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12/08/2013

L'hédonisme, les mythes et les dieux.

Nous sommes, dans le monde moderne, au régime sans sel, - sans saveur, sans savoir, sans sapience. Rien de poreux, le déni des influences; une acculturation policée accelère le processus qui nous conduit au "dernier des hommes" dont parlait Nietzsche. Face à cette fatalité, ou qui semble telle, nos défauts et nos vices viendront à notre rescousse tout autant que nos qualités et nos vertus. Nos intempérances et nos paresses immémoriales seront, presque à l'égal de l'héroïsme de l'intelligence et de la générosité, une résistance au monde planifié. Le vice cependant n'est qu'un exotérisme, la paresse doit s'approfondir en non-agir (wu wei, disaient les taoïstes) et l'intempérance doit aller jusqu'à son secret léger: l'ivresse sacrée. Le puritain croit éradiquer le vice ou le défaut, et arrache la possibilité des plus hautes vertus.

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Ce qui surprenait chez ce philosophe "hédoniste" très à la mode, c'était son âpreté à l'accusation, son acharnement à accumuler des pièces à conviction contre ses ennemis, en un mot cette austérité, cette raideur de Savonarole traduite en discours diserts, à la manière des hommes politiques soucieux de convaincre au plus vite.

L'hédonisme n'en demande pas tant, et peut-être des qualités (ou des défauts) inverses: une bonhomie, un abandon dont les hommes crispés sur leurs convictions ne peuvent avoir la moindre idée. Le plaisir s'effarouche aux trop fortes résolutions. Son royaume est plus léger, plus indifférent aux opinions, attentif aux choses lointaines et très-proches. Il se fiche bien de Sartre, de Beauvoir ou de Freud.

Le véritable hédoniste sait bien que le temps passé à démontrer et à éreinter est autant de temps perdu pour éprouver et pour louer. Ces regards et ces corps aimés, nous nous perdons en leurs profondeurs, nous les embrassons dans notre louange.  Voici l'envers des feuilles dans le vent lumineux, le bruissement qui scintille; l'été coule sur la nuque de cette jeune femme, si près, que je respire; cette nuit qui s'approche n'est pas une nuit, mais une saveur...

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Etre pleinement dans une matinée d'été, c'est entrer en relation avec tout ce qui, en nous, se souvient des gloires les plus incandescentes et mystérieuses, - de ce qui fut au monde et n'y subsiste qu'à l'état de traces symboliques, mais que l'esprit ravive, faisant de ces traces des pays surgis d'un horizon bleu profond; pays qui nous invitent à les rejoindre pour que nous retrouvions en eux la puissance et la joie perdue avec les temps historiques.

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Les mythologies anciennes ne mériteraient pas une seule seconde d'attention si elles ne disaient exactement les recours de notre âme contre le monde profané, nos aventures intérieures, nos sagesses voilées, entrevues, nues parfois comme l'Aphrodite anadyomène, advenue de l'écume légère et dont l'apparition nous saisit dans l'instant qu'elle éternise.

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Les mythes ne nous renseignent pas sur des civilisations disparues, vestiges devenus incompréhensibles d'une cohérence détruite; il nous parlent de ce que nous sommes et plus encore qu'une expérience, ils sont une recouvrance, un pacte renouvelé entre le visible et l'invisible.

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Le dieu de la mer, par exemple, n'est pas seulement la mer; il est ce qu'elle nous donne, ce dont elle nous menace; il est notre ravissement et notre effroi, non point une personnification de ce que l'on ne peut nommer ni comprendre mais la relation qui s'établit entre elle et nous par l'entremise de l'imagination créatrice. Dans un monde sacralisé, mythologique, les choses ne sont pas des choses seulement quantifiables ou analysables, mais des choses entières, pleines et incommensurables dans leurs nuances et variations.

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Dans le suspens de nos prières aux dieux, certains dieux, les plus secrets, continuent de prier pour nous. Pour les entendre à travers les bruissement de la mer, des feuillages, il suffit de faire taire, en nous, et si possible autour de nous, le fastidieux bavardage des craintes et des supputations qui tourne, en disque rayé, dans nos entendements désenchantés.

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