Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

28/06/2026

Chant de l'heure la plus claire:

 

292848796_335033785503866_1066004008207827860_n.jpg

Chant de l'heure la plus claire

 

 

Que savions-nous de l'heure la plus claire ?

Elle vivait dans le présent comme une étrangère

Et nous frissonnions devant cette menace exaltante.

L'Aube et le crépuscule refleurissaient les couleurs

et l'heure claire y trouvait sa demeure,

comme dans la nuit

ou le grand midi

car sa patrie vivait en le secret de toute chose...

Les forêts étaient émues à son approche,

- et la terre et les abîmes et les oiseaux.

Dans nos poitrines, nos coeurs battaient plus fort

d'entendre ce langage céleste qui nous délivrait

de la tutelle des Titans.

Car dans le secret du cœur nous avions gardé le souci de l'immortalité

et l'espérance de l'éther silencieux.

Et cette espérance

nous ennoblissait dans l'approche des prairies désirées

où veille la jeune raison d'être

de toute chose graciée et souveraine.

A cette heure,

nous devions notre destinée, notre véritable prière

qu'ignorent les rites et les religions

tels qu'ils s'assombrissent

dans l'irréversible histoire du monde

- en apparence ! Mais n'était-ce point

contre toutes les apparences, que l'heure la plus claire

nous sauvait ?

Et nous retrouvions en elle

toutes les splendeurs perdues de la nuit des temps,

scintillement d'éternité

à la crête des vagues

regards sombres et brillants

de la jeune amante.

 

Que le monde soit remercié,- et Dieu !

de nous avoir privilégié de cette haute sagesse lumineuse,

flamme dansante,

qui fut notre prière et notre mémoire,

alors que la pénombre gagnait l'histoire

et ses détresses !

En moi si vaste est le sentiment de la gratitude

qu'un chant seul en peut témoigner... Lueurs

matinales, destins, rivages,

divinités impressenties,

naissent de mes phrases qui vont à la rencontre

de l'Heure

entre toutes

la plus claire.

 

Et pourtant,

nous avions le pressentiment du sans-fond,

des nuées

et de l'émerveillement de la lumière.

Une vaste incertitude dominait le monde

mais au-delà du regard, nous pressentions la ressemblance

et l'humilité

longtemps étrangère

s'éveillait en notre âme à une force plus haute.

Sans doute la fallait-il nommer Joie

oeuvrant à son accroissement

dans l'empire dont elle servait le mystérieux dessein.

L'être du monde,

sa vision

précédait notre route,

car nous longions la périlleuse galerie des souffles

vers cette vérité de la mémoire et de la vie

alors que la sainte unité tombait

avec le ressouvenir du plus haut vol

sur la terre aimée

où tout ce qui fut au monde renaît

et même ce regret

que le bonheur épuise dans l'étourdissement

d'une destinée à nulle autre pareille. J'accepte

d'en témoigner.

 

Etait-ce le silence des augures, ou le vent du large

favorisant nos efforts

vers cette ivresse brûlante ?

Autour de nous s'accomplissait le miracle d'azur

et sa perfection chantait la permanence

des couleurs et des saisons.

Telles étaient en nous les preuves

de la profusion du bonheur,

notre privilège.

Les heures sont lentes en le triomphe du plus grand amour

et le génie enclos en toute chose avivait

notre reconnaissance

comme une terrasse illuminée, peuplée de silhouettes gracieuses

face à la mer devineresse,

dans cette plus profonde nuit où nous fûmes saisis

par la gloire secrète du Songe...

Car nous fûmes saisis,

et transportés

dans une sérénité que d'autres eussent confondus avec la tristesse

tant elle faisait trembler en nous des feuillages inconnus

où passait

comme un apaisement paradoxal

les révélations fraîches de l'air...

Alors le Temps

se divisait

en deux parts égales

que nous partagions en sacrifice

entre le désir de vaincre

et la peur de mourir.

 

Est-il un songe de plus belle envergure

que cette maîtrise inventive

et ce consentement au sacre de l'Instant ?

Quel futur désolé délaisse

l'accomplissement adoré alors

qu'ici même une étoile nous guide,-

et même dans les exaltations vermeilles,

assourdies

de l'automne, à travers cette insouciance caressante qui habite l'âme

de ceux qui se redisent en eux-mêmes: " Ne vous souciez pas

du lendemain"... J'étais

depuis ma fougueuse jeunesse

amoureux de cette connaissance,

en cette inquiétude créatrice

où le monde tumultueux se reposait en nous.

C'était l'Idée,- l'ardente vision !-

de parcourir le monde

alors même que notre sentiment d'être

disparaissait dans la hauteur.

Quel poète, loin déjà sur la sente périlleuse qui l'éloigne de ses semblables

n'eut cette certitude

de n'être plus

l'auteur de son Chant ?

Mais nul autre

ne fut aussi proche de son unificence

qu'à cet instant

où seul

il pouvait dire cette vérité

qui authentifie son destin et le dépasse.

Jamais il ne fut aussi bien lui-même

et avec tant de beauté et d'intensité que dans le coeur

de la seconde salvatrice qui l'arrache à lui-même.

Par sa bouche alors parlent les dieux.

Car je fus le témoin de ce mystère,

j'accepte d'en témoigner. Ainsi

passe la flamme

de mains en mains, invisible

dans le grand jour qui la dissimule.

 

 

Extrait de Le Chant de l'orage lumineux, éditions de l'Harmattan, 2025

18:21 | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook