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21/03/2026

De l'univers visible et invisible, Eloge de l'Art:

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Stéphane Barsacq, De l'univers visible et invisible

Eloge de l'Art. Editions le Passeur 2026

 

Par ces temps d'amères débauches démagogiques qui offrent le navrant spectacle d'une recherche de pouvoir qui ne sera jamais que celui de l'impuissance généralisée,  le livre de Stéphane Barsacq, qui vient de paraître aux éditions du Passeur, est un contre-poison providentiel, un recours.

Ce livre suppose du lecteur un retrait du monde grouillant d'ostensibles insignifiances, pour aller au cœur, là où le regard se pose et peut s'attarder : ce dessin, ce tableau, ces lignes et ces couleurs assemblées, insues dans la distraction titanesque, mais d'où nous viendront la beauté qui inquiète et apaise, la vague, qui n'est point « vague à l'âme », mais précise mathématique du retrait, de l'attente et du retour.

L'antienne lasse qui nous redit qu'il n'y a plus d'artistes et d'écrivains en nos temps déhiscents, ce nihilisme où s'assemblent les propagateurs de la laideur et les déplorateurs dont toutes les pensées vont au déclin, - dont on ne sait s'ils le redoutent ou le souhaitent comme un triste repos qui les dispenserait de l'effort d'être encore,- voici qu'un livre les suspend et nous laisse aux beaux silences de l'attente et au « regard de diamant » de l'attention. Il nous en vient, par l'exemple, un enseignement, une sagesse, qui sera d'approcher les œuvres et le monde qu'elle célèbrent, non pour les analyser et les expliquer mais pour les déchiffrer et les comprendre, - c'est dire s'y impliquer. « La vie dans les plis » disait Henri Michaud.

Les spécialistes souvent faillent à cette chance ; la preuve est donnée depuis longtemps que les plus justes exégètes de l'Art sont des poètes ou des aventuriers : Suarès, Elie Faure, Malraux... L'Amateur, au sens premier, en sait autant, et souvent bien plus, que le spécialiste, mais il en fait un autre usage, de même que Nicolas Bouvier fera du monde un autre usage celui des cartographes. Peu lui vaut d'être une « autorité » en tel ou tel domaine, l'auctoritas, au sens étymologique de « la vertu qui accroît », lui suffit.

Ce livre de Stéphane Barsacq est tout autant synchronique que diachronique : méditation, hommage, journal, - à la fois hors du temps et en accord avec son passage. Alors que le spécialiste fixe son attention sur le « fonctionnement » des œuvres, leur mécanique, Stéphane Barsacq en dit les floraisons, et c'est ainsi qu'il peut nous révéler ces contemporains à l'oeuvre, souvent dans le secret, que le spécialiste va ignorer car, en hégélien sommaire, il les considère ne pas être dans « le sens l'Histoire ». Peintres et dessinateurs souvent figuratifs, tenus aux marges, de même qu'il fut décidé un temps que seule la musique atonale avait droit de cité en vertu d'une doctrine que l'oreille humaine, cependant, récuse.

Nous apprenons encore, par les extraits de son journal qui figurent dans ce livre, que l'Art est cause et conséquence de l'amitié, le principe même de la civilisation car elle garde mémoire et sauvegarde le passé dans le présent. Aux doctrinaires du passé muséologique ou de progrès abstrait, Stéphane Barsacq préfère les fidèles de la « présence réelle ». L'Art non plus comme objet de glose ou de commerce, mais comme une procession liturgique.

Les éloges, l'art sacré, les affinités électives entre la peinture et la poésie chez Poussin, ce contemporain absolu d'Ovide dans l'Arcadie retrouvée ; Bakst, dont l'oeuvre tient, jusqu'aux harmonies les plus fines, l'accord entre entre les arts, le dessin, la danse, le théâtre, et nous fait voir le dessin de la danse et la danse du dessin ; Balthus dans son ascèse et ses secrets ; Goudji qui perpétue Benvenuto Cellini en faisant surgir de la profondeur des temps, les formes qui attendaient, - idées platoniciennes encore suspendues, - l'hommage de l'achèvement dans la forme donnée, cette rébellion salutaire contre l'informe. Et tant d'autres, actifs de nos jours, et fervents, que nous laisserons au lecteur le bonheur de découvrir, - qui honorent le visible, empreinte du sceau de l'Invisible, en blasonnant le monde.

Dans son conseil à une jeune artiste, Stéphane Barsacq donne le diapason de cet éloge de l'Art toujours recommencé, enluminure de l'écriture divine, Eclair dans l'éclair, selon la formule d'Angélus Silésius, épiphanie :

 

« Ce n'est pas toi qui voit l'oeuvre,

c'est l'oeuvre qui te voit,

ce n'est pas toi qui la crées

c'est elle qui te crée. »

 

Luc-Olivier d'Algange

 

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