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28/04/2013

Journal désinvolte 28.04.2013.Réminiscence et planification.

 

S'il est des hommes de réminiscences et des hommes de la planification, ce serait une erreur de croire que les uns s'entretiennent avec le passé et les autres, avec l'avenir. Les réminiscences peuplent le présent, comme l'azur et les nuages peuplent le ciel; et le planificateur n'obéit jamais qu'à un concept antérieur dont il subjugue son présent pour planifier le futur, -  pour donner au futur l'invariabilité du passé.

Ce qui distingue l'homme des réminiscences de l'homme des planifications tient bien mieux à la croyance, plus ou moins aveugle, en le pouvoir abstrait de la volonté humaine. La réminiscence qui vient en appels, en vocations, de la profondeur du temps présent, est une sollicitation de l'impondérable et un consentement à la beauté des choses apparues ou transparues: elle fait de nous ce que nous sommes, reliés par mille radicelles, arborescences, à ce qui ne peut se définir, ni s'évaluer.

Lorsque les hommes des réminiscences dominent, la société est au service d'une civilisation, d'une mémoire sensible, incarnée. A l'inverse, lorsque dominent les planificateurs, ce qui est majoritairement le cas chez les Modernes, la civilisation est instrumentalisée (en marchandise d'art, muséologie, animations culturelles), dilapidée ou dévastée par la société. La raison d'être de la société est de fonctionner pour elle-même, machine célibataire, autiste, totalitaire dont toutes les évaluations, toutes les "valeurs", sont statistiques et quantitatives.

La limite de l'activité planificatrice est que, soumise d'avance à un plan abstrait, elle fonde l'illusion de son efficacité sur la négation de l'imprévu, - si bien que, prisonnière de son processus, celui-ci la conduit souvent au désastre et toujours à l'erreur inane et laide; toute beauté n'étant jamais qu'une réminiscence du Vrai.

Quels messages recevons-nous du monde ? Si nous jugeons l'arbre à ses fruits et si donc nous comparons, dans l'ordre du "faire", du poien, les oeuvres des hommes de la réminiscence et les travaux des planificateurs (qui se prévalent d'améliorer la "gestion" de la réalité), force est de constater qu'aux premiers appartiennent les épopées, les temples, les cathédrales, les oeuvres d'art et de poésie, les jardins, les promenades; aux autres, les listes comptables, les grandes surfaces commerciales, l'architecture de masse, l'exploitation de la nature la plus imprévoyante qui soit, les objets de série.

A chacun ses préférences, certes, ses goût et ses dégoûts, ses "priorités" comme on dit, il n'en demeure pas moins que dans la vaste planification globale qui nous est imposée, quelque devoir mystérieux survit en quelques-uns de témoigner du ressouvenir, non en commémorateurs mais en témoins d'un Réel dont la réalité qu'on nous impose n'est qu'une ombre vague.

La réminiscence, par essence et par nature, est augurale.

Ecrire ce que l'on pense au moment où l'on écrit, au beau risque de la contradiction créatrice, et non pas ce que l'on croit devoir penser: là encore l'homme des réminiscences se distingue des planificateurs (des idéologues).

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