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03/07/2013

De la contemplation (intempestiva sapientia 03/07/2013)

Il y a, tout aussi naturel et immédiat, un goût pour l'avilissement comme il en est un un pour l'ennoblissement. La résistance à l'avilissement exige une méthode. La civilisation fut naguère l'enseignement de cette méthode: comment résister à la pesanteur. Les adeptes de l'avilissement sont nombreux et partout; l'un d'eux est  caché en chacun d'entre nous, et sa sollicitation n'est pas seulement celle du moindre effort. La volonté d'avilissement est âpre et puissante; elle est une force. Seul s'y oppose la contemplation dans la plénitude de son rayonnement.

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Cependant, point de contemplation sans les conditions qui la rendent possible: le courage de la guerre contre l'avilissement.

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L'art est un moment, une voie, vers la contemplation. Tout art est sacré qui porte en lui, ésotérique, le pressentiment d'une contemplation ardente, d'une prière de feu, d'une échappée belle.

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Les oeuvres sont des preuves de bienveillance. Quelle que soit la récompense rêvée de gloire ou de fortune, un livre est d'abord un don. Ce qui est envié, ce qui, pour le ressentiment, est impardonnable, c'est moins le prestige ou la gloire conquises que la faculté de donner sans retour. Par temps calculateurs, la générosité est suspecte.

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Ecrire est d'autant plus un don gratuit que presque personne ne lit vraiment. En même temps, rien n'existe que par le Logos. Certaines hautes formes de la liberté humaine sont exercées dans les oeuvres et dans la vie qui les conçoit ou les reçoit.

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Que se passe-t-il dans l'esprit de ceux dont l'ensemble des phrases qu'ils prononcent n'a trait qu'à la "gestion" et aux problèmes de la vie quotidienne ? Enigme noire. Sans doute vaut-il mieux ne pas savoir. Tout aperçu à l'intérieur de ces cervelles serait mortel.

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Il faut autant de violente subtilité pour jouir pleinement d'une matinée d'été que d'un sonnet de Mallarmé; et autant d'ingénuité heureuse pour pour jouir d'un sonnet de Mallarmé que d'une matinée d'été.

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Par ces temps, personne n'a plus le temps de rien. La conversation, la lecture s'éloignent des usages contemporains. Restent les "emplois du temps", d'une parfaite arrogance illusoire: ce n'est pas nous qui employons le temps, c'est le temps qui nous emploie à des fins qui nous échappent.

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Nous devenons ce que nous contemplons, - en cet instant, où l'intérieur et l'extérieur ne font qu'un, où ce que nous regardons nous voit, le Moi se dissipe comme une brume au soleil.

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Derniers livres parus:

Propos réfractaires, éditions Arma Artis

Lectures pour Frédéric II, éditions Alexipharmaque

www.arma-artis.com

www.alexipharmaque.net

 

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