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13/03/2013

L'Icône et la vertu du paradoxe.

L'Icone ou la vertu du paradoxe.docx

Heidegger. Notes sur l'éclaircie de l'être.

Lectures. Heidegger, notes sur l'éclairice.docx

12/03/2013

Hommage à Stefan George

Stefan George, Hommage, version revue.doc

11/03/2013

Un article de Michel Marmin.

Méditations altières

D'articles confidentiels en plaquettes précieuses, l'oeuvre philosophique et poétique de Luc-Olivier d'Algange paraissait définitivement vouée à la délectation et à l'édification des happy few. Mais ceux-ci étaient enclins à estimer qu'une divulgation plus large de ses écrits méditatifs était une tâche urgente, moins pour l'auteur lui-même, qui n'a cure de renommée, que pour tous ceux qui, sans le savoir, en étaient privés. C'est enfin chose faite avec la parution, coup sur coup, de deux livres, L'Etincelle d'or et L'Ombre de Venise. Deux livres parfaitement complémentaires, qui révèleront aux néophytes une philosophie altière, exprimée dans une langue somptueuse et excessivement châtiée.

Que dit en substance Luc-Olivier d'Algange ? Que  "l'herméneutique  est ce qui vivifie l'esprit sous les cendres de la lettre morte des religions réduites à leurs aspects extérieurs", que la science d'Hermès redevient alors un recours contre le totalitarisme de cette "transparence" chère aux nouveaux inquisiteurs, que la "tolérance" dont se gargarisent les donneurs de leçon peut être "obscurantiste" , que le secret est la condition même de la liberté, que seule "l'expérience de la coïncidence des contraires" peut arracher l''esprit à la gangue de la technique, elle-même fille de la raison raisonnante. A cet égard, l'auteur s'inscrit dans le droit fil de la critique de la modernité, telle que l'a naguère formulée René Guénon. Ce serait toutefois par trop le réduire que de le qualifier de "guénonien". C'est que ce philosophe platonicien, ou néoplatonicien si l'on préfère, est aussi, un poète, et c'est chez les poètes autant que chez les philosophes qu'il butine pour nous offrir son miel: les romantiques allemands, Baudelaire ou Pessoa, autant que Grégoire de Naziance, Heidegger, et surtout Nietzsche dont il parle admirablement et chez qui la philosophie et la poésie étaient justement tout un.

La pensée de Luc-Olivier d'Algange a ceci d'extrêmement original et vivifiant qu'elle est moins spéculative qu'opérative. L'on pourrait dire de ces deux ouvrages ce que l'auteur dit des cathédrales: "La cathédrale ne délivre pas seulement un enseignement didactique, ce qu'elle fit au demeurant avec une pertinence que nos modernes moyens de communication sont loin d'atteindre, elle sollicite de l'entendement humain une collaboration à la transmutation."

Michel Marmin

(Le Spectacle du monde N° 528)

*

Quatrième de couverture de L'Ombre de Venise

Il ne sera guère question de Venise dans ces entretiens qui souvent prennent la forme de monologues intérieurs... A peine de son "ombre", ou plus exactement de l'ombre d'un titre auquel Nietzsche renonça pour ces fragments, ces aphorismes, "ces provocations, ces appels" qui deviendront Aurores et Le Gai savoir; ombre qui nous accompagne dans notre voyage vers la vie magnifique, ombre qui scintille, ici et maintenant, de toute la splendeur de sa présence. Le voyageur et son ombre parleront ainsi, au fil d  la promenade, du dandysme, des rapports étranges de la littérature et de la vérité, de Platon et de Nietzsche, de l'autorité et de la liberté, de la morale et du style, de l'incomprise générosité, de l'orage mallarméen, de Fernando Pessoa, de la "rhétorique de Dieu", des pays de Dante et de Novalis, de l'abîme de Dionysos et de l'abîme du Christ, d'Heidegger et des poètes chinois, du "regard de diamant", de l'attention... 

"Il nous plaît, écrit Luc-Olivier d'Algange, d'écrire à l'ombre d'une cité et à l'ombre d'une oeuvre. Ces ombres ne sont pas les ombres de la caverne platonicienne, mais des ombres versicolores, venues des hauts feuillages sur notre promenade à travers la Cité éperdument architecturale, éprise de ciel et d'eau, et de leurs embrasement réciproques. Certes, les aurores qui viennent, ces aurores "védiques" dont parle Nietzsche, devront être annoncées avec tous les apparats d'une exactitude extrême. Ne rien laisser au hasard, joindre sa vision au pressentiment d'une beauté mathématique ! Tel sera le mot d'ordre qui fera tomber les propagandes. Ce miroir fabuleux qu'est l'entendement humain, qui va jusqu'à enrichir le monde qu'il reflète, est, entre son propre ciel et sa propre terre, une Cité sauvée des eaux et défiant la mort".

L'ombre de Venise est fine, elle laisse passer la lumière. La finesse de l'ombre, sa vertu picturale, présagent une nouvelle audace herméneutique. A travers L'Ombre de Venise se précise, comme en contre-jour, l'écriture des dieux, l'écriture éternellement antérieure des "registres de lumière" de ce "logos intérieur" dont parle Philon d'Alexandrie. 

L'Ombre de Venise, éditions Alexipharmaque, 15 euros 

www.alexipharmaque.net

10/03/2013

FIN MARS. LES HIRONDELLES, en hommage à Joseph Joubert.

Un article d'Arnaud Bordes à propos de Fin Mars. Les hirondelles, de Luc-Olivier d'Algange.

" Luc-Olivier d'Algange. C'est un style où, comme le temps est l'image mobile de l'éternité, la langue se fait image du Verbe. C'est une pensée, profonde, érudite, romantique où, au sens métaphysique, sont le Nécessaire et le Contingent. Nécessaire: comme le monde invariant des Idées, de l'Etre. Contingent: comme le monde changeant de la nature, des apparences. Une pensée qui, comme un devin dans autant d'entrailles, sans cesse scrute les épaisseurs sédimentaires des apparences pour en exhumer, en faire surgir, l'Etre et les Idées, autrement dit, le Vrai, le Beau, et le Bien. Ainsi en est-il de Fin mars. Les Hirondelles, où Luc-Olivier d'Algange, en ultime philosophe platonicien, en poète aussi, convoque, entre autres, Henry Montaigu (et son "universalité métaphysique"), Dominique de Roux (comme "anti-moderne"), René Guénon (comme "immense promesse de poésie"), Julien Gracq ( et sa "géopoétique"), Ernst Jünger (et le "réalisme héroïque") dont, moins pour en célébrer les richesses chromatiques que pour en trouver la source lumineuse et embrasante, il étudie les reflets. Il ne s'agit pas là, comme il en serait peut-être dans n'importe quelle bavarde analyse littéraire, de reconnaître des qualités, des manières, des procédés, mais de connaître, - d'une connaissance du sacré. Fin mars. Les hirondelles est remarquable, une oeuvre (comme on ne sait plus en faire) gnostique. "

article paru dans R&A, N°35

*

Incipit à

Fin mars. Les Hirondelles

(en hommage à Joseph Joubert)

D'emblée, à lire les Cahiers de Joseph Joubert, nous sommes saisis par un sentiment de légèreté, d'enfance, un "je ne sais quoi", un "presque rien" ( selon la formule de Fénelon) qui évoque le matin profond des dialogues platoniciens, - ce moment qui précède leur exécution maïeutique ou dialectique. La pensée de Joseph Joubert fréquente l'amont. Elle scintille au vif de l'instant qui la voit naître et l'auteur ne s'y attarde pas. A trop s'attarder sur elles-mêmes, les pensées les plus justes, les plus heureuses, deviennent fallacieuses et mauvaises.

S'il est des penseurs de l'après-midi ou du soir, ou de la nuit, Joseph Joubert est le penseur du matin, du jour qui point, de la fine pointe. D'où la vertu éveillante et roborative de ces fragments, - cette façon d'aviver l'intelligence, de la cueillir, de la précipiter, comme on le dirait dans le vocabulaire de la chimie, non sans lui donner, et comme par inadvertance, une portée prophétique ou générale: " Les idées exagérées de compassion, d'humanité conduisent à la cruauté. Chercher comment.". Esprit chrétien, classique et platonicien, Joseph Joubert répugne à l'exagération, mais son goût de la mesure, loin d'être seulement un accord de la morale et de la raison, se fonde sur une intuition métaphysique. Pour Joseph Joubert, il n'est d'équilibre, d'harmonie et d'ordre que légers. L'ordre n'échappe à sa caricature que par des affinités particulières avec l'âme, la germination, la composition musicale: "L'ordre aperçu dans le mouvement: la danse, la démarche, les évolutions militaires". L'exagération de la compassion, comme toute exagération, substitue à l'âme la volonté qui est négation de l'âme. La volonté outrecuide et grince; sa dissonance est d'outrepasser les prérogatives humaines en passant à côté des bonnes actions qui naissent directement de la bonté et du coeur.

On se souvient de la phrase de La Rochefoucauld: " Cet homme n'a pas assez d'étoffe pour être bon". C'est que la bonté est un art, une force, un don, une résolution peut-être, mais nullement une volonté. Elle nous est donnée par la Providence, et nous devons la servir. Répondant aux circonstances qui la sollicitent en nous, elle ne peut exagérer; elle est juste ou elle n'est pas. La vérité et le bonheur ne se détiennent pas, ils n'obéissent pas à notre volonté: " Nous sommes nés pour les chercher toujours, mais pour ne les trouver qu'en Dieu". La belle et heureuse fidélité n'est pas crispée sur son dû. Elle est consentement à ce qui, en nous, est plus profond et plus haut que nous-mêmes et non pas volonté de faire de nous-mêmes autre chose que ce que nous sommes dans nos plaisirs et vraisemblances. De la vraisemblance à la vérité, le chemin, qui n'est pas une marche forcée, ne saurait être que providentiel.

Ainsi, par volontarisme, "le siècle a cru faire des progrès en allant dans des précipices". La suspension de jugement est bien souvent plus spirituelle que la certitude dont la volonté s'empare pour la faire servir à ses exagérations et ses aveuglements. L'humanité véritable s'exerce non dans le système, dans l'abstraction, mais dans le regard échangé, dans l'attention et le recueillement:  "Porter en soi et avec soi cette attention et cette indulgence qui fait fleurir les pensées d'autrui".

Joseph Joubert distingue l'incrédulité de l'impiété, l'une n'étant qu'une "manière d'être de l'esprit", presque égale à la crédulité, alors que l'autre est "un véritable vice du coeur": " Il entre dans ce sentiment de l'horreur pour ce qui est divin, du dédain pour les hommes et du mépris pour l'aimable simplicité." L'incrédulité est une vue partielle, alors que l'impiété est une volonté. " La piété nous rattache à ce qu'il y a de plus puissant et de plus faible". Printanière, la pensée de Joseph Joubert l'est aussi par cette déférence à l'égard de la fragilité, par ce sens du tragique, du caractère irremplaçable de tout ce qui est, par la soumission à l'impératif divin qui fonde en son unificence chaque chose qui existe, et dont l'existence est, par voie de conséquence, à nulle autre semblable. La beauté du principe resplendit en chacun: " L'un est tout ce qui n'est pas lui". (...)

*

Sommaire:

1. Joseph Joubert

2. Ce Printemps d'Aquitaine, notes sur l'oeuvre de Henry Montaigu

3. René Guénon, écrivain français

4. Hommage à Gustave Thibon

5. Le Songe impérial de Dominique de Roux

6. Gomez Davila ou "les droits de l'âme"

7. André Suarès, une vision paraclétique

8. Cicindèles, notes sur l'oeuvre d'Ernst Jünger

9. Clavis hermeneutica,- notes sur l'oeuvre de Henry Corbin

10. Le "Voyage en Dieu", - Notes sur Le Livre de l'Homme Parfait d'Azîzoddin Nasafî

11. L'Envers de la vague,- notes sur l'oeuvre de Julien Gracq

12. Le Voyage intérieur.

*

 

(Fin mars. Les Hirondelles,éditions Arma Artis, 209 pages, 22 euros.)

www.arma-artis.com

07/03/2013

Un article de Christopher Gérard

Propos réfractaires

de Luc-Olivier d'Algange.

Lecteur ébloui de Balzac dès l'âge de dix ans, Luc-Olivier d'Algange a retenu de ses multiples éveilleurs, parmi lesquels Raymond Abellio et Henry Montaigu, comme d'immenses lectures, de Platon à Nietzsche, qu'il faut "sauvegarder en soi, contre les ricaneurs, le sens de la tragédie et de la joie".

Dans son dernier opus, Propos réfractaires, un recueil de reflexions bien incorrectes, il exhorte ses lecteurs à résister à la mise-au-pas opérée par le Gros Animal, celui dont la technique d'asservissement consiste à "effrayer, épuiser, distraire". Adepte d'une pensée anagogique et initiatique, en un mot aristocratique, Luc-Olivier d'Algange entend préserver sa commanderie la plume à la main et continuer à célébrer l'ensorcelante beauté du monde, malgré la laideur qui s'étend - et il faut le louer de préciser: une laideur à quoi le monde ne se réduit jamais. Ce contre-moderne qui ne se complaît donc pas dans la déploration morose a le sens latin de la formule: "Un homme qui garde un secret est un vivant rempart contre l'infamie", ou encore celle-ci dans laquelle je ne puis que me reconnaître, surtout en ces temps de chasse à courre: " Nos meilleurs écrivains ont du cerf, du renard ou de sanglier - et comme ce dernier, ils vont seuls".

Propos réfractaires est donc un manifeste, celui des écrivains "hostiles aux voies ferrées", ceux qui se verraient plutôt du côté de Peter O'Toole, à faire dérailler les trains de l'armée ottomane ! Ce recueil sera lu comme une exhortation à maintenir, contre toute forme d'hébétude et d'anesthésie, les yeux ouverts sur le monde et à honorer tout ce que notre société, celle des Modernes, offense et bafoue. Dandysme vain ? Pose pseudo-aristocratique ? Nenni: l'homme d'Algange est un passionné, un rebelle à la massification comme aux formes nouvelles d'obscurantisme, un fidèle d'Aphrodite aux mille parfums. Un platonicien de l'ancienne France royale et chevaleresque comme jamais ceux de Perse ou de Cambridge. Un gnostique au sens hellénique qui appelle à la reconqête de notre souverainté intérieure, mais qui sait que " le Diable rit chaque fois qu'il parvient à opposer un corps et un esprit, et exulte chaque fois qu'il parvient à anéantir un esprit par le corps". Un impertinent qui soutient que le premier droit de l'homme est le droit au silence, un écrivain qui sait que "tracer des mots avec de l'encre du du papier est un acte prodigieux".

Luc-Olivier d'Algange ou le fol en Dionysos.  

*

Extraits de Propos réfractaires, éditions Arma Artis

Il y a deux sortes d'écrivains: ceux qui se souviennent de l'éclat sacré du signe, du hiéroglyphe, de la rune, et qui savent qu'ils se livrent à un cérémonial magique dont l'écriture proprement dite  n'est qu'un moment, - et les autres, qui écrivent n'importe quoi, n'importe comment. Ceux qui savent que tracer un mot avec de l'encre sur du papier est un acte prodigieux, et ceux qui l'ignorent.

*

Ecrire en poète, c'est combattre l'indéfini avec les armes de l'infini.

*

Ce que l'on nomme l'invisible est, en réalité, visible à certains moment et aux pointes extrêmes.

*

La société nous fait entrer dans la case d'un formulaire administratif, la civilisation nous en fait sortir en nous reliant à la diversité des influences. La société nous fait vivre dans un hic et nunc abstrait et carcéral, la civilisation dans une présence qui est un armorial, un vitrail. La société nous identifie; la civilisation nous éveille à  nos filiations spirituelles et nos appartenances métaphysiques. La société nous établit dans une singularité où nous sommes interchangeables, la civilisation nous différencie, nous distingue, nous hiérarchise dans le secret du temps et donne à la réalité transitoire les éclats de la légende.

*

Il ne suffit pas de témoigner des principes, il faut encore combattre la tyrannie des écorces mortes. La négation de la négation est nécessaire aux temps où nous sommes. S'en dispenser serait se livrer, pieds et poings liés, à la parodie. Là où nous sommes, nous ne pouvons aller directement à la vérité et à l'unité. Ce fut l'illusion funuste des utopies. D'où, dans toutes les traditions, ces constants appels à l'humilité. Humus, la terre, empreinte visible d'un sceau invisible.

 

www.arma-artis.com

 

Un poème de Jean Parvulesco

Pour les nuages argentés d'Ecosse

 

 

le fondement de la poésie est l'espérance, comprenons

l'envol prémonitoire des grouses dans les bruyères

teintes en rouge, avec leurs tabliers en cuir bouilli,

avec le goût amer de la confession au fond de la gorge,

les intermédiaires avides de continuation s'égayent à

travers les collines: parfois une jeune femme apparaît,

que le malheur avait poussé vers les Portes de Plomb:

quand traversée les rivières ancestrales, sa chair

s'attendrit, on la dépouille de sa blanche tunique, et salée

celle-ci rejoint l'hommage à la Méridienne, sous l'allée

extrait de India, revue STYLE, été 1988

*

06/03/2013

A propos de Villiers de l'Isle-Adam

Extrait d'un article de Philippe Barthelet ( Valeurs Actuelles, 26 avril 2012)

Axël

d'Auguste de Villiers de L'Isle-Adam

La vertigineuse beauté de ce drame, l'un des plus nobles et des plus étranges de notre théâtre, contredit à elle seule cette loi d'insignifiance qui, de la tragédie classique au mélodrame romantique, veut que le fond soit sacrifié à une forme de plus en plus incertaine. Axël est un traité de "haute magie" dont un de nos écrivains les plus purs a fait ce "mystère" d'un genre inédit, - soit l'initiation d'un élu et la traversée successive des mondes religieux, tragique, occulte, passionnel, jusqu'à l'héroïque délivrance que seules les âmes moins bien empennées prendront pour un suicide: "Vivre, les serviteurs feront cela pour nous". L'éditeur Arma Artis, a eu l'heureuse idée de le faire préfacer par Luc-Olivier d'Algange, non pas un spécialiste de Villiers de L'isle-Adam, mais son héritier."

*

Préface à Axel de Villiers de l'Isle-Adam ( extrait)

Les préfaciers qui, parfois, mesurent mal l'honneur qui leur est fait de présenter un oeuvre, c'est-à-dire de la rendre présente, de la restituter à cette présence réelle qui est faite de ressouvenir et de pressentiment, abusent en général des références historiques. Par crainte de s'impliquer eux-mêmes dans l'oeuvre qu'ils devraient défendre, et avec laquelle la chance leur est offerte d'entrer en conversation, ils s'évertuent à "l'insérer dans son temps", non sans la prétention un peu vaine de l'expliquer par les circonstances qui la virent naître. Le pessimisme, la rage, ou, plus vaguement les "idées" de tel auteur auraient ainsi pour cause, une guerre passée, le déclin de la classe sociale à laquelle il appartient; lorsque qu'on ne cède pas, la mode en étant heureusement un peu passée, à la psychologie ou à la psychanalyse.

Cette mise à distance de l'oeuvre par le contexte, en fournissant au lecteur des pincettes articulées pour s'en saisir, laisse la désagréable impression que le commentateur de l'oeuvre n'était là que pour en interdire l'accès. On sous-estime l'esprit de vindicte de l'éxégète qui se venge, comme il peut, du mal que lui a donné telle oeuvre qui ne s'adressait pas à lui, mais à des esprits plus aventureux. Les oeuvres sont à la fois plus profondes et plus ingénues que ne l'envisagent les spécialistes. Leur prétendue "difficulté" n'est, le plus souvent, qu'une invention des cuistres qui s'imaginent ainsi se rendre indispensables, ou d'idéologues que les libres propos de l'auteur offusquent.

Or par un paradoxe dont le sens mériterait d'être approfondi, plus les oeuvres s'éloignent de nous dans le temps et mieux elles s'offrent immédiatement à notre appréhension; moins elles nécessitent de gloses. Ce qu'il faut savoir du temps et de la vie de l'auteur est dans l'oeuvre elle-même: là commence le chemin vers l'intérieur, ésotérique (...)

Luc-Olivier d'Algange

Axël de Villiers de l'Isle-Adam, éditions Arma Artis.

www.arma-artis.com

" Je ferme, entr'ouverts le temps d'y mettre quelque signet magistral, aux coulantes pierreries comme d'incluses richesses d'ironie et de foi, Axël et L'Eve future; et confie à vos minutes d'élection ces tomes-là, dont un, à votre choix lequel, moi je ne sais, magnifie l'auteur qui à quelque crise de son talent l'a conçu; où la conjonction des deux facultés ennemies atteste une intelligence souveraine"

Stéfane Mallarmé

04/03/2013

Henry Montaigu, poète français.

Traité de la Foudre et du Vent..rtf

03/03/2013

Journal désinvolte O3/03/2013

Quand bien même ne penserions-nous jamais à la postérité, il n'en demeure pas moins qu'une pensée écrite est sauvée du périssable de notre carcasse. Elle ne l'est pas lointainement, mais tout de suite. Ecrite, ou dite à quelqu'un qui s'en souviendra, une pensée instaure une autre temporalité, ou, plus exactement, elle révèle une profondeur du temps, une réverbération d'éternité. Cette éternité est toute vive, jeune et frémissante, une apogée de l'Eros, exercée par le Logos.

*

Après avoir traversé un certains nombre de pays, en flâneur et contemplateur, et non en touriste; après avoir rencontré, en chair et en esprit, maintes personnes dans les milieux les plus divers, et m'être livré avec avec elles à des aventures et des activités diverses, parfois avouables, il reste que la lecture de certains livres me fut une belle et grande aventure, et je plains ceux qui sont passés à côté.

*

Logique de la consommation: ne laisser aucun héritage, et, si possible, détruire tout héritage, y compris l'héritage naturel. Le discours bourdieusien contre les "héritiers" conduit à l'apologie du règne de la consommation. S'il n'est plus aucune supériorité héritée, il appartient à l'argent de donner à chacun sa place. L'héritage implique des devoirs. La fortune faite se croit tous les droits, jusqu'à la plus infâme goujaterie.

*

A la "haine du secret" dont parlait René Guénon, s'ajoute la haine de la complexité, des espaces libres, éclairés ou ombreux. Notre inclination à la servitude volontaire répugne à tous les exercices que ces espaces rendent possibles. C'est ainsi que la servitude préfère vivre dans une société plutôt que dans un pays, peuplé de noms de pays, de libertés et de franchises héritées. Cependant, ne nous crispons pas sur notre dû. Laissons les formes s'évanouir, les richesses prendre d'autres formes. Notre fief, notre château tournoyant est là où nous sommes droits, - là où le temps profane entre en intersection avec le temps sacré.

*

La raison d'être n'a rien de rationnel: elle est une immédiate épiphanie (étant entendu que le rationalisme fut toujours le principal ennemi de la logique)

*

Musique d'ambiance, écrans, bruitages, bavardages, despotisme affectif et économique, architecture de masse, - laideur. Tout est matériellement mis en oeuvre pour éloigner les épiphanies ou les rendre indiscernables. Cet immense chantier quantitatif est vain. L'épiphanie est une qualité qui s'adresse à une qualité.

*

Nouvelle censure: non plus brûler les livres ou les interdire, mais faire en sorte que nul ne puisse plus les comprendre. Tâche titanesque, que nous voyons à l'oeuvre, mais tout aussi vaine. Il suffit d'un seul pour faire la différence entre ce qui est et ce qui n'est pas.

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Preuve de l'irresponsabilité des politiques et les journalistes: ils instillent la peur, qui réduit les facultés intellectuelles et morales, favorise l'agressivité et réduit à vivre en bêtes traquées. Tout acte de bonté est presque toujours une victoire remportée sur la peur, de même que toute vilénie en est la défaite. L'adage est juste: la peur est contagieuse; elle s'en trouve être le principal moteur du grégarisme, des mouvements de foule. La meute des chiens qui ont peur est d'autant plus dangereuse que nous nous en laissons davantage effrayer. C'est en de telles circonstances qu'il faut éviter de fuir.

*

Mais plus encore qu'à la bonté, la victoire sur la peur ouvre à la Surnature. Encore faut-il que cette victoire ne soit pas seulement une précipitation vers le danger (qui peut être, elle-même, poussée par la peur). Vaincre la peur, ce n'est pas se raidir, c'est apprivoiser tout ce qui se trouve autour de son objet ou de sa cause.

*

Se mettre en danger, c'est parfois trouver la sente merveilleuse et incertaine qui nous sauve des pires dangers: ceux-là qui participent de nos habitudes, de notre confort, et de nos représentations sociales.

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Pour une âme civilisée par une tradition d'honneur, de fidélité et de bon goût, la crainte de la mort vient au second plan. Toute vie qui ne peut se sacrifier ne vaut d'être vécue. Il est probable que toute vie soit sacrifiée, toujours et pour chacun, y compris aux raisons les plus futiles, aux illusions les plus funestes. L'égocentrique sacrifie sa vie à son "moi", de façon aussi radicale que le patriote sacrifie sa vie à la Patrie, ou le poète, à son Oeuvre. La différence est dans la nature du feu sacrificiel, la beauté des flammes et le parfum des essences. Les vies sacrifiées à la cupidité puent et crapotent. D'autres flammes, plus hautes, éclairent et embaument. Quoiqu'il en soit, nous serons sacrifiés, mais nous revient la liberté souveraine de choisir notre sacrifice.

*

Tout profaner pour éviter ce choix, c'est se précipiter dans le vide par crainte de l'abîme et choisir finalement "l'abîme de la nuit" contre "l'abîme du jour", pour reprendre la distinction de Raymond Abellio. La règle les ricaneurs, à cet égard, est aussi rigoureuse que celle de Saint Ignace de Loyola: ils obéïssent comme des cadavres à la mort qui est leur seul horizon. Ceux qui ricanent de tout vivent dans un monde d'une effrayante tristesse.

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La vie humaine, une alternance de combats et d'épiphanies: le reste est faux-semblant.

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Derniers livres parus:

Entretiens avec des Hommes remarquables (collectif), préface d'Alain de Benoist, éditions Alexipharmaque

Propos réfractaires, éditions Arma Artis

Lux umbra dei, éditions Arma Artis

www.alexipharmaque.net

www.arma-artis.com

 

GRAAL-MIROIR 1987

Graal-Miroir..rtf

28/02/2013

Journal désinvolte 28/02/2013

Le sort réservé aux meilleurs de nos écrivains ne plaide guère en faveur de la société qui s'est emparée de ce pays.  Du dix-neuvième siècle, il semblerait que nous eussions hérité plus particulièrement des "ligues de vertu" (pseudo-féministes, -anti-racistes,- hygiénistes, - démocratiques, - religieuses etc...) qui surveillent les esprits, donnent et refusent l'imprimatur pour des "raisons" dont Théophile Gautier se moquait déjà dans son exquise et virevoltante (et redevenue, dans son propos, contemporaine au suprême) préface à Mademoiselle de Maupin.

*

Les esprit qui tombent sous ce joug puritain, et n'ont pas assez de coeur ou d'étoffe pour le défier ou l'ignorer, voient leur langue réduite à un idiome étrange, où certains mots sont proscrits, où d'autres acquièrent un sens fallacieux et figé. Ce n'est  plus la langue de bois, qui sonnait creux, mais une langue de plastique, - mais sans plasticité, lisse et dure comme un monde parfaitement imperméable au réel.

*

Lorsqu'il y a trop de raisons de se tirer une balle dans la tête, l'acte n'en vaut plus la peine.

*

Nos ennemis nous veulent à leur ressemblance, plein de rancoeurs, rongés par cet "ulcère de l'âme", l'envie. Ils nous taquinent en espérant susciter en nous le même sentiment de grief qu'ils éprouvent à notre égard, et qui les ronge. La fascination que nous exerçons sur ceux qui nous haïssent voudrait une réciprocité, une contre-partie. Ceux qui n'ont presque plus de raison voudraient nous la faire perdre: prosélytisme du toxicomane, - ce qui rend tout prosélytisme suspect. Veut-on nous faire partager un bienfait, ou une tare ?

*

Dans la prosélytisme idéologique, la pression morale s'exerce presque toujours pour nous faire renoncer à un plaisir des sens ou de l'intelligence, et perdre notre désinvolture. La joie est chez ces gens-là, un argument contre. Plus honnêtes hommes sont les écrivains qui racontent, pensent, poétisent, suspendent leurs jugements et font de leurs tristesses mêmes le principe d'intenses joies artistiques.

*

L'époque moderne, prétendument "éclatée", festive, libérée, est la mieux étouffée par un prosélytisme maniaque, lancinant et sinistre dont les saturnale elles-mêmes ne sont plus que l'expression commerciale et bien-pensante.

*

Entre la fête dionysiaque, antique ou médiévale, et la fête moderne, la différence est que l'une était en contrepartie de l'ordre apollinien ou théologique, un suspens, alors que l'autre est l'expression bruyante de l'ordre établi.

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Le totalitarisme advient lorsque les saturnales ne sont plus le retournement de l'ordre établi, mais son prolongement, lorsque l'ordre est plat, pure planification, sans avers ni envers. Idéologie dominatrice, sous des aspects divers en apparence contradictoires; extraordinaire puissance des sucs gastriques pour dissoudre et digérer les subversions, et qui ne trouvera en face d'elle que de calmes adeptes des causes perdues... Nous soulignons le calme car tout énervement nous prive de notre nerf, de notre force nerveuse, et nous fait glisser en tous sens sur des surfaces planes disposées à cet escient: faire de nous des êtres de nulle part, dans un relativisme général. Le plan, au demeurant, est incliné. Il nous verse dans une indistinction semblable à la mort.

*

Les merveilleuses croyances où les hommes continuent à être distingués après leur mort apparaissent comme une riposte à la toujours menaçante indifférentiation des vivants. Si nous ne sommes pas interchangeables après la mort, l'honneur de la vie est sauf.

 

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Derniers livres parus:

Entretiens avec des Hommes remarquables (collectif), préface d'Alain de Benoist, éditions Alexipharmaque

Propos réfractaires, éditions Arma Artis.

Lux umbra dei, éditions Arma Artis.

www.alexipharmaque.net

www.arma-artis.com

 

27/02/2013

Deux lettres de Raymond Abellio

Vence, le 5 février 1986

 

Cher Luc-Olivier d'Algange,

 

La revue Pictura et votre lettre m'ont été retransmises à Vence, où je passe durant l'hiver, la majeure partie de mon temps. Merci pour l'une et l'autre et tous mes compliments pour votre article sur les néoplatoniciens: vous y abordez de grands et multiples sujets, dans une parfaite clarté, ce qui n'est pas si simple, et j'y ai retrouvé avec bonheur nombre de thèmes qui me passionnent et dont je serais heureux de parler avec vous. Car nous pouvons, si vous le désirez, nous rencontrer, soit ici, soit à Paris, soit à Toulouse où je serai, en principe, au début du mois de mai.

N'ayant reçu Pictura qu'hier soir, je n'ai pu lire que votre article dont je ne vois pas encore comment il s'intègre au reste de la revue, mais peut-être cet éclectisme est-il voulu. Dites-moi ce qu'est Pictura.

Vous donner un texte m'est plus difficile que vous rencontrer; je travaille en ce moment à un essai qui me prend tout mon temps et me fatigue beaucoup. A mon âge, il est à peu près impossible de mener deux choses de front. Mais j'ai avec moi un petit groupe d'amis bien plus compétent en matière de Kabbale et de Yi-king, par exemple. Je pourrais les mettre en rapport avec vous.

Soyez assuré en tous cas du vif plaisir que j'ai à vous lire, et, en attendant de faire votre connaissance, croyez-moi, je vous prie, bien sympathiquement vôtre.

Raymond Abellio.

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Vence, le 27 février 1986

Cher Luc-Olivier d'Algange

Un grand merci pour votre envoi (lettre et article destiné à Question de). Question de est une revue que je connais bien et qui, en gros, m'a toujours soutenu. Robert Amadou, qui y écrit, est mon ami. Je n'en dirai pas autant de l'Université en général, à l'exception de non-conformistes comme François George, qui dirige la revue Liberté de l'Esprit, fort éclectique, il est vrai, - mais il faut être agrégé de philosophie pour être admis dans le milieu professoral, et le groupe d'influence qui s'est créé autour de Foucault, Barthes, Derrida, Lyotard, est encore tout puissant, et l'accès à la collection La Bibliothèque des Idées, chez Gallimard, est devenu impossible, je pense, à qui n'est pas "du métier". La parution de la "Structure Absolue" n'y fut possible que grâce aux efforts d'un ami politique, Robert Carlier, qui sut convaincre Michel Deguy. Il y fallut quand même des mois de palabres.

Je serai à Toulouse le 29 avril pour une conférence à l'Hôtel d'Assezat, sous l'égide de l'Académie des Jeux Floraux et resterai dans ma bonne ville natale (qui m'a remarquablement ignorée jusqu'ici) jusqu'au 3 mai. Nous pouvons nous rencontrer avant, à Paris ou à Vence, si vous le désirez, mais ce séjour à Toulouse nous donnera toute liberté.

A bientôt donc, et toujours bien sympathiquement vôtre

Raymond Abellio.

25/02/2013

Note sur l'Art métaphysique (en langue espagnole)

Arte metafisico.doc

Entretien

A propos de l'Alchimie, entretien..doc

Witkacy

Note sur WITKACY ( Stanislas Ignacy Witkiewicz)..doc

24/02/2013

Léon BLOY

Léon BLOY.doc

23/02/2013

Journal désinvolte de Luc-Olivier d'Algange 23/02/2013

Etre équamine est parfois, pour la pensée et pour l'âme, une simple question de survie.

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Lorsque le dévergondage du pathos et de l'outrance envahissent le monde, les temps sont venus de rejoindre "l'ermitage aux buissons blancs" dont parlait Ernst Jünger. Le désengagement s'avère être un engagement supérieur. L'intelligence, le calme, la beauté disposent l'âme à des noces plus ardentes.

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Deux pôles politiques se dégagent peu à peu du chaos. L'un va vers la société anonyme, l'autre vers le Royaume. Le choix nous appartient. Ne cédons pas à la ruse la plus éventée des idéologues qui consiste à nous faire croire que ce qu'ils souhaitent est déterminé, et qu'il ne nous reste plus qu'à suivre, bon gré mal gré, le courant "comme un chien mort au fil de l'eau" (selon l'expressive formule de Léon Bloy).

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Le déterminisme est une conquecigrue d'irresponsable.

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Le monde moderne est entièrement voulu. Ce qui fait sa force et sa faiblesse. Rien, en lui, ne correspond à l'ordre des êtres et des choses. La discordance ne domine l'harmonie qu'un temps donné.

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Le pathos agrège, abolit les distances et les déférences. Or, toute civilisation se mesure aux distances qu'elle instaure entre les individus. La "communication" qui abolit les distances est une barbarie. Intrusion, promiscuité, grégarismes, meutes, pogroms. Les hommes partagent plus communément leurs haines et leurs craintes que leurs bonheurs. Quant à l'intelligence et à la sapience, elles ne se communiquent pas, elles se transmettent.

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Etre distant: condition de la dignité réciproquement reconnue. En-deçà d'une certaine distance, le regard ne s'ajuste plus, autrui ne nous apparaît plus que d'une façon troublée, partielle, dans un "gros plan" monstrueux.

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S'éloigner, rendre hommage au lointain du monde en nous-mêmes qui vient à la rencontre. L'échange des regards, des lointains qui se croisent... Intersections d'infini, ténèbres antérieures de la pupille qui se souvient d'un "avant" de la lumière, d'un fiat lux en amont de toutes les temporalités.

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Etre présent, c'est venir, advenir du lointain infini de la présence. Adsum, me voici, dans le moment présent, comme un éclat d'écume, une promesse.

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Venir de loin,  apporter une provende scintillante, et repartir avant d'être remercié.

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L'optimiste croit que le monde de l'avenir vaudra mieux que ceux du passé, ou du présent qu'il fera disparaître. Le pessimiste croit que les mondes disparus valent mieux que ne vaudront les mondes futurs, - mais avec cet avantage logique, en faveur du pessismiste, que ce qui existe, ne fût-ce que dans la mémoire, vaut mieux que ce qui n'existe pas, et mérite davantage notre déférence. L'un et l'autre cependant, n'en demeurent pas moins des nihilistes, et non des fondateurs.

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La raison d'être du Politique, au sens noble du terme, est de disposer le monde en faveur de la poésie. Les règles politiques, lorsque la politique n'est pas subjuguée par l'économie, sont de l'ordre de la prosodie. Il appartient ensuite au génie des peuples et des individus d'exalter cette prosodie en poésie. Les subtiles règles du sonnet, certes, valent ce qu'en font les poètes, - mais ce qu'ils en font est irrigué par les puissances de la langue elle-même dont la trame se révèle dans la poétique transmise. La beauté créée est un tout supérieur aux parties qui la composent. L'auteur, la langue, le monde conjurent au resplendissement d'une vérité qui les dépasse.

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Derniers livres parus:

Lux umbra dei, éditions Arma Artis

Propos réfractaires, éditions Arma Artis

Lectures pour Frédéric II, éditions Alexipharmaque

Entretiens avec des Hommes remarquables (collectif), préface d'Alain de Benoist, éditions Alexipharmaque

www.arma-artis.com

www.alexipharmaque.net

 

 

 

22/02/2013

Journal désinvolte 22/02/2013

Un pays: une réalité historique, sensible et intelligible, une poétique de l'espace, des légendes, une tradition. La société: une abstraction anonyme, aux agissements obscurs. La société conduit désormais une guerre civile impitoyable contre le pays. Tout pays est un royaume.

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L'utilitarisme économique est le siphon où disparaissent toutes les formes élémentaires de la dignité, de l'honneur, de la grandeur d'âme, et avec elles, la nature elle-même; comme il est parfaitement logique que la nature soit souillée à la suite de la spoliation de la Surnature.

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Lorsque l'on considère, en logique sociale, que certains hommes sont plus utiles morts que vivants, on les tue. Dans les sociétés moins ingénues, plus retorses, on commence par les réduire à la misère et leur ôter la parole. Donner comme horizon d'espérance la "croissance économique", c'est non seulement ôter toute espérance, c'est le faire d'une façon particulièrement insultante.

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Une société soumise à l'utilitarisme économique s'évertue non à s'enrichir mais à créer les conditions où chacun se trouvera contraint et forcé à ne penser qu'à s'enrichir. Ce qui implique la réduction de tous les espaces, d'autarcie, de luxe, de liberté et de bonheur. L'intelligence humaine s'en trouve extraordinairement rétrécie.

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La disparition de certaines facultés de l'entendement humain a ceci de fatal, qu'une fois disparues, nul ne se souvient qu'elles furent naguère exercées. Nous assistons à l'installation progressive d'une infirmité normative. La logique décline en même temps que la perception sensible. Tout se ramasse en des émotions primaires (peur, convoitise) dont les publicitaires et les politiciens indistincts usent à loisir. La réduction du spectre du sensible et de l'intelligible rapproche l'homme de la machine dont il convoite les pouvoirs.

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La haine des nuances est au principe de l'utilitarisme: haine des nuances qui ralentissent l'action, ouvrent à la contemplation "des nuages, là-las, là-bas, les merveilleux nuages" qu'évoquait Baudelaire. Dans le monde moderne, tout homme de nuance est un "extraordinaire étranger". On peut encore différencier quelque peu les sociétés selon l'acceuil qu'elles réservent à cette sorte d'étrangers, dont l'étrangeté est d'autant plus radicale qu'ils n'ont pas quitté leur pays; c'est leur pays qui est chassé autour d'eux, et ils en demeurent les ultimes témoins.

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Toute la difficulté consiste alors à ne pas dramatiser la situation, à garder sa désinvolture comme l'un de ses biens impondérables.

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Dernier livre paru (collectif)

Entretiens avec des Hommes remarquables, préface d'Alain de Benoist, éditions Alexipharmaque

www.alexipharmaque.net

Malcolm de Chazal.

Malcolm de Chazal.doc

20/02/2013

Journal désinvolte 20/02/2013

Les êtres et les choses ont pour point commun d'être uniques. Les jours se ressemblent par leur diversité. Il en va de même des heures, des minutes et des secondes. Si vous vous ennuyez, n'accusez que vous-mêmes, ou le monde ennuyeux auquel vous collaborez.

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Seuls sont à l'honneur de Dieu, et de l'infini de sa Création les actes gratuits. L'immense gratuité de la Création inquiète et scandalise les calculateurs, les impies. Une religiosité utilitaire obture sa source. Le reproche moralisateur adressé à l'inutilité est une négation du bien, de la bonté même qui agit sans contreparties; sans quoi elle ne serait que calcul. L'inutile est l'Essentiel.

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L'efficacité à court terme est au détriment du rayonnement. Les oeuvres qui trouvent immédiatement leur place dans leur temps disparaissent avec lui. Le rayonnement d'une pensée, d'un acte, d'une oeuvre, d'un moment, tient à la conception du temps, non plus linéaire mais sphérique. Ce qui rayonne ne poursuit pas un but mais va d'un point central vers tous les points proches ou lointains dans une communion essentielle, pour la seule gloire. La logique, si dénigrée en ces temps d'émotions faciles, opère, elle aussi, en mode rayonnant. Au coeur est le silence du Logos, du Verbe, que l'on rejoint en partant d'une quelconque périphérie.

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On distinguera deux façons de voyager. L'une moderne, touristique, fuyante, qui va de la périphérie vers le lointain, l'exotique et l'exotérique. L'autre initiatique, qui va, quittant la périphérie, vers le centre.

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Les humains, en proie à leurs ressentiments utilitaires, passent à côté les uns des autres comme ils passent à côté des paysages et des oeuvres. On comprendrait que les misérables fussent accablés par la "gestion" de leur quotidien, on le comprend moins de la part des repus.

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Nous ne cherchons pas à convaincre. Nous allons en paix. Il est trop tard pour nous faire taire. Nous vivons dans l'amitié de la lumière changeante. Ce sont les changements de la lumière qui écrivent à travers nous.

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Je n'aime pas le passé; j'aime le présent du passé; vertus claires, immémoriales, fidélités, droitures, mais aussi ombrages et secrets.

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Prendre chaque jour un moment pour prendre le diapason - c'est-à-dire la mesure de sa fragilité et de la fragilité de tout. La valeur des êtres tient à ce qu'ils peuvent succomber à tout moment.

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La frugalité est un principe hédoniste. La quantité est toujours restrictive. Le bourrage moderne (d'informations, de biens de consommation) suscite non seulement le dégoût mais exerce une action directement privative. Exemple: plus il y a d'êtres humains réunis dans un seul lieu et moins ils échangent. Plus nombreux sont nos interlocuteurs et moins nous reçevons d'eux, et inversement, moins ils reçoivent de nous. Communication de masse: assommoir.

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Dernier livre paru (collectif)

Entretiens avec des Hommes remarquables, préface Alain de Benoist, éditions Alexipharmaque.

www.alexipharmaque.net.