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12/02/2013

Journal désinvolte, 12/02/2013

On trouve moins de vérité dans l'exégèse du malheur que dans celle du bonheur, d'autant que l'exégèse tourne souvent à l'éloge, sinon à l'apologie.

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Si pleine de vertus incalculables, calmes, vives, iridescentes, voyantes, chaque heure se propose et nous en disposons pour le pire ou le meilleur. On se pose, le monde s'anime. On s'agite, le monde se fige. Les plus agités ont la vue du monde la plus figée, la plus schématique. Les contemplatifs voient tourner le monde, orbes entre l'intérieur et l'extérieur, le visible et l'invisible. L'illusion néfaste d'agir sur le monde alors que c'est toujours le monde qui agit sur lui-même, avec toutes sortes d'intercessions, dont la nôtre. L'action unilatérale sur le monde et sur autrui ne peut être que de destruction. Les plus ivres de pouvoir le savent: détruire est leur seul pouvoir; ils s'y acharnent jusqu'à leur propre destruction. Le nihilisme ne serait ainsi qu'une mauvaise volonté de puissance, une subjectivité outrée, un refus de recevoir des influences.

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L'utilitarisme obtus et parcellaire du religieux (son fondamentalisme) est certes odieux mais il n'est jamais qu'un aspect de l'utilitarisme global du monde profané qui donne à chacun cette mauvaise foi et ce bon droit usurpé. Aux uns le narcissisme collectif. Aux autres, la devise: " je ne lègue rien, je consomme". Aux uns et aux autres, l'impiété.

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Rendre à la fidélité, à l'honneur, à la ferveur, à la piété, puissances invisibles, leur solennité légère.

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Mot à la mode: "respect". Dans respect, il y a crainte. Plus que jamais les hommes ne respectent que ce qu'ils craignent, ou dont ils attendent des faveurs, dont la principale est l'argent. La force même s'est entièrement liquidifiée. Argent, force liquide. La civilisation dégouline. Sentiments dégoulinants, flaques répandues de la puissance financière. Le monde moderne s'étale. Règne des étalages.

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Entre les bredouillis et la vocifération, de nouvelles générations tentent l'impossible retour à l'animalité sous l'oeil bienveillant des clercs qui discernent là une nouvelle "culture urbaine". Tout cela est immédiatement commercialisé avec l'aval des démagogues, les dates de péremption jouxtant au plus près celles de la production.

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L'érotique de la belle phrase, chez Gautier, Pierre Louÿs, les Parnassiens, certes, mais aussi, bien en amont, dans l'histoire de la littérature française. Vivacités, suavités, forces, - toute une beauté qui semble superflue à la communication, comme sont inutiles à la reproduction la plupart des gestes érotiques. D'où cette puritaine méfiance pour la beauté de la phrase que l'on trouve chez les idéologues: en littérature, ils sont adeptes exclusifs de la position du missionnaire. Surtout pas d'extravagances. Réduction du vocabulaire, restriction de la syntaxe. La plupart des critiques littéraires, dans l'esprit ce ces temps puritains, sont devenus gardes-chiourme. Pour eux les écrivains sont trop écrivains, la littérature trop littéraire, les phrases sont trop des phrases. Tout cela devrait être réduit à des "messages" qui s'abolissent dans ce qu'ils communiquent. Mais qu'en est-il alors du vent qui souffle sous les étoiles ?

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Dernier livre paru (collectif)

Entretiens avec des Hommes remarquables, préface d'Alain de Benoist, éditions Alexipharmaque

www.alexipharmaque.net

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