24/03/2026
Le Réel, étoile du matin:

Le Réel, étoile du matin
Lequel d'entre nous, à certaines heures de sa vie, n'eut le sentiment de vivre dans un rêve ou dans une illusion ? Notre premier mouvement, alors, est de croire que le monde qui nous entoure est notre songe en oubliant qu'il n'est qu'une part du songe plus vaste, le cosmos lui-même, qui tourne infiniment dans sa nuit et ses splendeurs.
Qu'en est-il du Réel et de l'irréel ? Par quels cheminements ou quels égarements allons nous de l'un à l'autre, par quelles aperceptions, quelles pensées ? Comment discriminer le Réel de l'irréel ? La vie individuelle est songe, certes, selon la formule fameuse de Calderon de la Barca, et la vie collective, plus encore, livrée qu'elle se trouve aux idéologies et, désormais, aux réalités virtuelles. Cependant, le Réel persiste et ne se confond point avec ces évanouissements, ces faux semblants, qui ne sont que les ultimes voiles de la Maya.
Frithjof Schuon, avec une exactitude héritière du Védantâ et des Upanishads majeures, nous invite, par ce recueil publié aux éditions de l'Harmattan dans la collection Théôria, à une méditation active, « libératrice », au sens le plus fort du terme : « La méditation, écrit Schuon, est essentiellement – définie en langage védantin, - l'investigation conduisant à l'assimilation de la vérité théorique, puis le discernement entre le Réel et l'irréel ». Trouver la profonde raison d'être de la Maya, de l'illusion, c'est s'en déprendre : « L'infinitude exige par définition la dimension du fini et c'est celle-ci, qui tout en manifestant glorieusement les possibilités du divin Soi, les projette qu'aux confins du néant » .
Le Réel échappe à l'illusion matérialiste, cette métaphysique inachevé et fallacieuse qui donne à la « matière » l'autre nom du Tout, sans voir que la proposition « tout est matière » enferme la raison dans une tautologie - que la physique quantique au demeurant récuse - et le voue à être, comme l'âne attaché à son piquet, qui tourne, la corde de plus en plus courte, jusqu'à s'en étrangler. La « matière » n'est pas davantage le Réel que l'ombre projetée d'un corps par la lumière qui est derrière lui et dont notre regard est détourné.
L'irréel prouve le Réel. Le Moi prouve le Soi qu'il dissimule. Le faste du cosmos en vibration révèle par-delà « l'azur qui est du noir » (Rimbaud), la vérité du Réel dont il procède et qu'il voile, - et que la prière du cœur dévoile : « mélodie que nous croyions perdue mais qui, écrit Schuon, nous est familière de toute éternité », clarté naissante, aurora consurgens selon la formule de Jacob Bohme.
Discerner les manifestions diverses de la lumière, réfléchie, tamisée, diffractée, sera l'oeuvre du penseur et poète Frithjof Schuon, jusqu'à la reconnaissance de la lumière irradiante, première. Par ces fragments, ces lettres, ces poèmes, précédés d'une excellente préface de Patrick Laude, ce livre nous guide vers cette apparition antérieure à tout apparaître, stella matutina du Réel :
« L'étoile du matin émerge de la nuit
Telle la déesse Vénus de l'écume
De la mer – une perle puis une femme ;
Primordialité féminine est la merveilleuse Grâce céleste ;
Elle st mystère, elle n'est point loi.
Elle est le libre pardon divin »
Luc-Olivier d'Algange
23:20 | Lien permanent | Commentaires (0) |
|
Facebook

