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23/06/2013

Journal désinvolte, 23/O6/2013

Le nouveau dieu, celui auquel l'humanité accorde désormais sa confiance, le fiduciaire par excellence, l'argent, avec ses superstitions répugnantes, son universalité uniformisatrice, sera parvenu, en quelques décennies, à nous arracher à toutes les fidélités et tous les honneurs, - nos entendement étrécis ne recevant plus, de la profonde estime du monde, qu'une estimation quantitative, un leurre, une illusion torve et amoindissante. L'homme qui calcule est inférieur à l'homme qui médite, guerroie ou s'aventure, c'est-à-dire qu'il est inférieur à lui-même, à ce qu'il pourrait être. La possibilité cependant demeure, comme l'éclat dans la prunelle; dans l'onde, l'insaisissable clarté; la paix profonde dans le bruissement des feuillages, seconde mémoire.

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N'est-il pas d'une commodité excessive que d'arguer de la vanité de toute oeuvre humaine pour consentir à l'oubli et au dédain collectif de toute gloire et de tout honneur ?

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Dans un monde fondé sur l'idéal de la croissance économique, le "réussite" consiste à faire des choses rebutantes pour un résultat décevant. Le résultat de cette réussite est un monde partiellement cossu et d'une tristesse hargneuse.

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Les barbares de l'intérieur qui travaillent à l'effondrement du sol sous nos pieds sont plus néfastes que les barbares de l'extérieur. C'est pourquoi les talons ailés sont préférables aux armes lourdes.

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L'absolu, la pureté, - il n'est pas un intellectuel moderne qui ne se fût insurgé contre ces notions, sans lesquelles, cependant, toute pensée graduée est impossible. Le Moderne est absolument  hostile à l'absolu et purement opposé à la pureté. A dire vrai, il n'entend plus le sens des mots: le pur, c'est le feu, - ce feu mêlé d'aromates dont parlait Héraclite, - sans lequel tout n'est que cendre et mort; et l'absolu est cet en-dehors sans lequel tout en-dedans n'est qu'une prison.

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La véritable puissance est attention, non volonté.

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Certains sont, se rendent malheureux, par volonté. Cette subjectivité souffrante à laquelle ils s'identifient, ils croient qu'elle est plus profondément eux-mêmes que la joie. Ils affirment leur malheur avec âpreté, s'y tiennent, y ajoutent ce qu'ils peuvent de griefs imaginaires ou réels, et le proclament et le répandent. La disparition de la civilité et de la civilisation, favorise cet horrible travail. Or toute joie naît d'un oubli de soi-même.

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Nous devons à la fameuse "démystification" de l'honneur, du sacrifice et de toutes les vertus chevaleresques, d'avoir été livrés, sans armes et sans ressources, à la plus grande entreprise d'asservissement et de contrôle qui jamais ne s'exerça dans l'histoire humaine. Aux hommes corvéables ou quémandeurs, controlés, aux hommes satisfaits du sort sinistre qui leur est fait, rien ne s'opposera plus qu'un sens intime de la tragédie et de la joie, et la fidélité éperdue à des causes ou des vertus décriées.

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A la très-morose servitude volontaire, opposer une obéissance fière à des principes incompréhensibles.

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Par la réduction, le saccage, le nivellement par le bas de la langue française, ce n'est pas seulement la beauté formelle qui est niée, - cette beauté que les Modernes affectent de croire "relative" ou superficielle, au regard de leur morale puritaine, c'est encore tous les aspects du monde, toutes les nuances de l'âme, tous les frémissements du sensible et toutes les hiérarchies de l'Intelligible qui deviennent hors d'atteinte , nous laissant dans un outre-monde dont la prétention à être la "réalité concrète" n'a d'égale que la funeste soumission à quelques abstractions vengeresses.

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Le Moderne ne semble connaître que cette alternative: l'ignorance crasse ou l'accumulation, en amas, d'informations nuisibles à la vie de l'esprit.

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Faute de pouvoir nous dominer, et au demeurant trop timorés pour le faire, car la domination implique un risque et une générosité, nos contemporains cherchent à nous engluer. Cela vaut tout autant pour les systèmes en usage que pour les individus. Avec certaines personnes, dix minutes de conversation laissent une impression poisseuse. S'en tenir rigoureusement à une diététique des fréquentations. Certains donnent de la force, de l'espace, d'autres nous prennent dans leur faiblesse, abaissent les plafonds et nous contraignent au confinement. L'intuition que nous en avons est immédiate; la première impression est la bonne. Nous devinons à d'infimes détails qui va abonder en nos forces et qui va s'emparer de nous par nos faiblesses.

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A quel point les phrases peuvent être des véhicules, - favorables aux transports les plus exquis, les plus vertigineux, les plus lointains, ceux qui ne lisent que pour s'instruire sont condamnés à n'en rien savoir. La poésie est relation magique avec l'Ame du monde; la sapience est ensoleillement intérieur, "clef de l'amour", disait Rimbaud.

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Dans une phrase, - des enfances, des clairières, des torrents, la mémoire et l'oubli, le soleil et la nuit, ce qui est et ce qui n'est pas.

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