes batailles en cours, qui eus dû être chargé d'instruire la dernière légitimation occidentale de cette oeuvre si grande en son secret cosmologique, mais sans doute un Luc-Olivier d'Algange, responsable, lui, de l'actuel renouvellement de néo-platonicianisme européen, de l'émergence de la nouvelle lumière gnostique renaissante aujourd'hui en Occident. Et tout ceci dit, il me souvient de la lettre que le jeune Pascal Jardin envoyait en 1978, à Raymond Abellio, pour lui dire que sur vos hauteurs vous n'attendez plus la caution de personne."

                                                    Jean Parvulesco, 1986.

 

29/04/2013

Un roman de David Mata

Un roman de David Mata.rtf

28/04/2013

Journal désinvolte 28.04.2013.Réminiscence et planification.

 

S'il est des hommes de réminiscences et des hommes de la planification, ce serait une erreur de croire que les uns s'entretiennent avec le passé et les autres, avec l'avenir. Les réminiscences peuplent le présent, comme l'azur et les nuages peuplent le ciel; et le planificateur n'obéit jamais qu'à un concept antérieur dont il subjugue son présent pour planifier le futur, -  pour donner au futur l'invariabilité du passé.

Ce qui distingue l'homme des réminiscences de l'homme des planifications tient bien mieux à la croyance, plus ou moins aveugle, en le pouvoir abstrait de la volonté humaine. La réminiscence qui vient en appels, en vocations, de la profondeur du temps présent, est une sollicitation de l'impondérable et un consentement à la beauté des choses apparues ou transparues: elle fait de nous ce que nous sommes, reliés par mille radicelles, arborescences, à ce qui ne peut se définir, ni s'évaluer.

Lorsque les hommes des réminiscences dominent, la société est au service d'une civilisation, d'une mémoire sensible, incarnée. A l'inverse, lorsque dominent les planificateurs, ce qui est majoritairement le cas chez les Modernes, la civilisation est instrumentalisée (en marchandise d'art, muséologie, animations culturelles), dilapidée ou dévastée par la société. La raison d'être de la société est de fonctionner pour elle-même, machine célibataire, autiste, totalitaire dont toutes les évaluations, toutes les "valeurs", sont statistiques et quantitatives.

La limite de l'activité planificatrice est que, soumise d'avance à un plan abstrait, elle fonde l'illusion de son efficacité sur la négation de l'imprévu, - si bien que, prisonnière de son processus, celui-ci la conduit souvent au désastre et toujours à l'erreur inane et laide; toute beauté n'étant jamais qu'une réminiscence du Vrai.

Quels messages recevons-nous du monde ? Si nous jugeons l'arbre à ses fruits et si donc nous comparons, dans l'ordre du "faire", du poien, les oeuvres des hommes de la réminiscence et les travaux des planificateurs (qui se prévalent d'améliorer la "gestion" de la réalité), force est de constater qu'aux premiers appartiennent les épopées, les temples, les cathédrales, les oeuvres d'art et de poésie, les jardins, les promenades; aux autres, les listes comptables, les grandes surfaces commerciales, l'architecture de masse, l'exploitation de la nature la plus imprévoyante qui soit, les objets de série.

A chacun ses préférences, certes, ses goût et ses dégoûts, ses "priorités" comme on dit, il n'en demeure pas moins que dans la vaste planification globale qui nous est imposée, quelque devoir mystérieux survit en quelques-uns de témoigner du ressouvenir, non en commémorateurs mais en témoins d'un Réel dont la réalité qu'on nous impose n'est qu'une ombre vague.

La réminiscence, par essence et par nature, est augurale.

Ecrire ce que l'on pense au moment où l'on écrit, au beau risque de la contradiction créatrice, et non pas ce que l'on croit devoir penser: là encore l'homme des réminiscences se distingue des planificateurs (des idéologues).

Alchimie, la "rosée du chaos"

 

Alchimie, la rosée du chaos..rtf

25/04/2013

ODE AU CINQUIEME EMPIRE (en hommage à Dominique de Roux)

Extrait du Chant de l'Ame du monde,en hommage à Dominique de Roux, éditions Arma Artis.

 

Ode au Cinquième Empire, version relue.doc

Méditations dionysiennes

Extrait d'un livre à paraître:

 

Méditations dionysiennes, version relue ( Les Idées et les dieux).docx

17/04/2013

Extrait du "Chant de l'Ame du monde", éditions Arma Artis

Le Chant de l'orage lumineux,

extrait de Le Chant de l'Ame du monde, éditions Arma Artis:

 

 

Chant de l'orage lumineux, version corrigée.docx

"Le Voyage d'Allemagne"

Voyage d'Allemagne (Le).doc

16/04/2013

Ezra Pound.

Rappel

Ezra Pound

 

A l'occasion de la parution de Comment lire, manifeste pour la lecture, aux éditions Pierre-Guillaume de Roux

 

"Nous qui avons franchi le Léthé"

 

Les contempteurs d'Ezra Pound qui tentent, avec une mauvaise foi plus ou moins notoire, de réduire son oeuvre à l'idéologie, non moins que certains épigones qui la réduisent à un "travail d'intertextualité", passent, mais c'est leur rôle, à côté de la réalité magnifique des Cantos en tant qu'aruspices. Ces mots sur la page, disposés en vol d'oiseaux, exigent un envol de la pensée, - un envol, c'est-à-dire une conversion herméneutique qui, par-delà les écueils de l'analyse, nous portera jusqu'aux espaces ardents du déchiffrement.

Les Cantos sont, dans l'histoire de la poésie mondiale, un événement unique. Rien n'y ressemble de près ou de loin. Tout au plus pouvons-nous laisser se réverbérer en nous les ors fluants de la prosodie virgilienne, un art odysséen de la navigation et le dessein récapitulatif et prophétique de la Divine Comédie. L'oeuvre ne choisit pas entre l'ampleur et l'intensité, entre l'horizontalité et la verticalité.

La vastitude des Cantos loge des formes brèves, des aphorismes qui s'ouvrent allusivement sur d'autres vastitudes. Ezra Pound est, avec Pessoa et Saint-John Perse, l'un des très-rares poètes modernes à ne dédaigner ni le mythe ni le réel. Les hommes, dans le poème, tracent les figures de leurs destinées entre les choses et les dieux. De surprenantes collisions s'opèrent, les temporalités se rencontrent et se traversent selon leurs propriétés et leurs signes. Cette apparente confusion est le véritable "ordre" de la pensée. Il importe, en effet, de laisser au devenir et l'histoire leur plasticité, et aux figures éternelles, leur éternité.

Entre le mercure historial et le souffre de la flambée de l'esprit, le poète cristallise le sel de la sapide sapience. Le savoir est saveur. Le "gai savoir" de Pound, relié aux arts poétiques romans, allège le monde. Ce monde si lourd, ce savoir si pesant, ce plomb des choses mortes et insues, la prosodie d'Ezra Pound les relance, les laisse voltiger dans les hauteurs et il nous livre, nous lecteurs, à ces prodigieux mouvements météorologiques.

Les Cantos frappent d'inconsistance une grande part de la poésie moderne, subjective, minimaliste ou sentimentale, cette part qui voulut rompre le pacte métaphysique unissant le Poète à la Mesure et la pensée humaine à la diversité du monde. Le monde existe car nous pouvons le réciter, et cette récitation nous fait franchir le Léthé, pour d'autres recommencements. (...)

                                                                                     Luc-Olivier d'Algange